Les Norvégiens de RAUMER (à ne pas confondre avec le quartet post-black liégeois RAÜM) viennent promouvoir en France leur tout nouvel EP De døde, ce soir à Paris (avec DØDSFORAKT en soutien local) et demain à Lyon. Ils devaient être accompagnés de leurs compatriotes HEVN III, mais le chanteur-guitariste Sortblot a fait une mauvaise chute et ne peut par conséquent, pas se déplacer. On espère que ce n’est que partie remise pour ces derniers.
qrëveuh et
porc
Le concert commence avec un quart d’heure de retard, mais on ne va pas chipoter : on est déjà chanceux que l’orga ait pu nous trouver une équipe pour remplacer
HEVN III. Le duo parisien est composé d’Emmanuel pour
qrëveuh et de Thibault pour
porc (qui n’a rien à voir avec
P.O.R.C.).
Le premier, bien que flanqué d’un t-shirt du groupe de Black Metal
NEIGE MORTE, nous délivre une prestation musicale d’un tout autre genre puisque
qrëveuh évolue dans le Dark Ambient/Noise. Installé debout derrière une table surmontée d’une multitude de boîtiers électroniques, le Niçois d’origine active ses appareils en tournant des boutons, ce qui déclenche des grésillements, le grondement sourd d’un orage ou encore un son qui me fait penser à la corne de brume d’un paquebot. Ne connaissant pas du tout la Noise, il me serait difficile de citer des références ; je peux néanmoins partager mon ressenti d’ambiance « film d’horreur » et, pour ceux que cela intéresse, recommander la page
Bandcamp du projet, qui contient des heures d’enregistrements, dont le long format
chant du signe datant d’une dizaine de jours seulement. À noter également qu’Emmanuel attrape un micro à un moment pour quelques éructions.
Cependant, le rôle du chanteur est dévolu à
porc. Thibault se présente revêtu d’un long manteau noir à capuche, le visage caché par un masque. Il semble que cet accessoire soit un réemploi d’un objet de jeu de la pièce « les saints gens nient vrai » (inspirée de la théorie du « singe enivré » de Terence McKenna) qu’il avait mise en scène il y a quelques années. Ce soir, il se déplace lentement, comme le ferait un vieillard, et sa voix passe de bredouillements séniles à un chant parlé m’évoquant certains passages de
BETHLEHEM. Il reste assis une partie du temps et nous fait la surprise d’aller s’installer derrière la batterie pour une courte minute de percussions.
Que dire de cet ensemble ? Tout d’abord, je ne serais pas surpris s’il y avait une part d’improvisation ; ensuite, je pense que j’aurais besoin d’être initié au style afin de savoir comment apprécier et décrypter ces trente minutes d’expérimentations et d'incantations. En tout cas, c’est intéressant à découvrir et je constate que le public réagit positivement à la fin du
set.
DØDSFORAKT
« Tiens, une nouvelle bande de jeunes Norvégiens », pourrait-on se dire à la lecture de ce nom jamais entendu auparavant (qui signifie « Le mépris de la mort »), comportant un Ø, et en sachant que l’unique sortie du groupe est une
demo parue l’année dernière. Alors qu’en fait, nous avons affaire à des Parisiens qui ont déjà de la bouteille. À titre d’exemple, on peut mentionner le chanteur Cédric (« C. »), qui officie également chez
PYRECULT et
END OF MANKIND. Cela dit, tout semble être un hommage au Black Metal scandinave : des compositions et de l’ambiance très 90’s au
look maléfique. Ainsi les méprisants font-ils leur entrée en
corpse paint (jusqu’au batteur) sur fond d’une intro de type messe noire, par laquelle ils nous invitent à pénétrer au sein de leurs cryptes lugubres. « C. » impressionne, avec son crâne rasé maquillé, son corps tatoué, les pics de 20 cm fixés sur son avant-bras et sa ceinture cartouchière. Efficacement secondé au chant par le bassiste, il est très impliqué dans son
set : il tend le poing, puis son micro vers la fosse pour nous faire crier « hey, hey », et il balaie intensément du regard les spectateurs du premier rang, qui sont galvanisés par son assurance démoniaque. L’interaction ainsi provoquée déclenche du
headbanging et c’est un franc succès, d’autant plus remarquable qu’il s’agit du premier concert de nos acolytes sous cette formation. Chacun de ses membres assure à travers l’intégralité des pistes de
Demo 1 qu’il nous est donné d’entendre, ainsi que des deux inédits (« Towards a Landscape of Fright » et « Tormenting Spirits »). Du Black traditionnel - à tendance brutale - de scène, que j’aimerais revoir et que je conseille aux organisateurs de concerts/festivals.
RAUMER
L’événement de ce mercredi est intitulé « A Blaze in the Parisian Sky » : de sombres références croisées entre
A Blaze in the Northern Sky de qui vous savez (lisez la chronique, elle vaut le détour), peut-être l’incendie d’un certain édifice religieux de la capitale en 2019, notre présence au Klub (au centre de Paris) et la composition « World Ablaze » de nos Norvégiens. Car cette fois, il s’agit bel et bien de Norvégiens, avec en plus la présence d’un Lorrain d’origine au chant (Jeff alias Erilaz). Depuis sa création en 2020, le combo nous a offert une
demo, un
single et trois EP, dont le tout frais
De døde (« Les morts »). À l’annonce des titres, la thématique principale de la horde fait peu de doute ; voyez donc : « Nazareth », « Obedience of the Enslaved » (sur la servitude religieuse), « Beast Fucks the Priest »… Par ailleurs, l’appellation Raumer pourrait faire référence aux « Raumer-folkene », une tribu qui contrôlait la région de Raumaríki à la fin de l’époque viking avant d’être incorporée dans le royaume chrétien de Norvège. L’opposition à la christianisation se met à nouveau en scène via du
corpse paint, et le jeu de Jeff se montre théâtral. Pas étonnant pour un artiste passé par le Cours Florent, et qui – à ce sujet – a joué avec Thibault de
porc dans la pièce « les saints gens nient vrai », hé hé. Le Français n’est pas seul au chant puisque deux des musiciens ont également un micro. En parlant du
line-up, un moment est pris pour remercier le bassiste (Grégoire si j’ai bien entendu), qui a dû apprendre les morceaux du quintet en trois semaines, afin de pouvoir remplacer le titulaire qui n’a pas pu partir pour cette mini-tournée. Musicalement, ils ne peuvent nous décevoir, si toutefois vous n’avez rien contre des commandos du type de
MARDUK et
ENTHRONED. À propos des Belges, j’ai un instant d’hésitation quand résonne le début de la chanson « Raumer » : est-ce une reprise du passage qui commence à 2’25 de « Under The Holocaust » (sur l’album
Prophecies of Pagan Fire) ? C’est troublant, et je me demande si c’est un clin d’œil, ou bien juste d’un sacré hasard. Enfin, la
setlist poursuit son déroulement, accompagnée par de nombreux « hey, hey » de l’auditoire, et en particulier de trois jeunes fans bras dessus bras dessous qui s’en donnent à cœur joie. Le
show aura été puissant et impitoyable !
Encore une très bonne soirée au Klub ! C’est toujours un plaisir d’y retrouver ses habitués, inlassablement présents, que ce soit pour des affiches de renom ou pour de la découverte, et d’offrir ainsi aux formations plus confidentielles la chance de se faire connaître. Enfin, merci à l’organisation et à RAUMER d’avoir fait le déplacement depuis la Norvège. On espère que HEVN III sera de la partie la prochaine fois.
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