Considéré à juste titre comme l’un des pères fondateurs du New York Hardcore grâce à la sortie en 1986 de l’incontournable
The Age Of Quarrel, Cro-Mags prendra pourtant la scène new-yorkaise à revers avec la sortie trois ans plus tard de
Best Wishes, un album de Thrash / Crossover caractérisé par des sonorités nettement plus Metal ainsi qu’une urgence et un dépouillement Punk naturellement moindre. Cette évolution, si elle ne fera pas l’unanimité parmi les amateurs de Punk / Hardcore de la première heure, n’empêchera pourtant pas Cro-Mags de s’imposer comme l’un des fers de lance du mouvement Thrash / Crossover au côté des plus grands noms de l’époque (Suicidal Tendencies, Leeway, Excel, D.R.I., S.O.D., Crumbsuckers, Cryptic Slaughter, The Accüsed...) et
Best Wishes comme l’un des meilleurs albums de sa catégorie en dépit d’une concurrence plutôt rude.
Pourtant, derrière ce succès d’estime et cette apparente décontraction, se cachent quelques galères de line-up et autant de frictions internes qui nécessiteront d’être adressées avant même de pouvoir débuter l’enregistrement de ce nouvel album. Rapidement remercié après la sortie de
The Age Of Quarrel, Mackie Jayson dont les capacités techniques furent à l’époque jugées limitées sera remplacé dans la foulée par Peter Hines (ex-Murphy’s Law et futur batteur des excellents Handsome). Un choix vraisemblablement nécessaire afin d’amener le groupe vers ces fameuses sonorités Thrash présentées tout au long de ces huit compositions définitivement plus techniques et ambitieuses. Mais l’éviction la plus notable est évidemment celle du chanteur John Joseph qui après des mois passés à faire preuve de mauvaise volonté derrière le microphone (sans compter toutes les tentatives de sabordages, de putsch et autres menaces péremptoires en tous genres) sera finalement congédié par les membres restants de Cro-Mags. Une décision inévitable qui conduira Harley Flanagan à occuper cette place derrière le micro désormais vacante. Enfin il y a également le cas du guitariste Doug Holland qui hormis un riff emprunté à Iron Maiden ("Crush The Demoniac") et pour des raisons de sevrage ayant sensiblement entamé ses capacités physiques ne participera pas à l’écriture de
Best Wishes et ne contribuera que très modestement à son enregistrement même si on lui doit malgré tout, sous la directive bienveillante de Parris Mitchell Mayhew et Harley Flanagan, l’intégralité des solos de l’album ainsi que quelques riffs. Tous ces tracas, si le groupe parviendra effectivement à les surmonter, ne sont malheureusement que les premiers symptômes d’une instabilité qui de fil en aiguille finira par coûter cher aux New-Yorkais…
Quoi qu’il en soit, c’est donc en avril 1989 sur Profile Records que
Best Wishes voit le jour. À l’instar de son prédécesseur, la première chose que l’on remarque en découvrant cet album est cette très chouette illustration hindouiste représentant dans une posture des plus agressives le seigneur Nrsimhadeva, incarnation mi-homme mi-lion du grand Krishna. Des évocations religieuses qui malgré le départ de John Joseph demeurent encore très présentes au sein du groupe, notamment du côté d’Harley Flanagan. Afin de coucher sur bande ces quelques nouveaux morceaux, le groupe a pris la direction des Normandy Sound Studios de Rhode Island (Leeway, Killing Time, Sick Of It All, Agnostic Front, Shelter, Crown Of Thornz, Merauder...) en compagnie une fois de plus du producteur Chris Williamson (celui-ci étant épaulé par Tom Soares et Jamie Locke). Si celle-ci n’est évidemment pas exempte de défauts, notamment cette batterie qui manque cruellement de relief et la place occupée par la voix d’Harley Flanagan dans le mixage, elle reste encore aujourd’hui suffisamment solide pour ne pas constituer un quelconque frein à l’appréciation de ces huit morceaux particulièrement redoutables.
D’ailleurs, côté chiffres, la différence est particulièrement flagrante puisque
Best Wishes c’est sept morceaux de moins que
The Age Of Quarrel pour une durée pourtant quasiment identique (trente-trois minutes ici)... Une approche résolument différente qui se traduit par des compositions bien moins rudimentaires et certainement bien plus étoffées que sur le premier album des New-Yorkais. Malgré un allongement drastique des durées de chacun de ces titres, ce deuxième album est bien loin de trainer la patte puisque même si quelques séquences ("Death Camps" à 1:49, 2:40 (pour un passage d’ailleurs très inspiré par Metallica époque
Ride The Lighting) et enfin 3:46, "Down But Not Out" à 3:31, "Crush The Demoniac" à 2:56, la première minutes de "Age Of Quarrel"...) voir quelques titres ("The Only One" et une bonne moitié des presque cinq minutes de "Fugitive") viennent calmer le jeu sans jamais manquer de groove, l’essentiel de cette petite demi-heure est effectivement menée pied au plancher au son de galopades Thrash qui près de quarante ans plus tard n’ont pas pris une seule ride. Car vous et moi avons beau connaître la formule sur le bout des doigts et l’avoir étendu un nombre incalculable de fois, il n’en reste pas moins compliqué voir impossible de tenter de résister aux riffing nerveux ains qu’à toutes les cavalcades particulièrement entrainantes (et bien plus variées qu’il n’y parait de prime abord) offertes par Cro-Mags tout au long de ces trente-trois minutes. Comment effectivement faire grise mine à l’écoute de brûlots aussi redoutables d’efficacité que les excellents "Death Camps", "Days Of Confusion", "Down But Not Out", "Crush The Demoniac", "Then And Now" et "Age Of Quarrel" ? Non, le plus simple reste d’y succomber et de se vautrer avec plaisir et délectation dans ce Thrash / Crossover de haute volée qui quatre décennies plus tard reste l’une des principales sources d’inspirations pour cette nouvelle garde menée par des groupes tels que Power Trip, Enforced, Fugitive, Spiritworld, Lowest Creature, Ekulu, Mindforce, High Command et tant d’autres... S’il n’était vraisemblablement pas suffisamment en forme pour composer et enregistrer toutes ses parties de guitare, le père Holland signe cependant quelques chouettes solos qui vont soit apporter un soupçon de mélodie bienvenue à l’ensemble ("Death Camps" à 4:33) soit participer à renforcer la nature intense et hystérique de certaines compositions comme par exemple sur "Death Camps" à 3:38 et 4:06, "Down But Not Out" à 1:53 ou bien encore "Crush The Demoniac" à 2:02. De modestes contributions aussi courtes qu’indispensables qui après toutes ces années donnent toujours autant envie de faire du "air guitar". Enfin, impossible d’achever cette chronique sans évoquer le rôle majeur d’Harley Flanagan sur ce deuxième album. Outre cette basse virile et conquérante qui se fait constamment entendre tout au long de l’album (même lorsque celle-ci n’est pas volontairement mise en avant comme lors de certains breaks et autres introductions), le musculeux frontman offre des lignes de chants plutôt atypiques dans un registre davantage Heavy / Thrash mélodique assez versatile que résolument Hardcore. Certains lui reprocheront alors peut-être un certain manque de hargne, j’y vois plutôt un parti-pris plutôt raccord avec toutes ces voix de l’époque justement très influencées par les scènes Heavy Metal et Thrash (Leeway, Excel, Suicidal Tendencies et tous ces groupes cités dans le premier paragraphe de cette chronique).
Si pour certains
Best Wishes a été à sa sortie synonyme de déception après des débuts résolument Hardcore, il reste pourtant l’album de Cro-Mags ayant rencontré le plus gros succès à ce jour (deux fois plus d’exemplaires écoulés). À titre personnel, s’il fallait choisir et en dépit du statut historique qui accompagne
The Age Of Quarrel que j’aime d’ailleurs beaucoup comme vous avez pu le lire il y a de cela quelques jours, c’est sans hésiter un seul instant que je choisirai ce deuxième album à mon goût bien plus redoutable et efficace. Entre ce riffing imparable aux coups de poignets particulièrement incisifs et nerveux, ces nombreuses cavalcades thrashisantes particulièrement haletantes, ces quelques solos mélodiques impeccables et ces ralentissements et autres séquences au groove débordant, les raisons de se réjouir restent nombreuses près de trente-sept ans après sa sortie. Révéré par une bonne partie de la scène Hardcore (du moins celle qui a bon goût) et adoubé par une grande majorité des amateurs de Thrash et de Death Metal de l’époque d’ailleurs peu enclins aux guerres de chapelles,
Best Wishes est à n’en point douter le point d’orgue de la discographie de Cro-Mags. Un disque absolument indémodable dont l’influence continue encore aujourd’hui de se faire grandement sentir. Bref, un album culte qui se devait de figurer en ces pages.
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