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Paradox - Heresy

Chronique

Paradox Heresy
Paradox, on vous en a déjà parlé ici, est un groupe de Thrash allemand qui roule sa bosse depuis maintenant plusieurs décennies (formation en Bavière en l’an de grâce 1981 puis un énième et néanmoins définitif changement de nom en 1986). Après un premier album largement encensé par une presse teutonne probablement un brin partiale (Product Of Imagination, 1987), la formation menée par Charly Steinhauer se voit contrainte de procéder à quelques changements d’effectifs suite aux départs de Markus Spyth (guitare) et Roland Stahl (basse). Ces derniers sont alors respectivement remplacés par Dieter Roth et Matthias Schmitt et c’est ainsi sous la forme d’un quatuor partiellement réarrangé que Paradox entre au Music Lab Studio de Berlin pour enregistrer les neuf morceaux de ce nouvel album. Un album-concept dont la thématique fait écho à l’histoire de France puisque les paroles traitent de la croisade menée entre 1209 et 1229 contre les Albigeois. Une croisade proclamée par l'Église catholique contre l’hérésie connue alors sous le nom de peuple cathare.

Produit pour l’occasion par Harris Johns, producteur incontournable de la scène Thrash européenne qui à l’époque était particulièrement plébiscité (Angel Dust, Assassin, Celtic Frost, Coroner, Deathrow, Exumer, Grinder, Helloween, Kreator, Protector, Pestilence, Sodom, Tankard, Voivod...), ce deuxième album baptisé Heresy a pour lui une production qui a finalement très bien vieillit. Évidemment, quelques stigmates et autres petites caractéristiques trahissent aujourd’hui l’âge de cet album mais dans l’ensemble cette production tient encore aujourd’hui parfaitement la route. Idem pour cette illustration signée Les Edwards (Celtic Frost, Metallica, English Dogs, Krokus...) qui effectivement pue les années 80 à pleines narines mais à laquelle je trouve un charme fou (surtout avec de ce logo tout en briques). Bref, sur le papier, ce deuxième album de Paradox possède effectivement bien des atouts. Qu’en est-il alors de ses neuf compositions ?

Eh bien comme l’annonçait Astraldeath dans sa chronique de Product Of Imagination, avant de finalement raccrocher les gants, au sein de cette longue carrière faite de hauts mais aussi de bas, Heresy est considéré encore aujourd’hui et ce à juste titre comme la pierre angulaire de la discographie des Allemands. Un album de quarante-deux minutes déroulant un Thrash technique bien plus proche de l’école américaine que de l’école teutonne. En effet, si l’on devait dresser ici un quelconque parallèle entre la musique de Paradox et celle de la scène Thrash en provenance d’outre-Atlantique, les premiers noms qui me viennent à l’esprit sont ceux d’Heathen (assez flagrant dès les premières mesures corsées de "Heresy") et Toxik et dans une moindre mesure Metallica et Anthrax (notamment pour ces vocalises qui par moment me rappellent celles de Joey Belladonna). Car comme le soulignait là encore Astraldeath, le Thrash de Paradox est un Thrash dense et complexe mené en grande partie par un Charly Steinhauer (chant, guitare) définitivement très à l’aise dans l’exercice de ses fonctions. Si vous êtes ainsi clients de riffs nerveux qui tricotent à qui mieux-mieux (sans esbroufe mais avec un talent qui ne peut être ignoré) et de solos mélodiques décomplexés qui n’ont pas peur de s’affirmer (avec toujours, par-ci par-là, quelques pointes d'influences néoclassiques, notamment sur "Killtime" à 2:38, "Crusaders Revenge" à 2:27, "The Burning" à 2:42 ou "700 Years On" à 3:26) vous trouverez alors en ces neuf titres matière à vous réjouir. Certes, trente-sept ans après sa sortie, tout cela peut évidemment sembler extrêmement familier mais cela importe peu puisque sur ce genre d’albums particulièrement bien nés, les affres du temps n’ont finalement que bien peu d’incidence. Car à la différence de son prédécesseur, les compositions de ce deuxième album sont en effet plus abouties et moins sujettes aux changements de plans inattendus voire inopportuns. Les Allemands font preuve d’une écriture plus fine, d’un sens du rythme et d’une dynamique plus affûtés et globalement de compositions tout simplement plus convaincantes.

Je l’ai énoncé plus haut, Heresy est un album tout en riffs et en solos mais c’est également un disque tout en cavalcades. Sans surprise le rythme est donc globalement galopant avec bon nombre de séquences menées sur fond d’accélérations haletantes à base de toupa-toupa plus ou moins soutenus. Rien de bien sorcier ni de très brutal (pas de blasts à l’horizon ici) mais que l’on soit un vieux con qui a déjà tout vu et tout entendu ou bien un jeune boutonneux qui découvre le Thrash, il me semble dans les deux cas bien difficile de résister à de tels appels à gesticuler... Comme souvent, Paradox n’est naturellement pas sans calmer le jeu de temps à autre. Il y a déjà ces chouettes introductions acoustiques greffées à "Heresy" et "The Burning" ou bien encore ce "Castle In The Wind" mené de bout en bout au son d’une guitare acoustique afin de conclure l’album tout en douceur mais de "Search For Perfection" à "Killtime" en passant par "Crusaders Revenge" ou "Serenity" (parfois même avec une pointe de groove particulièrement bien troussée comme sur les excellents "The Burning", "Massacre Of The Cathars" et "700 Years On") les brefs moments de répit ne manquent pas tout au long de ces quarante-deux minutes pourtant bel et bien rythmées.

Si depuis le début de sa longue carrière et en dépit d’un certain succès d’estime Paradox opère malgré lui en seconde division à l’ombre des plus grands noms du genre, qu’ils soient Américains, Allemands ou que sais-je encore, il faudrait quand même être de très mauvaise fois (surtout si on se considère soit-même comme amateur de Thrash) pour ne pas reconnaître les qualités indéniables de ce deuxième album. Un disque qui dans les grandes lignes fait avec brio le lien entre les excellents Breaking The Silence et Victims Of Deception des Californiens d’Heathen et cela bien évidemment sans pour autant sentir le réchauffé. Tout y est parfaitement concentré, de cette production qui n’a pas pris une ride à ces riffs techniques, nerveux et néanmoins ultra-efficaces en passant par ces solos mélodiques plein de feeling et au toucher quasi-divin, ces cavalcades à perdre haleine et ce chant mélodique mais néanmoins rageur rien ne manque à un cahier des charges Tech / Thrash sauce ’89 dûment complété. Tous ceux déjà bien renseignés savent évidemment de quoi je parle et ne pourront que le confirmer, les autres qui seraient jusque-là passés à côté des Allemands savent dorénavant ce qu’ils leur restent à faire.

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Paradox
Thrash
1989 - R/C Records
notes
Chroniqueur : 8.5/10
Lecteurs :   -
Webzines : (1)  8.67/10

plus d'infos sur
Paradox
Paradox
Thrash - 1986 - Allemagne
  

tracklist
01.   Heresy  (06:55)
02.   Search For Perfection  (04:54)
03.   Killtime  (04:31)
04.   Crusaders Revenge  (04:26)
05.   The Burning  (05:26)
06.   Massacre Of The Cathars  (04:19)
07.   Serenity  (04:53)
08.   700 Years On  (05:14)
09.   Castle In The Wind  (01:33)

Durée : 42:11

line up
parution
20 Novembre 1989

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Product Of Imagination

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