Oui cette pochette antimilitariste de
Kevin Bakos est magique, elle qui au-delà de simplement représenter un soldat américain embrochant un bébé cuit à point reprend surtout ce panneau signalétique aujourd’hui mythique présent dès la démo de 1983 et bizarrement absent de
Dirty Rotten. C’est d’ailleurs elle (l’illustration) qui orne le splendide t-shirt joyeusement acquis lors du passage de
D.R.I. au Gibus (Paris) en 2017 et qui m’a valu de me faire quelques années plus tard un ami à usage unique, le temps d’un après-midi d’été au Parc de la Tête d’or à Lyon. Entre gens de bon goût, on se reconnaît vite, la discussion est aisée, lui portait un textile
MUNICIPAL WASTE et sa meuf était plutôt gironde…
Si, sur le fond, rien n’a changé du côté des
DIRTY ROTTEN IMBECILES entre la parution de l’EP précédent et ce brillant
Violent Pacification, la forme, elle, a fait un pas de géant. Certes, les compositions sont toujours aussi expéditives (moins 6 minutes pour à peine quatre pièces) mais la musique s’est fortement densifiée. Adieu les errances un peu bruitistes, les larsens mal maîtrisés du poivrot en roue libre, les solos à l’emporte-pièce, autant d’éléments qui avaient évidemment leur charme mais qui, sur la durée, risquaient de rapidement montrer leurs limites stylistiques. Par conséquent, le ton reste résolument
punk mais l’approche se montre désormais plus massive, notamment grâce à l’arrivée à la basse de
Josh Pappé, futur membre de
GANG GREEN, une figure mythique du
hardcore américain. Ainsi, sans faire de la psychologie de bazar, un simple coup d’œil sur le découpage de l’objet physique suffit pour comprendre la dualité qui est désormais celle du quatuor. D’un côté, le morceau éponyme qui, avec ses près de trois minutes, est le plus long jamais composé. Il dessine à gros traits grossiers les contours encore vagues de ce que deviendra le groupe à partir de
Crossover, plus métallique et surtout davantage axé sur du
mid tempo. De l’autre, trois pistes en forme de crachat pamphlétaire, moins dégoulinantes que par le passé (meilleure production, jeu de guitare précis, chant canalisé) mais dont la moindre note, la moindre intervention vocale donne envie de déclencher une bagarre de saloon ou tout simplement de fracasser son clavier d’ordinateur sur la gueule d’un collègue mal-aimé ayant le malheur de passer à portée de main alors qu’on est en train de faire de l’œil à la nana de la compta.
Parce qu’avec les Américains, même si le discours est toujours engagé, le verbe haut, je n’ai jamais perçu leur musique comme fondamentalement hostile ou pessimiste. Il y a une sorte de sautillement intérieur, une forme de révolution joyeuse qui rend l’écoute immédiatement sympathique car accrocheuse, brute, une discussion entre personnes censées. Bien sûr, on pourra ne pas être du même bord politique, ne pas défendre les mêmes causes mais si l’on se place sur un plan strictement musical,
D.R.I. réussit là où des dizaines d’autres ont échoué : me faire aimer le
punk hardcore américain des années 80. Peut-être parce que le style est plus anglais qu’autre chose ? Peut-être parce que nous sommes plus proches d’un
THE EXPLOITED ou d’un
DISCHARGE ? Probablement. Également parce que même si l’on perd ici les revendications bruitistes du
noise rock qui, je l’avoue, faisaient beaucoup pour l’intérêt que je portais à l’EP précédent, cet accroissement de la dimension
thrash au sens
NUCLEAR ASSAULT du terme, même si pas encore totalement mature (de même que sur le
Dealing With It! à venir d’ailleurs), donne pourtant dès 1984 toutes les raisons de s’enthousiasmer : des riffs simples, séduisants, des ambitions clairement affichées, une posture affirmée, un son unique, enfin une identité reconnaissable entre toutes les autres : tu trouves la formation dès que
Kurt Brecht ouvre la bouche.
Il est maigre cet EP, atteint de rachitisme, il donne pourtant parfaitement le ton de la suite tout en clarifiant une chose :
D.R.I. n’est pas là pour blaguer, son nom volontairement rédhibitoire masque une réelle intelligence car, s’il fallait encore le rappeler, ces mecs seront les pionniers d’une fusion
thash /
hardcore, bien avant
M.O.D., peut-être sur des pistes similaires à
SUICIDAL TENDENCIES, sans le talent d’un
Rocky George bien entendu.
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Lestat
Par Samfisher
Par Sosthène
Par MoM
Par Raziel
Par Sosthène
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Cujo
Par Keyser
Par Jean-Clint
Par AxGxB
Par DEMONIKA
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint