Fidèle à sa réputation de groupe passablement compliqué, c’est avec un line-up bien évidemment revu et corrigé que Cro-Mags signera son entrée dans les années 90. La sortie de son troisième album intitulé
Alpha Omega en mai 1992 sera ainsi marquée par les départs de Parris Mayhew (guitariste et membre fondateur du groupe) et Pete Hines (batterie) tous les deux remplacés par Gabby Abularach (futur Voodoocult, futur Harley Flanagan...) et Dave DiCenso (futur Shelter, futur White Devil...). Mais la chose la plus surprenante parmi tous ces mouvements est assurément le retour inattendu de John Joseph au chant. Lui qui s’était embrouillé avec Harley Flagan et le reste de la bande d’antan au point de se faire virer à cause de son amateurisme reprend donc ici du service avec le soutien d’un Flanagan toujours bien décidé à se faire entendre autrement que par le biais de sa seule basse.
Fort de son succès à New-York évidemment mais aussi un petit peu partout dans le monde, Cro-Mags se voit naturellement courtisé par d’autres labels que Profile Records. C’est ainsi sur Century Media Records que les Américains jetteront leur dévolu pour la sortie de ce troisième album. Un disque enregistré par Tom Soares aux Normandy Sound Studio (Cyclone Temple, Demolition Hammer, Forced Entry, Killing Time, Leeway, Merauder...), produit par Harley Flanagan et finalement masterisé par Howard Weinberg (Anthrax, Brutal Truth, Celtic Frost, Danzig, Dark Angel, Helmet...) pour un résultat qui trente-quatre ans plus tard tient encore sérieusement la route malgré son grand âge et quelques stigmates de cette époque encore jeune. Enfin pour illustrer ce troisième album d’une manière que personnellement j’apprécie beaucoup (quelque part entre l’art tribal sud-américain et ces motifs qui marqueront la mode des années 90), le groupe a fait appel aux services d’un certain John Penuelas qui à l’exception d’un artwork pour Mindfunk l’année précédente n’a vraisemblablement pas signé grand chose d’autre si on en croit Metal Archives et Discogs...
Alors évidement, avec le départ de Parris Mayhew, nombreux ont dû se demander à l’époque ce qu’il resterait du groupe... Seulement voilà, avant de quitter le navire, notre homme à signé avec l’aide de Rob Buckley (guitariste intérimaire de Cro-Mags entre 1989 et 1991 afin de pallier l’absence de Doug Holland) et vraisemblablement une partie du groupe (même si ce point est encore aujourd’hui disputé par les principaux intéressés) la composition de tous les titres présents sur
Alpha Omega. On comprend alors un peu mieux comment cet album duquel est absent l’un des principaux compositeurs de Cro-Mags est parvenu et parvient toujours à tenir la dragée haute à l’excellent
Best Wishes paru trois ans auparavant.
Malgré ces multiples galères de line-up, Cro-Mags se montre ici toujours aussi solide. Certes, avec ce troisième album les New-Yorkais ne changent pas leur son de manière aussi drastique et significative qu’avec
Best Wishes qui, pour rappel, constituait effectivement un sacré bon en avant pour le groupe (moins pour une partie de ce public 100% Punk / Hardcore qui par ce glissement vers de ces sonorités définitivement plus Thrash y a vu en effet une forme de trahison) mais on peut tout de même y déceler encore quelques signes de progression, notamment à travers ces trois compositions ("The Other Side Of Madness (Revenge)", "Apocalypse Now" et "Changes") qui s’étirent tout de même entre six et huit minutes chacune (durées relativement rares pour un groupe de Thrash / Crossover) et offrent en effet des choses un petit peu différentes (parties plus mélodiques et progressives, arrangements nouveaux, contre-points rythmiques et dynamiques, etc.) mais aussi par le biais de sonorités rafraîchissantes comme par exemple sur l’excellent "Paths Of Perfection" où l’on ressent en effet une sorte de vibe californienne façon Suicidal Tendencies, comme ces scratchs sur « Eyes Of Tomorrow » pour un rendu pas loin de rappeler Anthrax et Public Enemy ou bien encore comme ces intonations de crooner à la sauce Hardcore lancées par John Joseph tout au long de l’album et ce dès les toutes premières secondes de "See The Signs".
Alors évidemment avec tout cela on serait naturellement tenté de se dire que Cro-Mags a quelque peu perdu de vue ce qui a fait le succès de ses deux précédents albums et notamment
Best Wishes sauf que non, pas le moins du monde.
Alpha Omega s’impose en effet très vite comme une suite rondement menée, certes un petit peu différente, un petit peu moins tendue, parfois même un petit peu plus mélodique mais toujours extrêmement efficace avec son lot de saillies Thrash / Crossover à rendre chèvre et à faire headbanger n’importe quelle personne sensible à ce genre de cavalcades haletantes et autres riffs ultra-nerveux ("Eyes Of Tomorrow" à 1:35, "Apocalypse Now" à 3:18, "Victims" à 2:13, "Changes" à 1:17) et de séquences au groove toujours aussi redoutable (les premières secondes de "See The Signs", la première partie de "Eyes Of Tomorrow", "The Other Side Of Madness", "The Paths Of Perfection" sur lequel il est tout à fait impossible de tenir en place, "Victims" à 0:46 et ainsi de suite jusqu’à l’issue de ces quarante-six minutes).
Si on imagine bien que succéder à un album tel que
Best Wishes, qui aujourd’hui encore est considéré et ce à juste titre comme une référence majeure parmi toutes ces formations plus ou moins récentes évoluant dans ce registre Thrash / Crossover (de Power Trip à Enforced en passant par Ekulu, Dead Heat, Mindforce, Doomsday et j’en passe) n’a pas dû être chose aisée pour les membres de Cro-Mags (surtout avec la défection des deux guitaristes à l’origine de ces compositions), le fait est malgré tout qu’
Alpha Omega reste à ce jour un excellent album capitalisant bien évidemment sur ce qui a fait le charme de son prédécesseur tout en prenant soin d’y amener des choses nouvelles qui paieront ou ne paieront mais ont au moins le mérite d’offrir quelque chose de nouveau et d’un petit peu plus personnel. Certes, la comparaison entre ces deux albums tournera toujours en faveur de
Best Wishes mais ce troisième album ne démérite pas et s’écoute encore aujourd’hui avec un plaisir non feint. Bref, encore un autre classique de cette époque dorée.
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05/05/2026 19:18