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Dreaggan - Eternal Fire

Chronique

Dreaggan Eternal Fire (EP)
J’aurais pu écrire des mots défavorables à l’encontre de DREAGGAN, rédiger un article strictement musical au cours duquel j’affirmerais droit dans mes charentaises élimées à carreaux que son EP accumule les stigmates de l’amateurisme fait metal, que la pochette d’Eternal Fire se dote d’une esthétique discutable, qu’en plus de posséder un nom cliché en diable il y a deux titres sur quatre qui contiennent le mot « God » (« Tuer un dieu », « Ton propre dieu », donc par syllogisme on se suicide ?) et que ça renvoie l’impression d’une panne d’inspiration, que du temps où les réseaux sociaux ou autres plateformes digitales n’existaient pas (« ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! ») le disque du trio ne serait certainement jamais parvenu jusqu’à mes modestes enceintes… À quoi bon exposer tout cela à la lecture publique ? Vous n’écouterez de toute façon pas et si jamais vous le faites, rien de ce que je pourrais consigner en ce lieu n’échappera à votre sagacité auditive. Alors pourquoi s’escrimer ? Aussi est-ce que je préfère aborder le thème sous un autre angle, n’ayant guère envie de produire une page entière de critiques négatives : c’est mauvais pour le karma, j’y tiens même s’il n’est peut-être actuellement pas fameux.

Cela faisait vingt ans que les mecs n’avaient rien proposé, rien depuis ce Good Bye Bastards! de 2004 (lui-même précédé de deux démos en 1999 puis 2001) qui se paye un méchant 15% sur Metal Archives, certes rude mais pas forcément volé non plus reconnaissons-le. Vingt ans d’absence, c’est toute une vie mais si tu as un jour tenté l’expérience de jouer dans un groupe, tu sais qu’il se passe parfois quelque chose de presque irréel lorsque tu composes, puis que tu enregistres, peu importe d’avoir ou non conscience de la qualité exacte de l’inspiration, d’avoir ou non conscience que percer dans cette carrière artistique est illusoire, vœu pieux, tu vis néanmoins ce moment à fond. L’émulation intellectuelle de la création, d’explorer un autre mode d’expression moins barbare que les primitives onomatopées quotidiennes, de répéter, de savoir qu’il y a une personne en Hongrie ou ailleurs que tu ne connais pas mais qui a déboursé deux balles pour télécharger ton produit digital, puis l’écouter, peut-être même qu’elle a fait l’amour avec ta chanson en fond sonore, au pire pris un repas… Pour les plus vicelards, sachez qu’un niveau musical de bas étage suffit pour dégager une aura permettant d’attirer les groupies que l’on mérite. En effet, il s’agit ensuite de se produire dans des MJC, des locaux associatifs, des lieux sans prétention, juste parce qu’il y a du plaisir à prendre, qu’on se sent un peu plus vivant que si on n’y allait pas… N’est-elle pas là la seule vraie magie des musiques amplifiées ? Pas une saloperie de télécrochet, pas un succès TikTok, juste vivre au moins une fois ce truc bizarre de se retrouver dans une salle minuscule avec des gens que tu ne connais pas debout à moins d’un mètre de toi et qui se sont déplacés pour écouter ta musique, mettre de l’ambiance, boire des bières, applaudir, gueuler « à poil » bien sûr, parce qu’eux aussi ils sont peut-être contents qu’il se passe enfin un truc près de chez eux, pas un truc dingue évidemment, juste un évènement où il y aura de la picole, des potes, des guitares, peut-être une reprise sur laquelle hurler quelques saloperies un bon coup … On se réjouit de peu, il n’y a que ça de merveilleux, de réellement sincère, l’appréciation simple d’une prestation simple.

Pour moi, DREAGGAN, c’est exactement cela, c’est à ça que je réfléchis lorsque j’écoute ce carré de morceaux qui respirent le local de répétition parfumé au tabac froid et à la chaussette Artengo, à rien d’autre. Aucune raison de m’étendre sur la technique absente, la rudesse de l’approche, la teneur des solos ou encore sur l’ordinaire du style, je ne m’étendrais sur rien d’ailleurs. Les compositions, elles sont un peu heavy rock, très dans l’esprit des vieux IRON MAIDEN je trouve, elles ne cherchent pas à sonner de façon moderne, peut-être parce que les moyens n’y sont pas, peut-être parce que la volonté n’y est pas, peut-être parce que les bonhommes doivent avoir entre quarante et cinquante ans et que tout ce qu’ils veulent c’est prendre du plaisir ensemble sans trop se poser de questions, parce que ça suffit pour avancer, la preuve en est cette date en ouverture de NO RETURN le 17 janvier dernier à Dijon, et il y aura des gens qui seront à l’heure pour les acclamer, même si ce sont les amis et la famille, ce n’est guère plus compliqué que ça la vie. On se fait toujours plein d’idées, je me doute que les musiciens sont suffisamment lucides pour savoir qu’ils ne recevront jamais un 10/10, d’ailleurs qui à part Thrashocore parlera de cette œuvre hein ?

Ici, mettre une bonne note n’aurait aucun sens, de même qu’en mettre une mauvaise. Cette parution va finalement au-delà d’un simple aspect musical dont vous aurez compris qu’il est pour moi en l’occurrence anecdotique pour au contraire réinjecter une pointe d’humanité dans une époque où chacun peut facilement se prendre pour une vedette parce qu’il a dix followers qui ont liké une vidéo pourrave emplie de vanité crasse alors que le fond de la chose ce n’est ni le succès, ni le talent (parfois des concepts fondamentalement opposés), juste l’implication, le besoin à son niveau, quel qu’il soit, de s’exprimer différemment et de s’offrir un échappatoire à cette putain de sinistrose qui, jour après jour, n’en finit pas de croître. Longue vie à DREAGGAN, je n’en écouterai sans doute plus jamais mais le fait de le savoir en vie m’aide au quotidien.

Je présente par avance mes excuses au groupe dont je n’ai finalement pas dit grand-chose de façon directe mais, pour qui sait lire entre les lignes, y trouvera son bonheur : une musique de tous les jours, celle des balloches, des fêtes de la musique, des bars en milieu de semaine lorsque seuls les habitués sont là, le coude vissé au comptoir, sachant que si ces phrases vous paraissent péjoratives elles ne le sont en rien dans mon esprit car ce sont ces formations qui font aussi vivre la scène, révèlent des vocations, donnent envie de se lancer. Merci donc.

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1 COMMENTAIRE(S)

Jean-Clint citer
Jean-Clint
28/01/2026 09:28
note: 3/5
C'est vrai que ça sonne franchement très amateur... et même dans ce registre si minimaliste on a connu bien mieux. Comme tu dis ça mettra l'ambiance pour la fête de la musique et de village mais ça se limitera à ça... Belle chronique au passage, très drôle et bien tournée ! Clin d'oeil

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Dreaggan
Heavy Thrash Metal
2025 - Indépendant
notes
Chroniqueur : 2.5/5
Lecteurs : (1)  3/5
Webzines :   -

plus d'infos sur
Dreaggan
Dreaggan
Heavy Thrash Metal - 1998 - France
  

formats
  • Digital / 24/10/2025 - Indépendant

tracklist
01.   Bar Defenders  (03:32)
02.   Killing a God  (03:28)
03.   Your Own God  (03:27)
04.   Eternal Fire  (05:35)

Durée : 16:02

line up
parution
24 Octobre 2025

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