Dans un monde parfait, Big Business serait un nom connu et reconnu et remplirait les stades. Mais nous ne vivons pas dans un monde parfait et, plutôt que de chercher des raisons extra-musicales à cette injustice, je me contenterai de déplorer que cette place soit prise par Mastodon.
Car, une fois passé le possible haut-le-cœur que cette affirmation peut créer, on peut faire des ponts entre la musique des créateurs de
Crack the Skye et celle de l’ancienne base rythmique des Melvins. L’originalité de cette dernière se situe dans une différence d’approche, moins frontalement metal – mais là-dessus quelques surprises, on y reviendra – et bien plus expéditive, punk dans l’esprit et dans l’exécution (cf. les débuts du duo).
Ici, Jared Warren et Coady Willis sont épaulés de Toshi Kasai, guitariste / claviériste qui rebat les cartes, offrant à Big Business des leads heavy metal en diable derrière une production toujours aussi rock et noisy.
Mind the Drift possède en effet une grandiloquence, un goût pour l’épopée, qui préfigurent ce chainon manquant entre Torche et Bolt Thrower que sera
Battlefields Forever quatre ans plus tard. Seulement, il ne le fait pas en figurant des courses à dos de démon, ni dans une imagerie de dark fantasy : la carte postale qu’est son livret, des photos de la bande vivant des vacances imaginaires dans l’Amérique profonde, entre grand air, partie de bowling et passage au bar (rien que contempler l’artwork rend heureux), est un indice sur comment se vivent les choses ici, avec bonheur et allégresse. Le réel comme terrain de jeu.
Mind the Drift laisse pousser ses cheveux, hurle et appelle à aller dehors pour de rire mais aussi avec emphase, « Found Art », « The Drift » ou encore « The Ayes Have It » appuyant que, même si l’humeur est à l’amusement, c’est en s’y prenant avec sérieux que la joie se vit pleinement. Une ambivalence qui fait des compositions ci-présentes bien plus que des exutoires (même si la punk « I Got It Online » souffre un peu de n’être que cela par sa simplicité revendiquée). Autant que sur ses autres albums – une discographie sans faille –, Big Business transmet ce qu’il y a de beau à se laisser aller, aussi contemplatif des paysages de son pays qu’enfiévré par l’envie de tout dévorer. Ne vous laissez pas tromper par la distance ironique que peuvent transmettre le style jouant les dilettantes entre punk, stoner et heavy metal ainsi que l’iconographie. Il s’agit bien d’une invitation à faire de l’ailleurs et du lointain son domaine et son présent, ici et maintenant.
On passera donc aisément sur quelques baisses – une légère inconstance, l’album cherchant son souffle sur « Cats, Mice » et « Cold Lunch » pour s’époumoner ailleurs avec ivresse – et se concentrera sur les forces immuables du projet, de cette voix d’ours sensible de Jared Warren à ces parties de batterie sauvages en passant par ce groove de chaque instant, même durant les moins prenants. D’autant plus quand l’album se finit sur une apothéose comme « The Theme From Big Business II », demandant à être jouée non pas dans une petite salle de concert mais bien auprès de milliers de personnes acclamant la formation.
Brûlez vos exemplaires de
Blood Mountain. C’est Big Business qui a la montagne dans le sang.
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