D’habitude, au mois d’octobre, j’effectue mon pèlerinage annuel au Tyrant fest. Pas cette année, comme l’événement est malheureusement annulé (préventes insuffisantes, plus la tête d’affiche ABBATH qui ne peut venir). Cependant, incapable de résister à l’appel des latitudes septentrionales pour la mi-automne, mon dévolu se porte alors sur un festival belge appelé le Deathtoberfest. Il se déroule à Liège et propose un tableau Brutal Death, Slam Death, Deathcore et Grindcore. Différent donc de la coloration Black Metal du Tyrant, on va plutôt dire qu’il s’agit d’un prolongement automnal du Death Feast Open Air. Pas sûr qu’il y ait du welsh à manger, mais j’espère bien y trouver des gaufres, et peut-être même des boulettes sauce lapin.
La ville du Standard est sise à 370 km de Paris : il faut compter 4h30 pour s’y rendre en voiture, ou 2h30 en train. Le festival a lieu au Centre culturel de Chênée, situé à l’entrée de Liège par la voie des Ardennes, au confluent de l’Ourthe et de la Vesdre. Par chance, le camarade Émile et moi trouvons une place pour nous garer sur le petit parking juste en face (l’immatriculation française « nonante-deux » se fera remarquer).
Des stands de nourriture sont installés dans la petite allée qui mène à l’entrée du bâtiment. On nous propose bien sûr des frites, mais aussi du chili (riz, haricots rouges, oignons grillés ; avec ou sans viande) ainsi que de la fricadelle, une spécialité du nord qui est en fait une saucisse sans peau, constituée d’un mélange de viandes finement hachées.
Quant aux boissons, elles sont vendues à l’intérieur de la salle. On y trouve des softs (eau, sodas, Red Bull), du vin et du Jäger Fireball. En bière : de la Pils (une achetée, une offerte pendant l’happy hour) et une gamme de Bestiale, spécialité de la culture brassicole locale. Je me laisse tenter par sa version triple, histoire de bien attaquer l’après-midi.
En plus du bar, ce sont les barrières installées entre la scène et le public qui attirent immédiatement mon attention. Vu ce qu’on va écouter, j’avoue que je ne m’attendais pas à ça. J’espère que ça n’empêchera pas la proximité que les groupes cherchent généralement à créer avec leurs fans.
CHOKESLAM
C’est exactement à l’heure prévue (13h30) que le combat commence. Sur les planches, avec un trio guitariste-batteur-chanteur (dont le nom provient d’une prise de catch) comme dans l’espace entre la console et la scène, déjà investi par des adeptes de coups de pied retournés. Contrairement au groupe de Hard Rock américain portant le même nom, nos Allemands ont en effet de quoi donner envie de chercher la castagne. Leur Beatdown Slam Death / Hardcore se veut pesant et hargneux, montrant une claire volonté d’en découdre. Le chant de Joey est soit
growlé, soit éructé (pas de
pig squeals), rythmé par des riffs lents et saccadés. Le tout sous une batterie impitoyablement fracassante, qui n’hésite pas à mitrailler au besoin. Lourd !
MUTILATED JUDGE
Des frites pour éponger la Bestiale et ses petites sœurs à venir me semble une bonne idée. La Black métalleuse qui les sert m’interroge sur le choix de la sauce et la dose de sel. Je demande s’il est possible de les prendre natures. Elle répond « possible, mais triste ». Pour les avoir déjà vus au Gibus (il y a neuf ans), et anecdote culinaire à part, je sais que le
show Noisegrind des deux Basques qui nous attend, lui, ne va pas être triste. D’une part, la musique est complètement dingue, d’autre part, les cousins Gutcock & Babyrapist se dénudent au fur et à mesure du
set. Au point de quasiment terminer en relations incestueuses et autres joyeusetés que je ne décrirai pas. Surtout au cas où des lycéens mineurs nous liraient, même si je crois qu’ils sont occupés à autre chose ces temps-ci. La bonne nouvelle est que le chanteur franchit la barrière mentionnée plus haut (le bassiste fera de même), afin de se mêler à la foule, puis de se rouler par terre dans le
pit. C’est parfait : la distance est brisée. La sécurité s’affole également lors des
slams ; rien n’arrête le duo provocateur. Entre boîte à rythmes programmée au maximum, vociférations extrêmes, basse saturée et
samples de musique électro dansante, c’est le chaos le plus complet. Un groupe de festival, du grand délire.
HOLOCAUSTO CANIBAL
Le
Hardcore dancing de tout à l’heure s’est transformé en
circle pit pour accueillir les Portugais. Cela fait bien plaisir au quartet actif depuis 1997 qui – bien que revendiquant avoir joué dans 36 pays sur 5 continents – pose ses amplis pour la première fois en Belgique. L’équipe est appliquée, je vois d’ailleurs le guitariste se coordonner avec le batteur. Ce dernier semble être le frappeur
live qui a officiellement intégré les rangs cette année. Il est véloce et ne lâche pas sa grosse caisse : ça cogne dur. Rien à dire sur l’exécution. Aussi paradoxal que cela puisse paraître pour un groupe aux thématiques gores, « c’est propre », comme le relève justement Émile. Une prouesse quand on sait qu’ils viennent d’enchaîner 25 titres en 41 minutes.
HURAKAN
Le quintette fait l’actualité avec ses quatre
singles sortis entre avril et août afin de
teaser la parution de l’opus
Eternal Scars attendu pour le 30 octobre. Nous nous réjouissons d’entendre en
live des morceaux de ce nouvel album et les conditions sont très bonnes. La limpidité du son m’évoque
HUMANITY’S LAST BREATH et le public se prête au jeu de clamer « In Your Open Disgrace » après avoir entendu le chanteur prononcer « I Was Born In Your Cracks » (sur le titre « Disgrace »). Cela me rappelle les concerts de
BENIGHTED pendant lesquels les fans hurlent « Between Your Broken Teeth » dès que Julien annonce « Let The Blood Spill… » (en plus, les deux fins de vers ont le même nombre de syllabes). Pour tout vous dire, c’est une vraie redécouverte pour moi car la dernière fois que j’ai vu
HURAKAN, ce devait être en 2018 (au Klub, Paris). De cette époque, il ne reste plus que Maxime (guitare) au
line-up et ils ne jouent plus du Brutal Death / Slam. Maintenant, c’est clairement du Deathcore, dont les solos et le côté Blackened symphonique de certaines pièces lorgnent du côté de
LORNA SHORE et consorts. Alors évidemment, ça me botte ! Surtout que les gars savent déporter la violence sur les
moshers. Je comprends en effet maintenant mieux leur
post « RDV à 16h30 le 10 octobre pour le combat de boxe » car ils distribuent deux paires de gants à des volontaires qui s’affrontent au milieu d’un
circle pit. Reconnaissez que ça a plus de gueule qu’une battle d’aura ! Ensuite, ça s’agite dans la fosse, il y a même des
slams et un
wall of death en réponse à la demande de « chaos », et pour donner suite à l’injonction « Sépare-moi cette putain de salle ». Expérience à revivre le 7 novembre à l’Empreinte de Savigny-le-Temple (77) pour la
release party, avec
KANINE et
SPLEEN comme invités.
DISAVOWED
Je vous ai parlé des frites, du chili et de la fricadelle mais
quid du dessert ? Allez, je vous vends la mèche : la boulangerie-pâtisserie « Chez Blanche » à deux pas du Centre culturel propose des mets sucrés de très bonne qualité. Je prends une gaufre et une frangipane griotte (avec un croissant offert) et vu qu’il pleut (ce qui crée un arc-en-ciel, comme avant l’
Arronfest VI), je m’empresse de retourner à la salle pour m’avaler ça devant un quintette dont vous devez être familiers. Car en dépit d’une faible discographie, on a eu quelques fois l’opportunité de commenter les faits d’armes de ces Néerlandais qui tournent beaucoup. Encore l’année dernière à l’occasion de deux
live reports : celui du
Gatinaicticut Metal Fest et du
Death Feast Open Air. Il faut dire qu’on ne peut être qu’enthousiaste à l’idée d’aller les voir, que ce soit pour se prendre leur Brutal Death technique et puissant en pleine poire ou pour le
show assuré par le
frontman Robbe. D’ailleurs, ce dernier monte directement à la barrière et nous rejoindra dans le
pit, avant de finir en
crowd surfing. La
set list comprend une chanson datant de 1995, et avant de la jouer, il demande qui n’était pas né à l’époque. Une charmante jeune femme à ma gauche lève la main et, par sympathie, Robbe lui tend gentiment le micro afin qu’elle puisse
growler quelques instants. Cela nous amène rapidement à la dernière avec « Rhizome », qui ouvrait leur premier effort
Perceptive Deception. Ça sait jouer, c’est rythmé, entraînant, varié, et on a du gros son en plus. La claque encore une fois.
CUTTERRED FLESH
CUTTERRED FLESH est l’heureux remplaçant de
PaRtY-CaNnOn qui a dû s’excuser. J’ai un bon souvenir de la prestation du quartet tchèque au dernier
Death Feast, donc cela me convient. Il fait cette fois son entrée sous de multiples rayons rouges qui créent une ambiance horrifique collant particulièrement bien à la thématique de
The Shapes of Hidden Malice, son septième opus attendu le 13 novembre chez
Transcending Obscurity Records. Comme vous pouvez le voir sur le clip de « The Mad Farmstead » (cf. la page
Bandcamp), c’est sans pitié. Telle est leur musique : du Brutal Death agrémenté de quelques plans Deathcore. Est-ce que cela effraie le public qui se tient à distance ? Le chanteur se veut rassurant et explique qu’on peut se rapprocher, qu’il n’a pas prévu de
wall of death. Pour autant, sur scène, ses compères et lui-même sont très actifs, et les jolis jeux de lumière et jets de fumée ascendants les mettent bien en valeur. En attendant la mi-novembre, sachez que trois des nouvelles chansons sont déjà à l’écoute sur les réseaux.
JIG-AI
Les rayons rouges se sont transformés en une chaude lumière couleur sang qui inonde la scène. On est pareils à des taureaux en rut devant le trio tchèque ! Buraak (basse, chant) et Rob (guitare) sont tout autant excités et sautent dès le début, tels des punks révoltés. Pour revenir sur la comparaison animalière, les vocaux de Buraak sont si puissants qu’ils me donnent l’impression de me retrouver face à une horde de porcs pris d’une toux grasse ! Le Guro Goregrind des trois bestiaux est en action, et l’énergie qu’ils dégagent se révèle – une fois de plus (cf.
The Ultimate Soul Grinding Festival - Last Inhumate Show Ever) – impressionnante. Buraak et Rob se positionnent chacun à une extrémité des planches pour mieux nous doser et ils sont rapidement applaudis par une foule qui tourne… très vite ! Un mot également à propos du batteur Jarda, dont la caisse claire prend cher :-).
Les extraits de
Jigoku (nouveau méfait publié début août par
Bizarre Leprous Production) donnent envie de se pencher sérieusement dessus, mais aussi de retourner écouter
Jig-Ai, le
full-length éponyme dont nous fêtons les 20 ans cette année.
GUTRECTOMY
Pour nous préparer à perdre des points de QI, l’orga passe
« Fous Ta Cagoule » et ses rimes légendaires avant que les Allemands ne fassent leur entrée. Ces derniers remplacent
KORPSE qui n’a pas pu venir, donc on a le plaisir de les revoir, seulement deux mois après le
Death Feast. Les festivaliers sont motivés et « dansent » (ils marchent à vive allure comme sur un tapis roulant, tout en faisant du surplace) ; on se croirait à un concert de
STILLBIRTH. Puis c’est la bagarre, puis un mélange de danse et de bagarre. Après quelques échanges avec nous, le chanteur profite de l’engouement pour lancer un
wall of death, et c’est la grosse ambiance. Le quartet de Slamming Deathcore partage enfin son actualité en présentant son nouveau guitariste, dont c’est le premier jour, avant de nous jouer un titre récent. Si vous ne connaissez pas encore cette formation, jetez-vous sur le bien nommé
Slamdown is not a phase, mom !
KRAANIUM
Ça commence à fatiguer et je ne suis vraisemblablement pas le seul, car ça sent maintenant plus le Red Bull que la bière. Allez, on se motive, surtout qu’à un
Netherlands Deathfest, Keyser disait à propos du quintette : « j'ai pris plus de plaisir que ce à quoi je m'attendais » (alors qu’il prenait soin d’éviter la formation, c’est pour dire). Dans sa chronique de l’album
Post Mortal Coital Fixation, Niktareum notait quant à lui que malgré l’absence d’« une once de variété (…), quelques passages (…) raviront malgré tout les drogués du slam ». Ça tombe bien, des slam-dépendants (à quand le remboursement par la sécu ? Les jeunes devraient ajouter ça à leurs 10 mesures d’urgence) ont encore de l’énergie. Ils se jettent avec confiance pour une partie de
crowd surfing, tandis qu’un ninja effectue ses plus belles roulades au milieu des
moshers. Puis, les plus vaillants s’emparent des marteaux (gonflables) distribués dans la fosse pour se cogner dessus, sous l’effet de la pesanteur de la musique qui les assaille. Vient le moment de la photo de fin qui voit nos cinq compères montrer leur cul. Auraient-ils rencontré Larry Wang lors de leur tournée du début d’année en Asie ?
Une expérience qui donne envie de revenir ! En plus de la musique, l’atmosphère festive y est pour beaucoup. On la doit en partie aux animations (happy hour, vente aux enchères de la bâche du festival, jeu dehors dans l’allée…) ainsi, bien sûr, qu’au public liégeois. Il y a d’ailleurs un truc avec cette région, car il s’y déroule de nombreux événements : From Dusk Till Doom, Haunting The Castle, Dark Dungeon Festival, DimFest… J’ai aussi eu une petite pensée pour COLOSCOPY et BOULETTES SAUCE LAP1N !, tous deux du coin, et découverts cet été à l’Arronfest. Malheureusement, l’affluence n’a pas été à la hauteur des attentes pour couvrir l’intégralité des frais engendrés par la soirée. Un appel aux dons est donc lancé au profit de l’asso organisatrice (Tempo Ardent) : BE64 1030 9291 4752. De même, il est proposé aux groupes intéressés un concert de soutien, n’hésitez pas à vous faire connaître !
De mon côté, une nuit sur place me fera le plus grand bien. Le lendemain, je partage avec Émile le croissant de « Chez Blanche » qui, trempé dans le café, permet de partir du bon pied. Retour pour Paris avec un paysage typique de terrils (collines formées par accumulation de résidus dus à l'exploitation minière) sur la route. Le Tyrant fest n’a pas eu lieu, mais il a quand même trouvé un moyen de se rappeler à notre bon souvenir !
Lien de l’
aftermovie
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