J’ai tellement adoré l’ambiance et la programmation l’année dernière (cf. live report) que je m’étais dit qu’il fallait y retourner, et si possible, en faire un rendez-vous annuel. 2026, me voilà donc. Qu’y a-t-il à l’affiche ?
Évidemment une majorité de Brutal Death (la moitié, dont une partie de Technical Brutal Death) mais aussi beaucoup de Slam Death (un quart) et pas mal de Deathcore (près de 20%). La différence, par rapport à 2025, est que le Grindcore est franchement moins présent, voire anecdotique. Quant aux contrées représentées, l’internationalisation se poursuit en passant de 14 à 16 nations, et en intégrant de plus en plus de formations asiatiques (Indonésie, Taïwan, Turquie) qui arrivent juste après les américaines. Niveau Europe, bien sûr l’Allemagne est en force, quand la République tchèque et la France sont plus difficiles à trouver dans le line-up de cette édition. Cette dernière propose toujours 33 groupes (sur 3 jours) que je vais essayer de tous citer, en les présentant par sous-genre et en commençant par les shows les plus marquants. Je dois également ajouter qu’on est très chanceux que le fest soit maintenu, car une tornade a provoqué de la casse matérielle et a nécessité de remonter ou changer des équipements au dernier moment.
LES 13 SHOWS LES PLUS MARQUANTS
Death & Brutal Death
Un chevelu en short et crocs roses (revêtu d’un sweat-shirt orange, on ne peut vraiment pas le louper) fait son jogging de début d’après-midi en courant tranquillement en rond devant les gars de
PIKODEATH. Un mois après leur venue au Morbid Session Fest et trois jours avant l’anniversaire de leur guitariste Pepíno, je découvre avec ravissement ces Tchéco-allemands donnant une représentation remarquable de Death/Thrash. Les compos sonnent agréablement fin 90’s, sont entraînantes et contiennent leur lot de solos (on voit que Pepíno se fait plaisir sur du
tapping). Quant au chanteur Loppi, il ne manque pas d’idées pour dynamiser le
set avec succès : il monte sur le plateau de la batterie, il arpente régulièrement le bois et il descend déambuler, puis carrément participer au
circle pit. En plus, après la pluie d’hier, le quartet a la chance de jouer sous le soleil, la journée commence bien !
Si, comme notre lecteur Yz, vous étiez passés à côté du second long-format des Lausannois de
KAKOTHANASY l’année dernière, je suis sûr que tout comme lui, vous allez être heureux de vous rattraper en 2026. Pour une présentation du
line-up, je vous invite à jeter un œil au
live report du
LIXIVIAT FESTIVAL #2 dans lequel Sagamore présente en détail la formation. En attendant, je les ai juste en face de moi et ils s’apprêtent à exécuter leur promesse de nous soumettre à une mort atroce (
« kakothanasy »). Les trois gaillards évoluent en effet dans un Brutal Death Metal particulièrement vicieux. Et comme d’autres trios statiques, tels que
DYING FETUS ou
BRODEQUIN, ils n’ont point besoin d’artifices scéniques pour nous obliger à bouger sous l’effet de leur torture ; il leur suffit de jouer. Oui mais quel jeu ! Du BDM à la fois lourd, très rapide et technique, dont la
setlist emprunte aussi bien au récent album évoqué plus haut (
Metagonism) qu’à leurs précédentes sorties. On a par ailleurs une panoplie de voix qui parcourt un spectre du
growl très grave jusqu’aux
shrieks. Les Suisses ne participent pas au Deathfeast pour déconner, je dirais même qu’ils y viennent pour remettre les pendules à l’heure (avec une certaine précision). Impressionnant, ils sont applaudis avant la fin.
« À poils le bassiste ! » crie une femme à côté de moi, et c’est ainsi qu’est lancée la performance de
DARKALL SLAVES. Les Français prennent leur revanche sur l’édition 2009 à laquelle ils avaient dû renoncer au dernier moment, en déversant directement violence et chaos à Andernach. Leur Brutal Death Metal s’affiche évidemment rapide mais également pesant, tout ce qu’on aime. « Une tornade de brutalité », comme le reportait Keyser lors du
concert des Lillois au Gibus il y a 6 ans avec
GORGASM. Les esclaves du sombre appel distillent aussi discrètement de l’humour, telle l’inscription « It’s not rape because she’s dead » que l’on peut lire sur le haut d’un guitariste. En parlant
merch, le quintette annonce qu’il a apporté un t-shirt à vendre ; on espère par ailleurs bientôt un nouvel opus. Peut-être avec en
featuring Renan de
DEVOUR qui vient accompagner Markus sur scène pour un morceau ? Prochains fests connus : Conquering Basilea Fest Vol. X en Suisse le 24 octobre et Berlin Desecration Fest en mai 2027.
Après
GOLEM OF GORE l’année dernière, c’est cette fois
HOUR OF PENANCE qui représente l’Italie. Je dis « cette fois », mais ils étaient déjà là pour les cuvées 2007 et 2008. C’était pluvieux en 2008, et ils ont de la flotte maintenant, y’a un truc… Malgré cela, le chanteur se risque à demander un
circle pit et il fait bien d’oser, car certains festivaliers s’exécutent. Il faut dire que les Romains nous chauffent correctement et que le carnage a commencé dès qu’ils se sont retournés, à la fin de la sombre musique d’ambiance introductive. Leur Technical/Brutal Death Metal est riche et varié, impossible de s’ennuyer. Pareil de leur côté, on voit d’ailleurs aux mimiques du bassiste que ce dernier vit le moment à fond. Leur page
Facebook montre le batteur à l’œuvre pour l’enregistrement de leur dixième album prévu pour 2027, n’hésitez pas à la consulter.
La pluie continue à tomber, espérons qu’elle ne soit pas contaminée car le quintette allemand qui arrive – visiblement très attendu – s’est spécialisé dans la thématique des accidents nucléaires. Au point que ces joueurs de « Tchernobyl Death Metal » montent sur scène recouverts de masques à gaz.
CYTOTOXIN exploite en effet largement le sujet pendant son
set :
backdrop énorme qui reprend la pochette de
Biographyte, larges kakémonos du trèfle radioactif ou encore ces néons verticaux aux couleurs changeantes, ainsi que les deux colonnes de fumée. Le chanteur grand et costaud (Grimo) renforce le tout en brandissant un panneau rond-point dont il détourne le sens en précisant qu’à chaque fois qu’il le présentera, ce sera le signe pour un
circle pit full speed, autrement dit : un « Circlepitonium ». Il nous montre maintenant un journal intime irradié (on en entend les grésillements) qu’il explique avoir trouvé, puis affirme que son
merch protège des radiations (ça marche, il y aura la queue à son stand). Grimo se déplace beaucoup et descend même parmi nous marteler un baril cabossé de matière contaminée. Vers la fin, le multi-vocaliste (
growl,
pig squeal) détaille : « On est un groupe technique alors on va vous demander un
wall of death technique, avec 2 vagues ». Décidément, les Saxons ne manquent pas d’idées pour développer aussi bien leur concept que l’interactivité avec leur public. Ils savent rendre vivant leur Death Metal nouvelle génération, on en redemande.
Autre revenant du
Death Feast Open Air 2007,
DESPONDENCY nous fait une démonstration de « fucking noise » pour citer Lukas (l’organisateur du Death Feast et du Dortmund Deathfeast), et est applaudi dès la fin du premier titre. Souvent comparés à leurs compatriotes de
DEFEATED SANITY (cf. chronique de
Matriphagy), les Allemands prennent effectivement soin de mériter leur qualification de « Supreme Misanthropic Brutality ». Du Brutal Death (avec une forte composante Slam) bien foutu, ultra-rapide (on est très souvent sur la sixième vitesse) et à la peau de caisse claire sacrément tendue. Les musiciens impressionnent par leur vélocité, même le bassiste, dont le poste est parfois moins sportif dans d’autres formations. Seul le chant monolithique pourrait rebuter mais ça n’a l’air de ne gêner personne et le
circle pit est terriblement agité. Un quintet convaincant, ce que semble confirmer le chanteur de
DARKALL SLAVES que j’aperçois en train d’apprécier la prestation.
Lukas aime surprendre en invitant en tête d’affiche une entité moins extrême que le reste de la programmation, j’ai nommé
REVOCATION (Thrash/Death technique). Il ajoute qu’il peut se permettre, vu ce qui a précédé (c’est clair qu’on prend cher depuis le début). Comme le gang de Boston est en tournée pour ses 20 ans (en excluant la partie
CRYPTIC WARNING), je pense qu’il a bien raison de les attraper au passage. Par ailleurs, le trio (le bassiste n’est pas là) s’adapte en expliquant que puisqu’il est à un festival brutal, il va nous jouer sa compo la plus brutale : le
sombre et suffocant (pour citer Jean-Clint) « Confines of Infinity » de
New Gods, New Masters. Nous sommes alors soumis à un déluge de coups de cymbales et de double grosse caisse : c’est intense. En parlant de la batterie, elle est tellement massive qu’on ne peut voir celui qui y est assis derrière (Ash Pearson). Quant à David Davidson (compositeur et guitariste-chanteur), il se lâche avec son sautillement à la Angus Young. L’incontournable
wall of death arrive, puis la fin du
show des virtuoses. Le dernier cadeau des Américains est un jet de médiators et de baguettes qui remporte un vif succès. Pas de démon cette fois (contrairement au
concert de 2024 à la Machine du Moulin Rouge) et les 45-50 minutes sont malheureusement passées bien vite. À revoir sur une plus longue durée !
Slam Death
J’entends des
pig squeals pendant qu’
EMASCULATED VITUPERATION se prépare, ça va être bon ! Le chanteur de ce groupe taïwanais est normalement Larry Wang mais en raison de problèmes administratifs, il n’a pas pu arriver à l’heure. C’est alors le Français Vince de
MULK, d’
AxDxTx et de
B.0g-dan-Of² Conspiracy (dont on vous a déjà relaté les leçons données à l’
Arronfest Open Air IV) qui le remplace, informé seulement quelques heures à l’avance. Le quartet peut ainsi nous régaler de son Slamming Brutal Death très typique du genre. C’est bas du front comme dirait l’autre, mais c’est ça qui fait plaisir. Rarement monotone, souvent entraînant, ça vaut le déplacement, rien que pour entendre Vince et le guitariste Yuru (qui visiblement prend son pied) se mettre à
gruiker ensemble ! « Allez, faites-moi un putain de
circle pit » peut-on entendre en français, exercice qui est suivi de
slams pour être sûr de se fatiguer. Toutes les meilleures choses ont une fin, donc il faut bien s’arrêter… sous les applaudissements :-).
Depuis sa première visite en 2018,
CEREBRAL INCUBATION a deux nouveaux membres à présenter : Travis LaBerge à la basse (quand même là depuis 2020) et surtout Alex Lopez, qui est arrivé cette année à la batterie. L’autre différence par rapport à il y a 8 ans est la météo puisque les Américains font cette fois leur
show sous la pluie (cf. photos). Loin d’être abattus, ils se donnent au contraire à fond. La mobilité des artistes appuie la rapidité du Brutal Slamming Death (ou « Brutal West Side Caveman Slam » comme ils disent) de nos résidents de Las Vegas. Travis et Mark (le guitariste) changent plusieurs fois de place, quand Andrew (chant), qui a la bougeotte, multiplie les interactions avec le public. Et comme il aime mimer des coups de marteau, on finit par lui envoyer un gourdin gonflable ! Voyant que la sauce prend avec les festivaliers, Andrew ose même nous demander de lui montrer nos culs pour qu’il continue, le coquin. Grosse ambiance, la
news étant que la préparation du cinquième disque du quartet est en cours ; affaire à suivre.
Pour rester dans le Slam, on continue avec
INTERNAL BLEEDING, quelle fin de vendredi ! Les pionniers du genre enchaînent les festivals européens en ce mois d’août : Brutal Assault, Party San, Alcatraz, Motoc, Deathfeast aujourd’hui et Slamageddon dans quelques jours. Il faut dire qu’ils ont sorti un nouvel album en fin d’année dernière (
Settle All Scores, Maggot Stomp) et que l’été est le moment idéal pour le défendre. Contrairement au
Neurotic Deathfest de 2015 où Keyser regrettait « ça ne bouge pas beaucoup sur scène », tous les membres se montrent dorénavant très actifs sur les planches. De Chris à la guitare, dernier membre fondateur toujours au
line-up à Theo, chanteur regorgeant d’énergie (très « HxC attitude »), fraîchement arrivé dans la bande. D’ailleurs les deux descendent carrément temporairement de l’estrade pour jouer à notre niveau, juste devant la barrière. Un autre moment mémorable est quand Theo nous fait répéter trois fois le mot « Suffering » pour introduire le titre « Inhuman Suffering » du fameux album
Voracious Contempt. C’est ultra brutal, et au niveau des instruments, ce qui me frappe est la batterie qui résonne comme si on tapait sur une casserole (avis aux amateurs d’un certain type de Grindcore). Pas de rappel accordé à l’issue des 40 minutes de jeu : un peu surpris, mais on a quand même bien profité.
Deathcore
13h45 : pas encore beaucoup de monde ; le réveil est difficile ? ;-) Il suffit néanmoins que les Anglais de
SUFFER entament le
running order du deuxième jour pour faire rappliquer les résidents du camping et relancer la machine à tourner. Leur Deathcore (“Black Country Death” selon leurs réseaux sociaux) propose une approche résolument moderne : nappes de clavier,
samples,
breakdown et un chant qui rappelle
LORNA SHORE. Un son (peut-être renforcé par la virilité d’un guitariste exhibant ses muscles) qui inspire des coups de pied retournés dans le
pit. Ça commence très fort, je pense que cela ferait extrêmement mal plus haut sur l’affiche ! On leur souhaite donc de continuer à bien mener leur barque et en attendant, on peut se passer leur cinq-titres
Soul From Flesh mis en ligne il y a tout juste deux semaines sur Bandcamp.
Je précise d’emblée qu’il ne s’agit pas du
FILTH suédois dont AxGxB nous a parlé l’année dernière, mais du quatuor américain
FILTH. Ce dernier ne donne pas dans le Death Metal, plutôt dans un mélange de nombreux genres : Deathcore, Hip Hop, Groove/Nu-Metal… Pas le type de fusion fait pour me plaire, mais je reconnais que leur
show est marquant, et qu’au moins, on ne risque pas de s’ennuyer comme avec certains groupes trop linéaires. Le côté Rap se fait ressentir dès l’introduction (beaucoup de
samples également) et il est bien sûr appuyé par l’apparence du chanteur (Dustin), paré de lunettes de soleil et d’une chaîne en or (même le micro est doré) – et il dit « yo ». Ça ne l’empêche pas de grogner (parfois par-dessus un chant rappé enregistré), de se montrer effrayant avec les yeux révulsés, et de proposer un
wall of death (qui continue en
pogo) comme le font les métalleux « habituels ». Dustin procède à une reprise de
LIMP BIZKIT, puis invite quelqu’un à le rejoindre au chant. Je ne suis malheureusement pas en mesure de vous apporter d’informations sur son identité. Quant à Will, le bassiste, il tient son instrument au niveau des genoux, tel que cela est pratiqué dans les formations de Nu-Metal (détail qui intéressera sans doute Sosthène). Ce « Rapcore » très curieux reste cependant ancré Deathcore et convainc les festivaliers d’Andernach qui
slamment, applaudissent et jouent le jeu en acceptant d’agiter les bras comme demandé.
On avait l’année dernière une tête d’affiche Deathcore dès la première journée avec
AngelMaker, c’est
SIGNS OF THE SWARM cette fois. Oubliez les aspects mélodiques et parfois symphoniques des Canadiens car nos Américains proposent un tout autre univers. Les festivaliers qui les avaient déjà vus en 2023 s’en souviennent certainement, les gars de Pittsburgh offrent des compositions moins structurées, plus sombres, plus
beatdown et surtout oppressantes ! C'est monstrueux, les
breakdown sont énormes et les déflagrations portent les capacités de la sono à ses limites. Le chanteur, régulièrement surélevé, en impose, en particulier lorsqu’il prend sa voix flippante de Gremlins qui aurait mué. Le guitariste et le bassiste en rajoutent une couche en associant leurs grognements pour un résultat redoutable. On nous offre bien quelques passages d’ambiance plus atmosphériques, mais c’est plus pour créer un sentiment de malaise que pour nous permettre de respirer. Le quartet raffole de voir l’état dans lequel il met son public et sollicite
circle pit et
crowd surfing avant un
wall of death, pour la dernière. Minuit pétante, ça s’arrête : on ne rigole pas avec les horaires ici. Impossible donc d’avoir un rappel, il faudra les revoir (l’unique date française de leur prochaine tournée européenne sera le 23 février 2027 à Paris – Petit Bain).
J’AI AUSSI APPRÉCIÉ
Brutal Death
En décortiquant l’affiche, on remarque une présence certaine de formations asiatiques, dont trois indonésiennes en tournée européenne (le Cataclysmic Tour) qui passent ce vendredi. Je me souviens des bourrins de
VISCRAL l’année dernière, voyons ce que donnent leurs compatriotes. Le premier à jouer est
DEATH VOMIT, à ne confondre ni avec son homonyme chilien (
DEATH VOMIT) ni avec les Indonésiens de
POISON VOMIT dont Sosthène a chroniqué l’
EP hier. Créé en 1995, le trio est puissant (avec une basse qui claque bien) et raffiné (solo de guitare), ce qui lui vaut d’être applaudi dès la fin du premier titre. Pour autant, ça reste calme dans la fosse. Le chanteur demande alors un
circle pit, puis un
wall of death pour dynamiser tout ça ; et c’est un succès.
JASAD (« cadavre »), la « Bandung Blasting Machine », enchaîne. Puji Apriantikasari est au micro depuis 2025, et ce qui n’est vraiment pas courant si on compare aux autres groupes du Deathfeast, c’est que Puji, surnommée « Popo », est une chanteuse. Elle fait frapper des mains les festivaliers sur une courte intro symphonique, et plus tard, nous prie d’être plus brutaux. Côté instruments, les mini solos de basse et les cassures de rythme efficaces incitent également le public à montrer son approbation. Le vent se lève pour l’arrivée de
DeadSquad, quartet de Technical Brutal Death Metal qui fête ses 20 ans. Son style est varié et vivant (en atteste ce
réel), musicalement comme en termes d’animation. En effet, à l’image d’un
COFFIN FEEDER, les Indonésiens nous font faire du sport :
headbanguer en se tenant par l’épaule, puis se baisser et remonter en même temps. La pluie finit par tomber, on sort les k-ways ou on s’abrite, tandis que les plus vaillants continuent à tourner en rond sous la flotte. Merci à ces trois formations d’avoir parcouru 10 000 km pour venir nous maltraiter. Toujours en Asie mais plus près de chez nous, les Turcs (avec un Français aux baguettes et un Colombien à la basse) de
MOLESTED DIVINITY accompagnent les Américains de
CONDEMNED sur le Daemonizing Europe Tour, dont une étape est Andernach. Le quartet, comprenant le guitariste de
DECIMATION, nous inflige des accélérations saisissantes qui se traduisent immédiatement dans le
pit qui, un temps assoupi, reprend du poil de la bête. Rapide et violent, les applaudissements sont mérités.
MOLESTED DIVINITY
Retour en occident avec du « Death Metal Country Redneck style » ! Cette bande de joyeux lurons (au nombre de six, dont deux chanteurs qui aiment se dandiner) confirme s’il en était besoin le côté déconne de ce festival. Les Saxons se présentent avec un couvre-chef (chapeau de paille, chapeau mexicain, bandeau de trappeur, chapeau de cowboy) et dès l’introduction Country, ce sont des articles de plage gonflables de goût plus ou moins recommandable qui volent. En restant dans l’humour et avec un autre clin d’œil à la culture américaine, les Dumb Boys diffusent un enregistrement où on entend la voix de Donald Trump affirmer que
HOME REARED MEAT est son groupe préféré ! Gros lâchage dès le début de journée, aussi pour un des chanteurs qui se fait un plaisir d’utiliser son pistolet à eau pour nous arroser. Les Tchèques de
CUTTERRED FLESH sont également très dynamiques. Les musiciens changent de place et le bassiste
headbangue à côté du chanteur. C’est marrant aussi de voir comment il donne des coups de mentons. Ils nous font le coup d’annoncer une chanson romantique et de balancer un son super agressif. Pourtant, il n’y a pas tellement d’activité dans la fosse, que je trouve d’ailleurs clairsemée. Certains festivaliers au bout de leur vie sont allongés par terre, d’autres sans doute partis dîner afin de reprendre des forces. Le quintette est quand même applaudi au moment des remerciements à la fin. Je reste déçu car autant pour certains groupes, ça ne décolle pas, autant on ne peut pas dire ça du
set auquel on vient d’assister. On va maintenant surveiller la sortie de
The Shapes of Hidden Malice, son septième opus attendu le 13 novembre chez
Transcending Obscurity Records. À noter pour les fans de Maupassant, la deuxième piste sera intitulée « Le Horla ». Place à
IMPERIAL EXECRATION, le projet vraiment très international d’Eduardo Camargo (
DESPONDENCY entre autres, et bassiste
live pour
MOLESTED DIVINITY,
SCATOLOGY SECRETION et
RELICS OF HUMANITY). Eduardo (guitare) est un Colombien qui vit à Prague, faisant équipe avec l’Écossais Kieren, bassiste de
DESPONDENCY et depuis cette année, avec le Français Cédric, batteur de
MOLESTED DIVINITY, ainsi que le Polonais Jakub, qui chante déjà au sein de
NECROCRANIUM. Ce joli mélange donne un « Bestial Brutal Death Metal » sérieux et sombre avec un
growl puisant très bas dans les graves. Loin de déconneurs précédents, leur concert est plutôt dans le genre de celui de
RELICS OF HUMANITY dont je vous parlais l’été dernier. Deux heures plus tard, on retrouve Eduardo (dont la basse se fait fortement entendre) et Cédric, qui accompagnent un Américain au chant et Mattis de
DARKALL SLAVES à la guitare pour
SCATOLOGY SECRETION. En dépit d’un ajustement de matériel (un technicien vient revisser une cymbale) et d’une prestation statique et monolithique, le quartet parvient à donner un coup d’accélérateur au
circle pit. Étonnamment, les quatre ne jouent que 20 minutes sur les 30 qui leur sont allouées, curieux. C’est avec une currywurst en mains que j’ouvre grand mes oreilles pour
INTERNAL SUFFERING, de retour 14 ans après sa venue de 2012. Les Colombiens, à ne pas confondre avec les Américains d’
INTERNAL BLEEDING chroniqués plus haut, sont visiblement heureux de fêter leurs 30 ans. En raison de la couleur orange de ses cordes, mon attention est portée sur le bassiste, avant qu’elle ne soit détournée vers une notification Facebook de l’orga nous informant que les conditions météorologiques pourraient changer (gageons que la tornade de mercredi ne revienne pas). De la ferveur se fait sentir pour le gang de San Diego nommé
CONDEMNED, qu’il joue d’anciens morceaux ou des extraits de
Daemonium, sa dernière galette (en date de 2023). Statique, la venue de deux invités vient rendre la prestation un peu plus sauvage. En effet, le quartet est rejoint par Larry, boss de Fat Tub of Lard Records (également membre d’
EMASCULATED VITUPERATION,
FATUOUS RUMP et 13 autres concepts selon Metal Archives) et Andrew de
CEREBRAL INCUBATION ; voilà un cadeau qu’on accepte très volontiers. Bien sûr, Larry montre son cul, comme à son habitude, quand Andrew me fait presque peur en prenant de l’élan pour se jeter sans hésitation dans la fosse !
Slam Death
Quel bon
timing pour
HUMAN MASS EXTERMINATION qui sort son EP
Exoplanetary Invasion aujourd’hui. Le bestiau costaricain, passionné par les extraterrestres, assène de très lourds riffs dans la tradition du genre, qui transforme l’audience en un vigoureux
circle pit. L’alternance
growl /
pig squeals donne envie de bouger, comme avec un ancien titre que le quintette nous ressort, dont la fin présente un petit côté dansant à la
GRUIIIIK. Moins
groovy et plus méchant, le quatuor de Manchester
COPROCEPHALIC MUTATION fait son entrée dans nos colonnes. Vous connaissez peut-être néanmoins son guitariste Sam Mansfield qui est déjà passé par une quinzaine de groupes ces dernières années. Il enchaîne les changements de cadence et aime jouer sur la lourdeur avec ses trois complices. Cela plaît et le public fait des «
cassés » en rythme avec le bras. Moins d’expérience (et pour cause, ce sont de jeunes adultes), les Danois de
GUTTURAL DISGORGE n’en ont pour autant pas moins d’assurance. Le
frontman, qui fait très américain, a d’ailleurs déjà acquis tous les trucs pour faire bouger son audience. C’est visuellement dynamique (un guitariste saute à répétition) et une surprise nous a été réservée. Effectivement, au moment du
wall of death, le chanteur précise qu’il faut bien attendre son
go avant de foncer. Sauf que lorsqu’il donne enfin le signal, ce sont quelques secondes d’une chanson de Shakira que l’on entend, avec qu’il ne reprenne par un
growl marquant nettement le contraste. Pour finir, une nouvelle compo issue de l’EP,
Lethal Injection, attendu pour la rentrée. Du très lourd, ils sont applaudis entre chaque morceau.
GUTRECTOMY aussi nous fait rire quand on lit le titre de son EP sorti en mai, intitulé
Slamdown is not a phase, mom. Les cassures sont très lourdes et on peut affirmer que le quartet d’« Angry Slamming Music from Germany » dispose d’un savoir-faire certain pour créer un son particulièrement écrasant. Les
samples électro entre les pistes excitent aussi les
slammeurs qui s’en donnent à cœur joie jusqu’à la fin du
set. Bonne nouvelle, les Allemands assureront un remplacement au Deathtoberfest 5, on pourra donc les voir en octobre à Liège. Les balances de
FATUOUS RUMP durent un petit moment et en plus, le guitariste casse une corde juste quand ça allait commencer. Mais pas de problème, le monde massé devant la scène a de quoi rester occupé. Car Larry, la voix du quartet, raconte des blagues, et il n’arrête pas de plaisanter pendant tout le
set. S’il ne réussit pas avec la musique, il peut sans problème se lancer dans le
one-man show ! Je souhaite pour ma part qu’il reste dans le Metal car je me régale des « super slow IQ slams » des Taïwanais qui poussent le Slam Death à son extrême. La mitraillette de
pig squeals est jouissive et le concours de cris porcins avec leurs invités (dont le chanteur de
CONDEMNED et Vince de
MULK) est mémorable.
FATUOUS RUMP
Deathcore
Hier, on avait
HUMAN MASS EXTERMINATION avec une thématique OVNI, c’est aujourd’hui le tour des Espagnols de
PHRYMERIAL de partager leur
trip aliens. On comprend ainsi cette fan qui n’arrête pas de tendre vers la scène une peluche de petit martien vert. Il ne faut pas être effrayé par ce quartet extraterrestre, d’ailleurs le chanteur nous invite à nous rapprocher. En faisant cela, je remarque qu’il porte sous sa parka un t-shirt
STILLBIRTH et cela me rappelle qu’on avait vu les deux groupes ensemble à Paris pour le
Monster Kill Tour 2025. C’est toujours aussi extrême, avec
breakdown de fous furieux et profusion de
pig squeals (un des kakémonos en bascule). D’aucuns diront que cela constitue un abus des caractéristiques du genre mais si on aime, ça passe très bien ! En plus, il faut relativiser car le niveau est relevé par de nombreux solos (de guitare et de basse) : cela justifie l’appellation Technical Slamming Deathcore ! Ce n’est pas un kakémono qui tombe pendant la prestation d’
ANNOTATIONS OF AN AUTOPSY mais une averse. À ce sujet, une mauvaise langue écrira plus tard un truc du genre « Au plaisir de vous revoir mais laissez la pluie en Angleterre » ;-). Le temps est tellement pourri qu’il provoque une coupure de courant après deux-trois chansons. Cela reprend dix minutes plus tard mais uniquement pour le son, pas pour les lumières. Alors, on applaudit le quartet pour l’encourager à jouer dans le noir, puis tout finit par revenir à la normale. Les Britanniques ont du succès avec “Too weak to fuck with me”, issu de leur EP post-reformation, dont les fans se souviennent du refrain et redemandent. Si vous ne connaissez pas, c’est du Deathcore brut et sauvage (néanmoins plein de solos) et l’équipe se sent suffisamment en confiance pour annoncer un troisième album pour l’année prochaine.
COFFIN FEEDER était déjà à l’affiche en 2025 et semble avoir laissé de bons souvenirs car sa préparation (40 minutes quand même) attire du monde près de la scène. Pour expliquer un si prompt retour, c’est dû au remplacement d’une autre formation qui a dû annuler sa participation. Comme d’habitude, le chanteur (Sven) nous active, que ce soit en nous proposant un exercice de gymnastique ou encore en nous encourageant à accélérer le
circle pit. Ça
pogotte évidemment pas mal et bien sûr, on a le droit au traditionnel
wall of death. C’est tout aussi dynamique sur les planches avec nos Belges qui n’arrêtent pas de changer de place, et un Sven qui se prend pour un chanteur de Hardcore en sautant et donnant des coups de pied en l’air. Un
show ultra énergique ! Pour plus d’infos sur le quintette, je vous invite à jeter un œil au
live report de l’an dernier.
Grindcore
Ce n’est pas tellement connu, pourtant la production la plus ancienne de
SPERM OF MANDKIND (incluant « Slaughterhouse » de
MORTICIAN), que l’on peut retrouver sur son Bandcamp, date de 2007. Donc on peut en déduire que le quartet slovaque a environ 20 ans. Il évolue dans le Porno Gore Grind, avec semble-t-il une attirance pour le Japon. L’effet casserole de la batterie saute aux oreilles, la voix trafiquée du chanteur ressort peu, et il se remet à pleuvoir. Probablement à revoir dans de meilleures conditions. Dans un genre musical proche, c’est
BRUTAL SPHINCTER qui monte sur scène plus tard dans la journée. La thématique est quant à elle sensiblement différente puisque les Liégeois définissent leur style comme du « POOlitical Goregrind ». Et cela ressort par de nombreuses interventions, comme l’affirmation que ceux qui se sentent supérieurs (par leur nationalité, couleur de peau, orientation sexuelle, etc.) n’ont pas leur place ici, ou encore comme les demandes de porter tout ce qui a des roues (dont les fauteuils roulants) puis d’un
circle pit exclusivement féminin. Le quintette derrière le slogan « Make Goregrind Great Again » est tout à fait dans son rôle. Il apporte également un côté festif qui trouve toute sa place au Deathfeast (dont c’est la quatrième apparition), à l’image de
GUTALAX en 2025. Le seul inconvénient est que l’on retient surtout ces aspects, avec la musique qui passe finalement au second plan.
BRUTAL SPHINCTER
Sold out, comme l’année dernière, le succès ne se dément pas. Pour autant, on circule vraiment bien sur place, c’est très fluide. L’accès au premier rang est aisé, en plus on y respire, sans être écrasé. On a eu un peu de pluie mais avec max 25 °C, c’était plus agréable que les canicules essuyées par certains fest en juin/juillet.
Pour ceux qui veulent en profiter pour faire des emplettes, les stands habituels étaient présents, notamment Rising Nemesis Records. Et pour chopper du merch du Deathfeast millésime 2026, il ne faut pas traîner et faire la queue dès le premier jour.
Très heureux de constater que le prix des boissons n’a pas augmenté (6 euros la pinte, 8 euros le cocktail) et qu’il y a toujours le choix pour manger (hamburgers, frites, pizza, poulet rôti et currywurst). Pour un palais français habitué aux goûters et aux desserts, il manque juste du sucré ;-)
Un détail qui a changé par rapport à la précédente édition, c’est la musique diffusée entre chaque groupe. On est passé de « YMCA », « Dancing Queen » et autres joyeusetés du genre « Le fric c’est chic » à des classiques du Metal comme IRON MAIDEN (le début de « Fear of the Dark » a d’ailleurs fait frissonner), ce qui me va très bien.
Assidu, le mec qui tape sur l’épaule avant de disparaître s’est encore fait remarquer. On verra si on le retrouve sur le nouveau site en 2027. Eh oui, car pour fêter ses 20 ans, le Deathfeast change de lieu. Il se tiendra du 25 au 28 août au Blaue Lagune (www.blauelagune.de) de Wachtendonk, dans la région de Düsseldorf. Lukas voit les choses en grand puisqu’il s’agit d’un complexe de loisirs autour d’un lac (les plages ont l’air sympa). Lien de l’événement Facebook. La rentrée n’est pas loin mais ça sent déjà les vacances !
2 COMMENTAIRE(S)
01/10/2026 00:17
Oui, c'est un petit marathon d'assister aux 33 concerts du fest, mais aussi d'écrire ensuite quelque chose pour chacun d'entre eux !
27/09/2026 14:56