Chroniquer un groupe russe est-il devenu un acte politique ? Je n’en sais rien, peut-être, le sujet ne m’intéresse pas. Comme j'ai parlé des Ukrainiens de
VIOLENT OMEN il y a deux jours, j'imagine que cela compensera au moment de la pesée de mon âme.
COMBAT SHOCK vient à notre rencontre pétri de bonnes intentions, avec sous le bras un présent rutilant : son deuxième album intitulé
Nightmare Fuel, successeur du fort confidentiel
Everything Goes Wrong (2022). Effectivement tout va mal, tout part en couilles même. Où que le regard s’attarde, il ne contemple qu’un amoncellement de déjections malodorantes. Alors on en fait quoi de ça, de ce constat puant ?
Human Bomb sur un quai de métro bondé ? Kamikaze en piqué sur le Palais de l’Élysée ? Suicide collectif façon Ordre du Temple Solaire ? Collecte Leetchi visant au financement d’un tueur à gage qui liquiderait sur commande les parasites malfaisants de tout bord ? Se tailler les veines dans la baignoire, l’envie passe lorsqu'on observe les multiples cicatrices au rasoir sur les avant-bras d’une adolescente dans le métro… Baggy, sweat
Rick et Morty, une mère qui doit se demander à quel moment ça a merdé, à quel moment elle a foiré, avec au fond de sa cervelle la petite voix dégueulasse qui lui murmure qu’un jour prochain la gamine ne se manquera pas, que les entailles ne seront plus un appel à l’aide mais un moyen définitif de ne plus avoir besoin d’appeler. Quel animal s’inflige des saloperies pareilles à part nous ? Race en pleine dégénérescence qui rejette physiquement l’environnement dans lequel elle est contrainte de survivre comme le corps expulserait chroniquement une mauvaise greffe. Le panda suspendu dans sa forêt de bambous est adapté à son environnement. L’aigle royal perché sur sa falaise rocheuse est adapté à son environnement. La lamproie de rivière est adaptée à son environnement. Le cafard est adaptée à tous les environnements. L’homme, quant à lui, ne l’est presque plus. Inadapté aux climats, affamé, assoiffé, abruti violent, fanatisé, sceptique forcené, apathique, intellectuel creux, bon petit soldat ou dissident, victime, bourreau, profiteur, bienfaiteur, accablé par une accumulation de troubles mentaux plus ou moins handicapants, il se traîne grotesquement, dressé fièrement sur des trottinettes électriques entre des blocs de béton infâmes, dégoûte, révulse, donne la nausée d’une extension délirante soumise à l’appétit jamais assouvi de toutes les vacuités imaginables. Tout ça, toute cette fange accumulée au fil des siècles déborde aujourd’hui du moindre égout et empuantit l’atmosphère, chacun essayant de s’en libérer avec les moyens du bord. La vie des fourmis soldats ou d’une abeille maçonne contient plus de sens, de poids, que celle de la majorité de nos congénères, pour ne pas dire la totalité. Pas de
bulshit job dans une termitière, pas d’interrogations sociétales morbides, pas de dépression, pas d'ennui, pas d'inversion des valeurs.
Le
thrash crossover est historiquement un défouloir propice au rejet, à la diatribe, à l’affrontement. Le quatuor russe ne fait pas exception à la règle. Certes, son style est rudimentaire, lavé, essoré, élimé, il emprunte néanmoins vaillamment le chemin tracé par les
POWER TRIP et autres
SLAYER, celui du milieu des années 90, afin d’apporter sa pierre à l’édifice contestataire mondial. La guerre, la mort, le mensonge d’État, la vie miséreuse des civils, la technologie à outrance sous couvert de progressisme (le scientisme comme remède aux maux de l’humanité, on nous le vend depuis le dix-neuvième siècle), autant de rengaines rabâchées depuis des décennies, hélas encore d’actualité. Hier, aujourd’hui, demain. Pour porter ce projet, les gestes deviennent simples : des titres brefs aux alentours des deux minutes, souvent joués sur des mid-tempos revanchards construits sur des riffs solides en classiques allers-retours saccadés, parfois davantage
speed, avec une grosse basse
hardcore (« Fire and Ice ») et surtout pas (peu) de solos. Pas le temps pour ces conneries. Une voix enfin. Simple elle aussi. Rageuse évidemment, sans technique ni fioritures, scandant des mots simples, délivrant un message simple. Simpliste ? Peut-être, en même temps qui attend qu’un tel album dispense un cours de philosophie ? En plus, moi, ça m’horripile lorsque des musiciens essaient de me convaincre de choses et d’autres, de m’éveiller à leur morale, de rejoindre une pensée, un « collectif ».
En vingt-quatre minutes et dix compositions, chaque pas de
COMBAT SHOCK s’enfonce dans une empreinte déjà profonde laissée par des centaines d’autres groupes avant lui. Il a pourtant la volonté, l’énergie nécessaire au voyage, parce que des albums de cette trempe il y en aura éternellement besoin si l’on ne souhaite pas se foutre une balle.
Nightmare Fuel c’est de l’amitié, de la fraternité numérique. Allez, je vais prendre mes antidépresseurs.
2 COMMENTAIRE(S)
12/10/2026 23:11
Mais de temps en temps y'a un truc qui sort de nul part et c'est le pied.
Ce fut le cas pour leur album de 2022, merci pour la chro, je m'en vais écouter le dernier.
12/10/2026 21:13
Sinon chouette album, dans la lignée du précédent qui lorgnait déjà beaucoup du côté de Power Trip, Enforced et donc Slayer. Hyper efficace tout en étant tout de même (un poil) moins bon que les groupes dont il s'inspire. Bref, à conseiller aux seuls aficionados qui ne bouderont sûrement pas leur plaisir.