Je ne vous apprends rien mais depuis plus de trois décennies, le Canada s’est imposé comme une terre d’excellence en matière de Thrash et de Death technique. Parmi ses représentants les plus récents, on trouve les excellents Dissimulator qui en 2024 nous avait régalés d’un premier album particulièrement bonnard intitulé
Lower Form Resistance. Un disque incontournable qu’il convient d’avoir écouté au moins une fois dans sa vie si l’on se dit client de ce genre de formule globalement plus exigeante que la moyenne. Évidemment, si je vous parle aujourd’hui de ces Canadiens c’est parce que le groupe originaire de Montréal et de Longueuil (ville voisine de Montréal située de l’autre côté du fleuve Saint-Laurent) est de retour avec la sortie tout fraîche d’
Artifice Dissolves sur 20 Buck Spin.
Ce n’est d’ailleurs pas la seule collaboration renouvelée puisque Xavier Berthiaume, Hugues Deslauriers et Audrey Pasquini ont eux aussi rempilé aux rôles qui étaient déjà les leurs trois ans auparavant. Une fois de plus monsieur Berthiaume signe l’enregistrement des parties de batterie, monsieur Deslauriers le réampage, le mixage et le mastering et madame Pasquini la mise en page. La seule nouvelle tête ici est celle de l’Américain Noah Cutter Meihoff (Ghost, Imperial Triumphant, Herakleion...) a qui a été confiée cette illustration aux inspirations cybernétiques et biotechnologiques. Une illustration qui bien évidemment en appelle à la science-fiction et à la technologie, thèmes particulièrement chers à nos trois Canadiens.
Le casting n’ayant ainsi pas changé, il n’y a rien de très surprenant à constater que Dissimulator a fait le choix une fois encore d’une production froide et mécanique, notamment dans le son de guitare. Une décision on ne peut plus en adéquation avec ce genre de Death / Thrash extrêmement dense et technique mais aussi avec toutes ces thématiques traitant pour la plupart d’interactions (qu’elles soient factuelles, romancées, dramatisées ou imaginées) entre l’Homme et la machine. Une production que je trouve toujours aussi à propos d’autant que les Canadiens ont toujours pris soin d’y insuffler une pointe d’humanité particulièrement appréciable grâce à des instruments joués de façon organique à l’image de cette basse aux attaques et aux rondeurs toujours aussi délicieuses. De fait,
Artifice Dissolves va se "contenter" (oui, avec des guillemets car nos trois musiciens, membres d’Atramentus, Beyonnd Creation, Chthe’ilist, Exxûl..., font preuve d’un sacré niveau technique derrière chacun de leurs instruments respectifs) de s’inscrire dans la continuité de son excellent prédécesseur sans y apporter quoi que ce soit de nouveau. Certains y trouveront peut-être à redire mais très franchement, qui voudrait d’une formule réinventée voire simplement rafraichie alors qu’il y avait déjà tout ce qu’il fallait sur ce
Lower Form Resistance ?
Si
Artifice Dissolves ne surpasse pas son prédécesseur (une opération qui honnêtement aurait été quand même un poil compliquée), il s’installe confortablement à ses côtés, d’égal à égal. On retrouve ainsi tout au long de ces quarante minutes passablement agitées les mêmes arguments qui nous avaient à l’époque convaincu de l’excellence de ce premier album effectivement mené d’une main de maître. Les amateurs de Death / Thrash technique apprécieront ainsi de retrouver des compositions aux riffs et aux structures complexes marquées par des changements de rythmes aussi nombreux que soudains (le jeu particulièrement agité Claude Leduc est est un véritable régal et rend parfois bien marteau (à titre d’exemple, les premiers riffs de « Hungry Ghosts » me rendent complètement dingue à chaque fois)), qu’il s’agissent de cavalcades haletantes sur fond de tapis de double et autres séances de toupa-toupa, de ralentissements forcément plus tranquilles lors desquels Dissimulator développe le caractère plus progressif de sa musique (tricots de riffs plus tranquilles et dimension mélodique plus affirmée) ou de séquences elles aussi plus modérées mais qui servent cette fois à apporter un soupçon de groove particulièrement appréciable. Un programme fort sympathique auquel il convient de rajouter une dimension mélodique omniprésente et soignée grâce à la présence notamment d’excellents leads et solos (loin d’être d’ailleurs systématiques) aussi fluides qu’inspirés ("Hungry Ghosts" à 4:18, "Alloyed" à 1:26, "Proprioceptor" à 3:34, l’ultra mélodique "Dusk" qui sert ici d’interlude instrumental, "Neon Metroplois" à 3:16, les premiers instants d’"Anodyne" (titre instrumental de haute volée)), un chant vindicatif quelque part entre Thrash pour son intensité et son débit soutenu et Death Metal pour cette coloration plus grasse et profonde et enfin, histoire de parfaire le tout, quelques arrangements qui permettent d’étoffer ces atmosphères futuristes suggérées par l’illustration, la production ou des paroles sans équivoque. Je pense notamment à toutes ces voix robotiques entendues ici et là ("Hungry Ghosts", "Proprioceptor", "Neon Metropolis") ou cette séquence déclamée en français sur "Alloyed" et qui naturellement fait écho aux origines de la formation.
Si évidemment je ne m’attendais pas à être déçu à la découverte de ce deuxième album certainement très attendu, je suis content néanmoins de constater que Dissimulator a réussi à conserver ce même degré d’excellence sans pour autant donner l’impression de sentir le réchauffé où bien d’avoir opté pour la facilité. Tout y est absolument impeccable : ces riffs ciselés et nerveux qui tricotent à qui mieux-mieux, ces attaques et autres galopades plus ou moins franches et appuyées, ce groove subtil mais toujours aussi bien amené, ces brèves digressions progressives et mélodiques, ces apports mélodiques nombreux et judicieux, ces ambiances technico-humano-synthétiques... Bref, l’héritage de groupes tels qu’Obliveon ou Voiovoid est clairement entre de très bonnes mains avec Dissimulator qui, quoi qu’en dise son blase, mérite clairement de ne pas rester cacher dans l’ombre.
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