Évincé manu militari des rangs de Cro-Mags après la sortie de
The Age Of Quarrel pour son manque d’implication particulièrement flagrant, ses désirs de putschs et autres révolutions et sa propension à se mettre ses collègues à dos,
Alpha Omega verra pourtant le retour inattendu de John Joseph derrière le microphone avec le soutien alors indéfectible d'Harley Flanagan. Une surprise pour beaucoup à commencer par Parris Mitchell Mayhew, ex-guitariste du groupe new-yorkais, qui à l’époque a probablement du bien se marrer en apprenant la nouvelle. Moins enclin à la chamaille et assurément plus mature, le père Joseph tiendra ce même rôle sur
Near Death Experience (
"Near Death Experience" by "the main man" John Jospeh" comme on peut d’ailleurs le lire dans le livret), cette fois-ci d’ailleurs sans l’aide de monsieur Flanagan qui choisira pour l’occasion de ne s’occuper que de l’écriture de ces huit nouvelles compositions et bien évidemment de la basse qu’il tient toujours aussi farouchement.
Paru le 28 septembre 1993 sur Century Media Records, ce quatrième album voit Cro-Mags revenir visuellement à quelque chose d’un petit peu plus percutant grâce à une nouvelle illustration hindoue probablement glanée dans un de ces nombreux livres trouvés dans un de ces temples new-yorkais fréquentés assidument à l’époque par John Joseph et Harley Flanagan. Si comme beaucoup je préfère celle qui orne l’excellent
Best Wishes, il faut tout de même bien reconnaitre qu’il y a quelque chose de terriblement efficace dans ces affrontements épiques et manichéens du bien contre le mal.
Enfin, pour coucher sur bandes ces huit nouvelles compositions, le groupe n’a pas hésité bien longtemps puisque celui-ci s’est rendu pour la troisième fois consécutive au Normandy Sound Studio (avec cependant un petit crochet par les Unique Studios) sous la directive une fois encore d’Harley Flanagan en tant que grand manitou mais avec l’aide néanmoins de quelques petites mains de l’ombre telles que Tom Soares, Phil Greene, Josh Charuokas et même John Joseph pour le mixage... Trente-trois ans plus tard, la production a carrément bien vieilli et ne porte aucun stigmate apparent de son époque à même de trahir son âge avancé.
Bien qu’il ait quitté Cro-Mags quelques mois avant la sortie d’
Alpha Omega, Parris Mitchell Mayhew a pourtant largement contribué à l’écriture de ce troisième album qui, peut-être pas aussi ultime et iconique que
Best Wishes, n’a pourtant pas à rougir de quoi que ce soit. Pour
Near Death Experience, celui-ci n’était donc plus de la partie depuis déjà belle lurette et on ne va pas se mentir, cela se ressent très clairement à l’écoute de ces huit "nouveaux" morceaux. Oui, des guillemets, ce quatrième album se conclue sur une nouvelle version raccourcie du titre "The Other Side Of Madness (Revenge)" déjà présent sur
Alpha Omega et baptisée pour l’occasion "The Other Side Of Madness (Rat Soup Version ‘93)". Alors non, je n’irai pas jusqu’à dire ni même jusqu’à écrire que ce quatrième album n’est pas digne d’intérêt car ce n’est pas tout à fait le cas mais celui-ci est clairement en dessous de ses deux prédécesseurs. Déjà parce que John Joseph, largement mis en avant dans le mixage (tiens donc, comme c’est surprenant) est effectivement de retour au chant et qu’entre ses manières et certaines de ses intonations de crooner à la sauce Heavy Metal des années 80, le Thrash / Crossover de Cro-Mags perd de cette abrasivité urbaine qui caractérisait les deux albums précédents de la formation. Si ce constat est valable sur tous les titres de l’album, le plus flagrant reste très certainement "War On The Streets", l’un des plus surprenants morceaux de l’album qui voit les New-Yorkais se lancer en effet dans un mélange hasardeux de Thrash / Crossover à la sauce Big Apple et de Heavy / Glam à la mode Sunset Strip (grosse ressemblance avec le Guns N’ Roses de
Appetite For Destruction)... Monsieur Joseph en fait évidemment des caisses (on a parfois même l’impression de l’entendre quasiment à bout de souffle) et nous on se demande encore aujourd’hui où a vraiment voulu en venir Cro-Mags avec ces trois minutes et vingt-sept secondes des plus étranges.
Et puis surtout, au-delà du chant dont on peut tout de même s’accommoder plus ou moins aisément, c’est ce manque de nerfs et de véritables moments de bravoures qui fait de
Near Death Experience un album bien moins percutant et mémorable que ses ainés. Si on trouve encore naturellement de nombreuses cavalcades et autres fulgurances thrashisantes ainsi que quelques solos mélodiques de très bonnes factures ("Say Good-Bye To Mother Earth" à 1:45 ou 2:48, l’essentiel de "Kali-Yuga" et "Reflections", "The Other Side Of Madness (Rat Soup Version ‘93)" à 2:25...), le fait est que l’écriture est globalement plus feignante mais aussi moins convaincante (ça fonctionne relativement bien pour les titres les plus directs de l’album mais on a clairement entendu plus inspiré mais aussi plus varié) et que les quelques tentatives effectuées par Cro-Mags afin de sortir des sentiers battus ("War On The Streets" dont je vous ai parlé plus haut et ce morceau qui a donné son nom à ce quatrième album) ne parviennent pas non plus véritablement à marquer les esprits (en tout cas pas dans le bon sens...).
Vous l’aurez compris,
Near Death Experience n’est pas l’album de Cro-Mags que l’on choisira de retenir si on ne devait conserver qu’un seul album des New-Yorkais. Certains choisiront probablement
The Age Of Quarrel pour son influence sur la scène Hardcore, d’autres
Best Wishes voire
Alpha Omega qui clairement ne démérite pas et ont permis de mettre en place certains ponts entre Thrash et Hardcore mais personne d’un tant soit peu sensé ne choisira, même par nostalgie, ce quatrième album qui en effet s’avère bien en deçà à tous les niveaux de ses prédécesseurs, notamment de ceux opérant dans ce crédo Thrash / Hardcore / Crossover. Pour autant, le tableau n’est pas catastrophique mais il révèle, à force de changements d’effectifs et autres guerres d’égo, un groupe de plus en plus affaibli qui ne parviendra jamais vraiment à égaler son niveau passé. Preuve de cette situation délétère, la séparation de Cro-Mags moins de deux ans plus tard avant que celui-ci ne nous revienne puis se sépare à nouveau puis revienne et ainsi de suite sous des formes aussi diverses que variées autour de l’inénarrable Harley Flanagan. Bref, un disque franchement pas indispensable mais qui s’écoute tout de même de temps à autre sans déplaisir.
3 COMMENTAIRE(S)
05/07/2026 19:43
Hum, en effet... Je ne sais pas ce que j'ai loupé entre Metal Archives et Discogs. Il est bien revenu sur "Alpha Omega", je vais pouvoir revoir mon introduction. Raaah, petite gêne mais merci d'avoir mis le doigt dessus
04/07/2026 20:30
Time I Am illustre bien cet esprit.
Le chanteur tente des lignes vocales qu'il ne maitrise pas du tout, ça a rendu hyper bancal parfois, mais pourtant sacrément cool, à la manière d'un Quorthon dans l'esprit.
Puis l'atmosphère générale qui en ressort, assez crépusculaire me plait énormément.
04/07/2026 18:24