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Abuser - Blood Marks
Chronique
Abuser Blood Marks
Après avoir connu une période faste grâce à ses scènes Death et Black mondialement réputées la Pologne a vu émerger depuis quelques temps de nouvelles formations officiant dans le Thrash pur et dur, qui prouve que le style connait là-bas un véritable renouveau franchement plaisant. Car après nous avoir livré les albums réussis de PANDEMIC, GALLOWER, PANDEMIC OUTBREAK ou encore FRIGHTFUL, c’est au tour d’ABUSER de faire parler la poudre… et qui après une Démo sortie en 2019 nous livre un premier album impeccable et énervé, aux accents délicieusement rétro qui lorgnent en prime vers les deux côtés de l’Atlantique. En effet s’inspirant autant de l’Allemagne et de KREATOR que des Etats-Unis avec MORBID SAINT, DEMOLITION HAMMER ou encore DARK ANGEL, le quatuor de Wrocław nous balance ici dix morceaux menés à toute allure, sans concessions et redoutablement exécutés qui malgré un sentiment de répétition vont faire parfaitement leur office.
Car nulle trace d’originalité ne va être présente ici, le combo misant plutôt sur un rendu très classique, à la fois abrasif et granuleux pour renforcer cette impression de voyage dans le temps très agréable et addictif… et ce malgré une caisse claire beaucoup trop mise en avant et qui finit par vraiment taper sur le système. Dommage en effet que cela ternisse une production qui pour le reste est vraiment à l’ancienne et sans effets modernes, mettant ainsi à l’honneur toute l’agressivité de ses auteurs qui ne se posent pas de questions inutiles… preuve en est avec le varié et débridé « Cry Of The Innocent » qui matraque comme il faut, avant d’offrir quelques moments où le mid-tempo et les passages plus lents se retrouvent sur le devant de la scène. Rempli d’énergie débordante (ce qui sera une constante durant les trente-six minutes de cette galette) ce titre d’ouverture sert de parfaite entrée en matière, en dévoilant ce qui va arriver par la suite où aucun temps-mort n’est à prévoir vu qu’il n’y a pas ici d’introduction ou d’interlude. Si « Suspensed In Torture » et « Blood Marks » vont eux jouer sur un grand écart très marqué entre accélérations furieuses et passages lents écrasants (parfaits d’ailleurs pour headbanguer), la bande va aussi proposer quelques plages un peu différentes du reste (afin d’arriver à se différencier au milieu d’un rendu global quand même assez ressemblant). En effet le foudroyant et vindicatif « Painbringer » va presque lorgner vers le Black le plus crasseux et primitif de par son matraquage incessant et sa haine qui transpire par tous les pores, avant que ne déboule « Fin De Siècle » qui va miser sur un versant plus Heavy tant l’absence de haute vitesse y est permanente. Privilégiant une rythmique en médium idéale pour secouer la tête et amplifier les accents épiques cette composition montre en tout cas que les mecs savent être efficaces même en ralentissant légèrement l’allure, tant ici c’est efficace et affûté sans y perde en virulence… un constat partagé par « Monument Of Atrocity » où la rythmique intermédiaire est toujours là et se mélange intelligemment aux passages plus enlevés, où l’explosivité fait son retour de manière très efficace.
D’ailleurs ce versant primitif et mené tambour battant va redevenir prioritaire sur la fin de cet enregistrement avec notamment le très court et Punk « Struggling For Reality » qui tabasse presque de manière incessante, mais sans oublier de ralentir légèrement l’allure – une vision rudimentaire qu’appliquera aussi à la lettre « Abuser » tout aussi virulent et impeccable. Tout cela avant que la doublette « Lethal Obsession » / « Witnessing Madness » ne vienne clôturer les débats, en démarrant de façon relativement lourde et rampante puis de totalement exploser ensuite sans jamais ralentir la cadence, voyant donc l’obscurité initiale s’écarter au profit d’une chaleur et saleté prédominantes.
C’est tout ce qui ressort de ce long-format qui sans avoir de moments franchement incroyables réussit quand même à nous embarquer dans un univers tempétueux où chaleur, pauvreté et pollution sont omniprésents… et même si pour l’instant ses auteurs n’ont pas encore les armes pour rivaliser au sein d’autres noms plus prestigieux de leur pays dévoilent quand même de belles promesses pour le futur. A eux désormais de proposer une production un peu plus équilibrée et de varier encore un peu plus leur écriture, vu que pour l’instant c’est sympathique à défaut de mieux et que même si l’ensemble est assez positif ça n’est pas exempt de défauts évitables. Néanmoins tout cela n’est déjà pas si mal surtout qu’on ne s’ennuie jamais véritablement et que ça s’écoute facilement entre deux bières ou autres occupations hautement intellectuelles, tout ce qu’on demande à ce style en fait surtout qu’ici le travail est très professionnel et exécuté comme il se doit, ce qui compense aisément les petites erreurs citées en amont.
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