Du logo au nom, le voilà l’album fondateur de mon amour pour
D.R.I.. Les débuts
punk hardcore étaient certes excellents mais c’est réellement à partir de ces douze compositions que ma fibre sentimentale a commencé à vibrer pour le groupe. Pourtant, hormis un changement de bassiste (
Josh Pappé participera à deux disques avant de rejoindre
GANG GREEN en 1989), les raisons qui pourraient expliquer une telle évolution stylistique depuis
Dealing with It! restent mystérieuses, du moins pour moi. En effet, outre un ralentissement drastique du tempo général, c’est bien la place prépondérante accordée au
thrash metal qui étonne, néanmoins moins travaillé qu’un
SUICIDAL TENDENCIES (le solo introductif de « Probation » est loin des prouesses de
Rocky George, le chant de
Kurt Brecht reste monolithique) mais écartant bon nombre d’éléments qui faisaient jusqu’alors la spécificité des Américains. Les riffs s’épaississent, les
leads ne sont plus des jets compulsifs de larsens lancés à l’emporte-pièce mais, surtout, le travail mélodique marque durablement les esprits.
En effet, quelques écoutes suffisent pour mémoriser chaque composition, retenir un rythme, un refrain, un plan. Pour ma part, j’ai dû découvrir le LP vers 1989 grâce à une cousine plus âgée, il ne m’a plus jamais quitté et même si je ne l’écoute pas plusieurs années d’affilée il suffit que « The Five Year Plan » se lance pour que tout me revienne à l’esprit, idem pour
4 of a Kind puis
Thrash Zone d’ailleurs, la trilogie parfaite à mon goût. C’est vrai, l’histoire a davantage retenu, en termes de genre
crossover, des formations telles que
M.O.D. (je ferai un sort à
Gross Misconduct et / ou
Rythm of Fear un de ces quatre),
CRO-MAGS ou
NUCLEAR ASSAULT et je ne parle pas de la scène purement
hardcore où le quatuor n’est que rarement cité. Pourtant je n’entends ici que des tubes, aucun remplissage, aucune composition juste moyenne, avec des riffs aux petits oignons si ce n’est de véritables hymnes générationnels (« Go Die ») que, dans un élan lyrique, je pourrais qualifier d’intemporel.
Et si l’évolution stylistique était imputable à la relocalisation du Texas à la Californie ? C’est une piste sérieuse ça… Car même si nos sales imbéciles conservent des tics issus du passé (les minutes épiques de « A Coffin » ou « I.D.K.Y. »), on entend bien que les orientations, les envies de 87 ne sont plus celles de 85. Sauf que c’est davantage New-York que j’entends ici, l’urbanité, pas les plages avec ses bermudas à fleurs. Alors quoi ?
D.R.I. se perd ? Se saborde ? Difficile d’imaginer que la carrière aurait pu être autre avec des choix géographiques différents, tout du moins plus cohérents avec le style pratiqué… J’en doute fort, étant donné que les mecs sont toujours là, l’engouement indéfectible du public également.
Crossover est ce qu’il est. Un album de 1987, discret, sérieux, solide mais peut-être pas suffisamment pour inscrire le nom de
D.R.I. parmi les formations incontournables de l’époque. Dommage car en termes de constance qualitative, ces types dament le pion à nombre de leurs contemporains.
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