Forced Entry - Uncertain Future
Chronique
Forced Entry Uncertain Future
Ami(e)s lecteurs et lectrices, bien le bonjour ! Direction aujourd’hui l’état de Washington pour cette 1958ème chroniques (eh oui, ça commence à faire) puisque j’ai choisi de vous parler d’un groupe de Thrash américain du nom de Forced Entry. Une formation dont le premier album sorti beaucoup trop tardivement pour ne serait-ce que caresser l’idée de faire la course avec les plus grands noms de l’époque se verra instantanément reléguer au rang d’obscur second couteau au point de ne susciter l’intérêt que des seuls archéologues de la scène Thrash...
Formé à Seattle en 1983 sous le nom de Critical Condition, le groupe choisira après plusieurs mouvements d’effectifs d’en changer trois ans plus tard, optant ainsi pour celui que vous avez encore aujourd’hui sous les yeux. Après trois démonstrations (All Fucked Up (1987), Thrashing Helpless Down (1987) et Hate Fills Your Eyes (1988)), un split en compagnie des Texans de Devastation et une signature sur l’incontournable label allemand Combat Records (Mercyful Fate, Megadeth, Nuclear Assault, Venom, Exciter, Nasty Savage...), Forced Entry passe enfin l’étape du premier album avec la sortie le 30 juin 1989 d’Uncertain Future. Un disque que les Américains iront enregistrer au (pas encore) célèbre London Bridge Studio de Seattle sous la houlette d’un certain Rakesh Parashar encore inconnu au bataillon mais chez qui passeront quelques mois plus tard deux ou trois jeunes groupes en devenir tels qu’Alice In Chains, Pearl Jam ou bien encore Blind Melon (ainsi que Temple Of The Dog).
Sur les huit morceaux qui composent ce premier jet longue-durée, cinq sont issus des deux dernières démonstrations de Forced Entry ("Anaconda", "Morgulon", "Octoclops", "Foreign Policy" et "A Look Through Glass"). Sur le papier, cela laisse seulement trois nouveaux morceaux à se caler sous la dent mais j’imagine que personne n’ira crier au scandale puisque de toute façon je mets ma main à couper que ni vous ni moi n’avons jamais posé nos oreilles sur ces fameuses démos... Quoi qu’il en soit, vous le savez déjà, mais en 1989 le Thrash a déjà commencé à perdre de sa superbe. Le genre continue bien évidemment d’exister et de susciter un certain intérêt mais hormis les quelques têtes de gondole qui parviennent encore à écouler leurs albums par palette entière, le succès semble néanmoins s’effriter petit à petit au profit d’autres genres plus jeunes et plus populaires tels que le Death Metal. Malgré un talent certain, Forced Entry pâtira évidemment de cette situation au point de n’être connu aujourd’hui que des seuls aficionados les plus éclairés du genre...
Quoi qu’il en soit, sans être un groupe particulièrement original, les Américains ont néanmoins eu le mérite de proposer à l’époque un Thrash assez personnel grâce à une approche dynamique intéressante leur permettant encore aujourd’hui de se distinguer de pas mal d’autres formations évoluant sous cette même bannière. Effectivement, loin d’être le groupe le plus virulent qu’ait porté le genre, Forced Entry a fait le choix d’une musique technique et syncopée davantage portée sur les changements de rythmes plutôt que sur les excès de vitesse et autres démonstrations de force. Si Uncertain Future est tout de même ponctué à plusieurs reprises d’accélérations et autres cavalcades typiquement Thrash ("Kaleidoscope Of Pain" à 1:45, "A Look Through Glass" à 1:01, "Anaconda" à 1:04, "Morgulon" à 0:53, "Foreign Policy" à 0:32...), ce qui fait clairement le charme de ce premier album ce sont ces riffs techniques qui s’enchevêtrent pour former des compositions compactes (une impression également renforcée par une production particulièrement compressée qui ne sera probablement pas du goût de tout le monde) et ce groove tranquille mais néanmoins irrésistible qui caractérisent chacune de ces huit compositions. Alors naturellement, tout cela s’avère bien moins impressionnant qu’un Thrash virulent comme ont pu le proposer des formations telles que Dark Angel, Nuclear Assault, Sadus, Morbid Saint, Demolition Hammer et j’en passe mais je ne sais pas, je trouve personnellement beaucoup de charmes au Thrash de Forced Entry et à ce premier album imparable malgré de petites imperfections, notamment en matière de production (un rendu effectivement très compact qui ne respire pas des masses). D’autant que coté riffs et astiquages de manches, Brad Hull se défend particulièrement bien. On appréciera ainsi, outre ses riffs nerveux, techniques et syncopés qui constituent en plus de la composition l’essentiel de sa contribution sur ce premier album et deux ou trois arrangements intéressants comme cette guitare acoustique au début de "Unrest They Find", de pouvoir se délecter de nombreux leads et autres solos techniques et mélodiques là encore typiques de ce que l’on peut retrouver dans le genre. Ainsi de "Bludgeon" à 0:54 et 3:01 à "Kaleidoscope Of Pain" à 1:44 en passant par "A Look Through Glass" à 2:36, "Octoclops" à 4:06 ou "Unrest They Find" à 3:34, le seul guitariste de Forced Entry (assez rare finalement chez un groupe de Thrash) livre une prestation peut-être pas aussi remarquable que chez d’autres grands noms du genre mais néanmoins tout à fait honorable.
À réserver à ceux qui en 2026 portent encore sans broncher des jeans moulants, des sneakers hi-top et des mulets, ce premier album de Forced Entry est un petit bonbon de Thrash technique de son époque. Un disque qui ne fera certainement pas l’unanimité (ce n’était déjà pas le cas avant alors ce n’est pas cette chronique qui changera la donne) mais qui devrait néanmoins séduire les amateurs de Thrash de la fin des années 80 et plus particulièrement les amateurs de Thrash technique misant davantage sur le groove et les riffs syncopés plutôt que sur les attaques frontales et explosives. Bref, si Uncertain Future n’est clairement pas l’album Thrash des 80’s, il reste néanmoins un premier album solide que j’ai plaisir à m’écouter de temps à autre. Un disque efficace, un brin différent de ce qui pouvait se faire à l’époque et qui trente-sept ans après sa sortie a plutôt bien vieilli.
| | AxGxB 11 Août 2026 - 339 lectures |
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1 COMMENTAIRE(S)
citer | A confirmer mais je ne serais pas surpris que le nom fasse directement référence au film homonyme de 1973, un truc d'horreur pour adultes datant de 1973. |
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11/08/2026 19:18