Le spécialiste de
CARNIVORE en ces pages est indéniablement
AxGxB. Nous lui devons les chroniques de l’
album éponyme (1985) puis de
Retaliation (1987) et l’histoire aurait pu s’arrêter là, voire aurait dû s’arrêter là. Pourtant, trois hommes en ont décidé autrement, endossant la lourde responsabilité de redonner vie à l’héritage laissé par
Peter Steele :
Baron Misuraca (
DARKSIDE NYC,
SHEER TERROR) au chant et à la basse,
Chuck Lenihan (
CRUMBSUCKERS,
GENITORTURERS,
CHRISTIAN DEATH) aux guitares, enfin
Joe Cangelosi à la batterie, lui aussi doté d’un joli CV (
KREATOR,
MASSACRE,
WHIPLASH). Et si
CARNIVORE AD a vu le jour en 2017, ce n’est que cette année que la formation offre son premier effort discographique, un EP « cinq titres » intitulé
Transmutation.
La pochette ne laisse planer aucun doute quant à la filiation : même typographie et imagerie guerrière que
Retaliation, teinte verdâtre façon
TYPE O NEGATIVE, je préciserai cependant que tout cela se réalise avec la bénédiction de
Louie Beateaux, batteur originel de
CARNIVORE. Autre point à porter au crédit de ce
Tribute Band : les musiciens se fendent de compositions originales, respectant l’esprit mais ne recopiant pas bêtement la lettre. Ainsi, une fois le « Prologue » passé, le groupe nous embarque pour un périple en territoire bien connu : un
thrash metal rustre et puissant comme du
SODOM, gonflé par une fibre
hardcore particulièrement marquée notamment au cours de lignes de basse 100% new-yorkaises. Les accélérations sont bonnardes (« Social Decomposition »), les mid-tempos propices aux pas de danses urbaines (« Mine Is the Hand »), castagne fraternelle, alors que morceau « I Stand Alone » va plutôt fouiller dans le container à déchets nucléaires de l’époque
Bloody Kisses pour un mimétisme vocal bluffant de réalisme sans pour autant atteindre la poésie gothico-romantique de l’œuvre de
Steele. L’exercice est cependant suffisamment maîtrisé pour mériter les encouragements les plus sincères.
Il reste que si l’on met de côté l’affect qui entoure le projet, les compositions restent solides sur leurs appuis et peuvent facilement s’apprécier sans rien connaître de l’histoire qui les entoure. Certes, la formule
crossover s’avère archi connue mais au moins elle est exécutée par des mecs qui en sont quasiment à l’origine, la question de la crédibilité ne se pose donc pas vraiment. Pourtant, entre un « Prologue » frôlant l’inutile et un « I Stand Alone » qui détonne quelque peu au milieu de ces trois autres compagnons de tranchées (« Transmutation » ; « Social Decomposition » ; « Mine Is the Hand »), l’EP manque peut-être un peu d’épaisseur. À mon avis, l’objet est davantage là pour compléter physiquement les concerts, destiné aux collectionneurs (le vinyle édition limitée est disponible en quatre couleurs, ou plutôt était disponible car il est épuisé sur le Bandcamp officiel du groupe) ou aux fans absolus qui veulent conserver un souvenir ailleurs que dans leur mémoire.
Pour ma part, si j’ai découvert ces cinq pistes avec un plaisir non feint, j’avoue qu’elles m’ont plus donner l’envie de repartir à la découverte de
CARNIVORE sans attendre une suite conséquente à ce
Transmutation honorable mais non mémorable.
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