Pour beaucoup,
Crossover fut le dernier bon album de
D.R.I., à l’exception du
Full Speed Ahead de 1995. Difficile d’apporter une quelconque contradiction à cette position avec ce
4 of a Kind qui souffre grandement de se voir comparé aux sorties précédentes, ceci alors que le
line up est pourtant inchangé.
Par conséquent, quelles furent les causes, s’il y en a, d’une telle baisse d’inspiration en l’espace de seulement un an ? Et, mieux encore, y a-t-il réellement eu une baisse d’inspiration ? En effet, si la pochette horrible brouille la perception que l’on peut avoir du LP, imaginant un truc sautillant à la
MUCKY PUP qui vient de dévoiler son classique
Can’t You Take a Joke?, le contenu objectif de ces onze morceaux ne dévie que peu de ce que proposait le quatuor en 1987 : un
crossover davantage
hardcore que
thrash metal, toujours mid-tempo sur le modèle de l’ouverture « All for Nothing » mais encore capable d’accélérations rageuses héritées du passé
punk : « Gone Too Long », « Shut-Up! », « Dead in a Ditch », de véritables instants de bravoure !
Pourtant il est indéniable que les mélodies, qui étaient l’un des points forts du groupe, se montrent globalement moins accrocheuses et que même si les titres se mémorisent toujours aussi facilement grâce tantôt à un gimmick malin, tantôt à un riff qui reste en tête (« Suit & Tie Guy »), tantôt à des refrains ultra simplistes néanmoins imparables (« Manifest Destiny »), il est vrai que l’on a perdu en densité, en intensité : quelques guitares pataudes, des solos forcés sans grand intérêt, une basse trop molle, une grosse caisse qui sonne comme une patate (« Do the Dream »).
Le tout est par conséquent à la fois en déficit de noirceur et moins incisif, ce qui confère cet aspect bancal à un album qui ne démérite jamais sans pour autant parvenir à rivaliser avec la concurrence de l’époque :
How Will I Laugh Tomorrow When I Can’t Even Smile Today (
SUICIDAL TENDENCIES),
Survive (
NUCLEAR ASSAULT),
State of Euphoria (
ANTHRAX), soit beaucoup de sorties qui, en 1988, ont su marquer la scène dans des registres musicaux proches, sachant que l’année suivante d’autres standards arriveront : le
Gross Misconduct de
M.O.D. ou, surtout, le
Best Wishes de
CRO-MAGS...
Un combat que
D.R.I. ne pouvait pas gagner avec des pistes aussi poussives que « Mordern World » par exemple, où l’on peine à déceler une once d’énergie, de motivation. Le côté frondeur reviendra heureusement au cours de
Thrash Zone (« Enemy Within » notamment), ce qui tendrait à expliquer que cette baisse de régime serait uniquement imputable à la cadence que s’imposent les Américains : un
full-length chaque année, c’est certainement trop même pour un registre aussi rudimentaire.
Cela dit, il ne faudrait pas non plus intenter un mauvais procès à
4 of a Kind : « All for Nothing » est un excellent titre d’ouverture doté de riffs solides, à même d’être considéré comme un classique de la formation. C’est plutôt la suite inégale qui plombe le tout, le LP s’achevant sur un « Man Unkind » trop long, gâchant un refrain accrocheur par des passages instrumentaux inutiles. Après, lorsqu’on apprécie
D.R.I., on saura trouver des vertus à cet enregistrement méritant.
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