HateSphere - Guillotine
Chronique
HateSphere Guillotine
Vingt-cinq années d’existence en dents de scie, une discographie pléthorique mais très inégale, une quantité impressionnante de musiciens qui ont fréquenté ses rangs… c’est un peu le bilan que l’on tire de HATESPHERE depuis son démarrage en fanfare au début du millénaire, jusqu’à progressivement sombrer dans l’anonymat et même de régresser constamment. Qu’elle parait loin en effet l’époque avec Jacob Bredahl au chant où le quintet fracassait tout sur son passage aussi bien sur scène que sur disque
(« Bloodred Hatred »,
« Ballet Of The Brute »,
« The Killing EP »,
« The Sickness Within »), avant que la belle dynamique ne s’enraye et voit le début du déclin… période qui correspond d’ailleurs au départ du hurleur emblématique et de plusieurs membres ayant joué sur les premières publications du combo. Depuis tout ce temps rien ou presque à signaler… Peter "Pepe" Lyse Hansen continue de tout diriger et de composer sans parvenir à se renouveler ni à se remettre en question sur le fonctionnement à faire en interne, préférant donc s’entourer de mercenaires restant pour la plupart peu de temps à ses côtés, et ne cherchant donc pas à s’investir plus que cela. Bref cela se ressent donc sur la qualité des derniers opus en date, et ce malgré un retour au bercail chez Scarlet Records qui n’a hélas pas eu l’effet escompté (« Reduced To Flesh » et « Hatred Reborn » souffrant des mêmes maux que leurs prédécesseurs depuis 2009), et ça n’est pas avec ce douzième album que les choses vont repartir dans le bon sens tant cette guillotine va se montrer beaucoup trop inoffensive pour réellement faire peur et capter l’attention en permanence.
En effet on va avoir ce ressenti immédiatement dès les premiers instants de « Dogma », qui sans être mauvais va donner la sensation de nous ressortir des chutes de studio datant de Mathusalem tant ça sonne convenu et en recyclage perpétuel, vu qu’on a déjà entendu ces plans et ces riffs un nombre incalculable de fois chez les Danois qui se contentent de réciter leurs gammes sans avoir vraiment envie d’en faire plus. On retrouve effectivement toute la palette de jeu de la bande entre parties rapides enlevées, passages alourdis pour secouer la tête et un soupçon mélodique affirmé via du solo exécuté avec soin, mais à tout cela il manque clairement un truc pour qu’on puisse s’enthousiasmer sur la longueur… sentiment de redondance ou voix du frontman qui manque de variations comme de puissance ? Sans doute un peu des deux… d’ailleurs le reste à venir ne va clairement pas relever le niveau car entre les interminables « Guillotine » et « Snake Charmer » qui ne décollent jamais (et ce malgré une rythmique variée), ou encore le prévisible et inégal « Morbid » dont les variations tombent comme un cheveu sur la soupe, on se rend compte que même si leur temporalité est assez courte les compositions souffrent de trop de défauts pour qu’on en retienne quoi que ce soit.
Aucun hymne fédérateur dans les parages ou même quelque chose qui se détacherait de la masse… non ici tout est comme une masse compacte gluante et qu’on n’a pas envie de fouiller, car usant et voir même abusant de passages lents le groupe finit par nous faire décrocher en chemin avec l’étouffant et balourd « Bottom Feeder » au manque d’inspiration totale et où l’on s’emmerde royalement. Et même quand ça accélère et que ça revient à un rendu plus frontal et vindicatif on n’est guère plus emballé, que ce soit sur l’épuisant « Mouth Filled With Barbed Wire » ou le couillu mais déséquilibré « Human Scum » qui aurait mieux fait de conserver son énergie en continu au lieu de vouloir ralentir à tout prix (et perdre le peu de positif qu’il contenait)… tout cela avant le lumineux et varié « Heresy » qui se démarque légèrement du reste et contient un démarrage assez intéressant, mais sans pour autant réussir à attraper le public en chemin.
Pas besoin d’en rajouter pour comprendre qu’on a bien mieux à faire que de perdre son temps sur ce long-format qui ne sert qu’à mettre une ligne supplémentaire sur Metal-Archives, vu que musicalement tout cela sera oublié bien avant qu’on en soit arrivé au bout, car malgré que ce soit proprement envoyé et qu’il y ait bien pire du côté des sorties ça reste pile dans la moyenne de ses prédécesseurs, du fait des défauts cités en amont. C’est bien beau de vouloir reprendre indéfiniment les mêmes idées (certains y arrivant avec brio malgré des décennies d’activité) mais encore faut-il avoir ce supplément d’âme pour parvenir à faire sonner tout cela correctement, ici on est bien loin de tout ça… surtout que le côté moderne de l’ensemble donne clairement mal à la tête et défile indéfiniment en dilettante avant qu’on passe de suite à autre chose une fois la dernière note jouée. On a donc largement mieux actuellement du côté de Copenhague avec toute une nouvelle génération motivée et inspirante (PHRENELITH, SEPTAGE, HYPERDONTIA, DEIQUISITOR…) qui a bien mieux à offrir que ses vétérans sans idées et dont l’heure de gloire est définitivement derrière eux… ainsi que l’heure de la retraite anticipée qui approche à grand pas, ça serait bénéfique pour tout le monde. Quel dommage de voir s’entêter un nom qui a su se propulser si haut si rapidement d’en être arrivé à ce niveau de faiblesse et d’anonymat persistant, peut-être comme Icare s’est-il vu trop beau trop rapidement on ne le saura sans doute jamais mais ce qui est certain en revanche c’est qu’il lui faudra dorénavant un miracle pour réussir à relever la tête… et encore ça n’est même pas sûr que cela suffise.
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