Noirsuaire - The Dragging Poison
Chronique
Noirsuaire The Dragging Poison
Quand on entend parler de la commune de Montségur on pense immédiatement à son célèbre château médiéval et à son histoire tragique qui en a fait sa réputation, car c’est ici qu’eut lieu le 16 mars 1244 la fin du long siège de la forteresse avec l’exécution sur le bûcher de plus de deux-cents Cathares qui avaient refusé de se rendre et de renier leur foi. Si depuis les choses ont changé et que l’Église a enfin reconnu sa responsabilité dans ce massacre (il lui aura quand même fallu plusieurs siècles !) le nom de la ville de l’Ariège reste associé de manière indélébile à ce drame connu bien au-delà des Pyrénées, mais aujourd’hui en plus de cela il va falloir connaître le nom de NORSUAIRE qui après avoir publié pas moins de cinq Ep en à peine plus d’une année sort enfin son premier opus. Mené tambour battant en à peine plus d’une demi-heure le mystérieux N livre ici un Black Metal des origines, influencé autant par la Norvège de DARKTHRONE et GORGOROTH que notre chère contrée via NEHËMAH et SEIGNEUR VOLAND. Tout cela sent donc à des kilomètres les années 90 et sans faire de chichis le one-man band va continuer à promouvoir les belles choses entendues sur ses précédentes livraisons, en allant à l’essentiel pour promouvoir le genre dans ce qu’il a de plus cru, sombre et crasseux… sans tomber dans la facilité ni le son dégueulasse enregistré au fin fond d’une grotte humide. Pourtant s’il est clair, rugueux et parfaitement audible le rendu général fait dans l’authenticité la plus absolue vu que l’ensemble de ce disque a été enregistré dans le grenier d’une petite maison perdue dans les montagnes, histoire d’être parfaitement possédé par les lieux et de pouvoir ainsi délivrer la bonne parole dans un état second proche de la possession et de la connexion spirituelle dans ce qu’elle a de plus intime.
On aura donc compris qu’on navigue ici vers quelque chose où la nostalgie est reine, et où une certaine pureté originelle faisait la loi sans l’apport d’éléments extérieurs mais aussi avec les dérives que cela a entraîné… tout cela nous rapproche donc de ce que produit la Finlande qualitativement depuis de nombreuses années, et ici le projet ariégeois n’a pas à rougir face à la comparaison flatteuse de ces grands noms. Car ce qu’il délivre ici est impressionnant et figurera à n’en point douter dans les bilans de fin d’année vu qu’on est probablement en présence du disque Black français de 2025, prouvant une fois de plus que nos Nordistes d’Osmose ont eu le nez creux du côté de leurs nouvelles signatures. Car après une courte introduction horrifique à souhait ça démarre avec le simple et redoutable « The Trance Of Bedless Bones » qui après une montée en pression va dévoiler toute sa puissance, sur fond de riffs froids et coupants complétés par des blasts dévastateurs et des passages rapides épiques à souhait où la neige ne cesse de tomber de plus en plus fort. C’est donc remuant, brutal, primitif et surtout insolent de facilité tant ça joue vite et brutal sans jamais faiblir ni être redondant… et si ici l’hiver pyrénéen a remplacé celui des fjords pour le reste rien n’a changé du côté de l’ambiance, surtout qu’à partir de maintenant chacun des titres va débuter par sa rasade de tabassage intensif qui va être prépondérante. En effet cela est flagrant immédiatement avec la doublette « Fogged By The Leaves Of Pestilence » / « The Dragging Poison » nihiliste à mort et absolument imperméable à toute émotion, tant c’est furieusement débridé au milieu de cette crasse qui s’accumule sous la neige qui ne cesse de dégringoler. S’il y a quelques instants plus ralentis pour pouvoir mieux relancer la machine (comme éviter toute redondance) ça mise encore et toujours sur le côté frontal et bas de plafond, où le riffing minimaliste se mêle à un ensemble de cris sans concessions qui prouve que même en jouant sur ce versant hyper radical l’ensemble reste d’un niveau très élevé et à la violence de cinglé.
Mais comme on n’est pas à une bonne surprise près le niveau va encore grimper avec les impressionnants « Possessed By A Malignant Lust » et « Enshrouded In Rabid Repugnance » où vont se greffer de longs passages en mid-tempo redoutablement efficaces, et parfaits pour mettre à l’épreuve les cous les plus résistants à cheval entre des longs passages blastés et d’autres exécutés à fond la caisse sur fond de relents Punk exacerbés. Donnant donc envie de prendre les armes pour éliminer les différents empêcheurs de tourner en rond ces compositions montrent la quintessence de son créateur, qui livre ici un exercice jubilatoire particulièrement méchant et vindicatif mais avec une finesse implacable… et ce même quand ça repart sur des charbons ardents dans une ambiance de fin du monde. Car avec « Sworn By Sinister Wisdom » le thermomètre descend encore un peu plus en dessous de zéro qu’il ne l’était déjà, notamment grâce à un break pris dans les glaces digne des grandes heures d’IMMORTAL avant que le blizzard ne refasse immédiatement son apparition, pour mieux emporter l’auditeur qui ne sait plus à quel saint se vouer tant il est ballotté par les éléments déchaînés… ce que « Noirsuaire » va parfaitement conforter en guise de conclusion. Proposant ici tout un panel rythmique pour prouver que le bonhomme en a encore sous le coude cette ultime plage va cependant laisser encore la priorité à la fureur sous toutes ses formes, même si quelques ralentissements bienvenus vont égayer tout ça et se greffer aisément au reste qui passe beaucoup trop vite terminant ainsi trente-six minutes implacables et magistrales qu’on n’a pas vu défiler.
Il est évident effectivement qu’on aura un sentiment légitime de "pas-assez" et qu’on y retournera presque de suite, tant son pouvoir malsain et addictif a de quoi procurer de longs moments de plénitude et de plaisir (surtout en ce moment où les jours se font très courts afin de s’imprégner plus facilement de tout cela). Homogène de bout en bout et sans jamais baisser en qualité ce disque confirme ce passage réussi haut la main au format supérieur qui a de quoi faire saliver les fans même les plus exigeants, qui trouveront ici aisément chaussures à leurs pieds. Simplissime mais jamais chiant ce poison traînant met en lumière parmi les ténèbres son géniteur qui se place dès aujourd’hui comme un nom incontournable de la scène noire de notre pays, confirmant son statut dans le haut du panier et qu’il va falloir le suivre désormais à chaque nouvelle sortie. Un véritable tour de force donc… car à l’heure où tout est aseptisé il réussit à nous ramener dans un passé de plus en plus lointain, âge d’or où tout semblait possible et où le genre faisait réellement peur avec son côté sulfureux (de moins en moins présent à l’heure actuelle), même si certains continuent à le promouvoir et le faire vivre… une intention plus que louable surtout quand c’est joué et réalisé avec une telle motivation. Autant dire que la barre est placée très haut et qu’il va falloir un Armand Duplantis pour espérer la dépasser prochainement, car pour le moment bien malin celui qui pourrait prédire cela et surtout quand… on a hâte d’entendre cela en tout cas, et le plus tôt sera le mieux.
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