Amorcé avec la sortie du EP
Creative Eclipses en 1999, le virage Indie Rock / Post-Hardcore de Cave In prendra une forme quasi-définitive avec la parution un an plus tard de
Jupiter, un deuxième album pour le moins surprenant car finalement situé à mille lieux de ce que tout le monde attendaient alors des Américains d’ors et déjà annoncés comme les patrons du Hardcore chaotique aux côtés de quelques autres grands noms (Converge, Botch, The Dillinger Escape Plan...). Une rupture parfaitement assumée par Cave In mais qui, sans surprise, donnera lieu à quelques levées de boucliers et autres défections du côté des fans les plus fermés qui verront dans ce virage à 180 degrés l’expression d’une compromission flagrante. Une vision un brin malhonnête et surtout très restrictive qui ne fera que perdurer avec la passage du groupe sur RCA Records trois ans plus tard pour la sortie d’
Antenna...
Produit par Brian McTernan (Converge, Battery, Piebald, Cast Iron Hike, Drowningman, Eulcid, Snapcase...) et sorti une fois de plus chez les copains d’Hydra Head Records,
Jupiter se présente sous différentes illustrations pourtant presque similaires. En effet, deux photographies différentes de ce que l’on suppose être la fameuse planète Jupiter ont été utilisées pour illustrer ce deuxième album selon le format choisi (CD ou vinyle), chacune proposée dans deux teintes également différentes selon cette fois-ci le marché de distribution (Europe ou États-Unis). Bref, du pain béni pour tous les collectionneurs appliqués qui n’auront pas manqué de partir en chasse de ces multiples versions.
Loin du Hardcore chaotique et métallique de ses débuts dont il ne reste d’ailleurs ici que très peu de traces (quelques lignes de chant plus arrachées sur le morceau "Big Riff" et c’est à peu près tout), Cave In va embrasser pleinement une transformation que personne ou presque n’avait vraiment vu venir... Comme dit plus haut, il y a bien eu des signes avant-coureur mais personne n’imaginait les Américains prendre ce même chemin sur un album entier. C’est pourtant ce que le groupe va faire ici le temps de huit nouvelles compositions naviguant chacune à leur guise entre Indie Rock, Post-Hardcore, Space Rock et Psychedelic Rock. Un pari extrêmement osé mais qui, au-delà du simple fait d’apprécier ou non ce qui nous est proposé ici pendant près de trois quarts d’heure, s’avère tout de même mené d’une main de maître par un groupe qui malgré un surprenant changement de registre se montre une fois encore en pleine possession de ses moyens.
Servi par une production absolument irréprochable laissant à chaque instrument la place qui lui est due (notamment cette basse dont on ne manquera pas d’apprécier les rondeurs parfaitement mises en avant),
Jupiter voit ainsi Cave In se jeter corps et âme dans l’exécution de compositions toujours très portées sur les guitares mais dorénavant beaucoup plus mélodiques, aériennes et accrocheuses. D’ailleurs, si Stephen Brodsky a troqué ses lignes de chants hurlées et arrachées pour des parties désormais beaucoup plus éthérées et mélodieuses, on peut décemment affirmer que le garçon a su faire les choses avec l’art et la manière. Car l’une des forces incontestables de ce deuxième album réside effectivement dans ces vocalises douces et viriles capables à la fois d’envolées mélodiques tout sauf niaises mais aussi de courtes tirades un poil plus abrasives et musclées. Là encore, même si Caleb Scofield (R.I.P.) n’est pas sans y mettre son grain de sel avec sa grosse voix bien épaisse, un titre comme "Big Riff" témoigne de tout le talent et de l’amplitude dont est capable monsieur Brodsky derrière un microphone. Une prestation impeccable qui, loin d’être un cas isolé, s’appréciera d’ailleurs tout au long de l’album sur les sept autres compositions qui le composent.
En matière d’écriture, Cave In a choisi de marcher dans les pas d’un groupe déjà cité en référence puisqu’il s’agit en effet des excellents Failure. Tout à fait à l’aise quel que soit le terrain (format court ("Jupiter", "Brain Candle"), moyen ("In The Stream Of Commerce", "Decay Of The Delay", "New Moon") et même long ("Big Riff", "Innuendo And Out The Other", "Requiem")), les Américains déroulent avec une aisance déconcertante comme s’ils évoluaient dans ce genre de registres depuis déjà de nombreuses années. Une chose est sûre, si Cave In a effectivement abandonné le Hardcore métallique et chaotique de ses débuts,
Jupiter n’en demeure pas moins un album toujours très dynamique. Entre l’immédiateté d’un "Jupiter" ou d’un "Brain Candle" tous les deux aux allures de véritables tubes Pop / Rock, l’agressivité contenue et sous-jacente d’un "Big Riff", l’approche plus mélodique, aérienne et bigarrée de titres tels que "In The Stream Of Commerce", "Innuendo And Out The Other" et "Requiem", l’abrasivité psychédélique d’un "Decay Of The Delay" complètement dénué de chant et finalement le dépouillement d’un "New Moon" mené presque intégralement au son d’une douce guitare acoustique, c’est effectivement tout en contraste que le groupe de Methuen amorce ce nouveau choix de carrière. Un choix qui fera évidemment beaucoup parler mais auquel le groupe restera fidèle même s’il a tout de même et cela depuis déjà un bon moment réintégré des éléments beaucoup plus abrasifs dans son écriture.
Peut-être conscient qu’il serait compliqué d’égaler le niveau atteint sur l’excellent
Until Your Heart Stop (considéré d’ailleurs à juste titre aujourd’hui comme l’une des pierres angulaires du Hardcore chaotique), Cave In a choisi d’aborder les choses sous un angle complètement différent quitte à perdre dans la bataille de nombreux auditeurs pourtant dédiés à sa cause. Un choix toujours compliqué mais un choix qui n‘appartient finalement qu’aux musiciens impliqués dans ces projets auxquels nous choisissons simplement d’adhérer ou non. Quoi qu’il en soit, vingt-cinq ans après sa sortie officielle,
Jupiter continue de s’imposer comme un album habilement mené par un groupe toujours aussi complet et efficace et cela quel que soit le genre pratiqué. De tubes en balades en passant par de plus longues pistes plus aériennes et oniriques, ce deuxième album reste ce petit bijou de Post-Hardcore / Indie Rock qu’il était déjà à sa sortie. Bref, un intemporel pour tous les amateurs du genre.
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