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Orly - On.Rouvrira.Les.Yeux

Chronique

Orly On.Rouvrira.Les.Yeux
Je me suis attelé à la chronique de ce premier album des Lyonnais d’ORLY comme on se résout à prendre un rendez-vous chez le dentiste, ce qui est un peu idiot car parmi les membres nous allons notamment retrouver d’anciens DÉLUGE et CULT OF OCCULT, autrement dit des formations qui ont déjà démontré leurs capacités à évoluer qualitativement dans les excès sonores. Un argument plutôt favorable à ces nouveaux arrivants donc. Sinon, pour ne laisser aucun suspens s’installer, je vais immédiatement dire qu’On.Rouvrira.Les.Yeux m’a tout de suite rappelé un autre groupe lyonnais bien connu, graphiquement adepte des parenthèses. Tu l’as ? Les membres portent des lampes frontales de couleur rouge sur scène, tu l’as ? Ils se sont récemment fait chier dessus par les social justice warrior parce qu’ils avaient annoncé une mini-tournée en Russie, tu l’as ? Bravo, oui ORLY m’évoque musicalement fortement CELESTE, pour ce blackened hardcore puant, agressif, noir c’est noir il n’y a plus d’espoir, en vérité je vous le dis il n’y en a jamais eu.

Cependant, le disque qui nous intéresse aujourd’hui contient quelques éléments absents chez leurs petits camarades, des accointances avec le sludge par exemple (« Hauts.Fonds »), un côté post davantage marqué également, ces quelques (rares) ralentissements / assagissements de tempos étant souvent les bienvenus tant ce déferlement de dégoût délivré sans aucune retenue peut parfois se montrer éreintant pour l’esprit. En soi, ce n’est pas vraiment une critique puisque j’ai eu exactement la même difficulté à venir à bout d’une seule traite des disques de CELESTE mais j’apprécie cependant que le quatuor prenne le soin d’aménager quelques espaces plus respirables, peut-être un peu screamo d’ailleurs (« En.Nuit »), alors que le mastering réalisé au Deviant Lab (studio dont avait aussi bénéficié Aego Templo en son temps) assure une puissance ainsi qu’une qualité sonore qui font vraiment la différence. J’adore la façon dont rendent les guitares, ultra agressives et fondamentalement métalliques, dominées par un chant haineux lui davantage black core, toujours furieux, habité, tellement furax d’ailleurs qu’à la fin de l’album j’avais comme un bourdonnement dans les oreilles tant l’écoute s’était avérée intense, me foutant la tronche dans un étau puis serrant, serrant, serrant…

De plus, je ne pourrais même pas dire qu’ORLY n’est qu’un truc de sombres brutes qui mitraillent sans discernement, pas avec les six minutes de « Mort.Monde », les plus de sept d’« Exode.Renaître » ou les cinq de « Fléau.Purge ». C’est là que tu entends toute l’expérience des musiciens dans leur façon de jouer avec les lignes de tension, de frapper quand il le faut puis de laisser juste ce qu’il est nécessaire de respiration avant de replonger pour une apnée dans la cuvette des chiottes de l’humanité. Car oui le propos est nihiliste, le désespoir palpable, l’époque est à chier et, je crois l’avoir déjà dit, elle l’est quel que soit ton bord politique, tes cercles sociaux. Fut un temps où selon tes positions tu voyais le verre à moitié plein, c’est terminé. Si tu as la chance qu’il soit rempli, c’est de la pisse et ce n’est même pas la tienne, une urine amère de syphilitique au stade tertiaire.

Tout est exacerbé jusqu’à la nausée : les sensibilités feintes ou véridiques, les rancœurs, la connerie, les fortunes, la misère, plus rien ne fait envie, ni le sexe ni l’amour ni l’amitié ni la famille, tout écœure, tout agace, tout insupporte, tout n’est que poids supplémentaires, fardeaux superposés à un corps fardeau, moche, encombrant, parce qu’On.Rouvrira.Les.Yeux il te rappelle sans prendre de pincettes que tu pues du bec et du cul, que t’es qu’un sale con vaniteux inutile que personne ne tolère, que tu es tout seul, « Seul contre tous » (le vrai de Gaspar Noé, pas la daube avec Will Smith), condamné à rester solitaire avec ta gueule de tanche imbitable, tes lubies de pauvre connard, et que si tu n’as pas envie de te foutre en l’air à la fin de ces huit titres histoire de libérer un peu d’espace vital, c’est que tu as un souci, tu tiens trop à la vie, c’est suspect, on va te dénoncer sale fachiste de merde.

Tu vois, quand j’écoute du death metal, je ressens rarement cette impression de décrépitude, de recevoir véritablement un glaviot gras en pleine poire. Là, ORLY me renvoie bien comme il faut à ma condition de pauvre pourriture humaine. Ce n’est pas sa faute, le groupe cherche cela à travers sa musique négative, oppressante, qui t’explique combien le monde est une fosse septique à ciel ouvert et que plus on avance plus ça schlingue et plus les gens sont des étrons, des pleutres, des larves, des raclures de bidets… Oui, je vaux moins, tu vaux moins que l’électricité dépensée à rédiger cet article. Oui, un jour on rouvrira les yeux. Ou plutôt, on nous rouvrira les yeux et ce sera un médecin légiste au cours de l’autopsie qui te collera les paupières. Pour le reste, j’ai juste envie de faire brûler un peu d’encens, de me couler dans un bain chaud puis de tenter d’oublier à quel point l’homme est un animal infâme, une vermine, parce que je n’ai pas envie de crever ce soir, parce que je suis sûr que le pire est à venir et que je tiens à être là pour le vivre.

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Orly
Blackened Hardcore
2025 - Indépendant
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Orly
Orly
Blackened Hardcore - 2025 - France
  

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tracklist
01.   Porcs.Pendre  (04:35)
02.   Maudits.Oubliés  (03:36)
03.   Noir.Rupt  (04:23)
04.   Mort.Monde  (06:04)
05.   Hauts.Fonds  (04:59)
06.   En.Nuit  (03:18)
07.   Fléau.Purge  (05:16)
08.   Exode.Renaître  (07:36)

Durée : 39:47

line up
parution
24 Septembre 2025

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