Eldur - Proscribed Chronicles Of Niðavellir: Rituals Of Death And Necromancy
Chronique
Eldur Proscribed Chronicles Of Niðavellir: Rituals Of Death And Necromancy
S’il est principalement connu pour être la tête pensante de FORTIÐ Einar Thorberg Guðmundsson mène aussi en parallèle une carrière en solo sous le pseudonyme d’ELDUR, celui-ci s’ajoutant à tous ses nombreux projets dissidents et l’on se demande réellement comment le bonhomme réussit à caser tout ça dans son emploi du temps particulièrement chargé. Cependant certains d’entre eux étant en pause plus ou moins prolongée l’Islandais en a profité pour s’octroyer une nouvelle aventure personnelle et surtout en solitaire, qui après un court Ep et un Split passe enfin l’écueil de l’album avec ce premier volet sous le bras qui va délivrer quarante-quatre minutes de pur Black Metal authentique et où les claviers vont être présents dans la discrétion. En effet avec ces huit titres d’une durée raisonnable le chanteur et multi-instrumentiste livre ici une prestation impeccable et sans fausses notes, où l’on ressent autant l’imprévisibilité du climat de son île que la noirceur de ses longues nuits hivernales où la froideur et le nihilisme ont droit de cité en permanence.
Néanmoins plus on va avancer à travers les chemins tortueux proposés sur ce disque et plus on va s’apercevoir de sa profondeur et du gros travail effectué en amont, car si la base musicale reste la même chacun des morceaux va avoir sa petite touche personnelle entre vision directe et frontale pour certains et vision plus travaillée aux accents Prog’ pour d’autres. En attendant d’entendre ces derniers points précis l’ouverture intitulée « Exiled » va elle proposer un rendu en total raccord avec sa dénomination, tant on va avoir la sensation d’être isolé et perdu dans les hautes terres après avoir été banni voire proscrit… vu que ça joue habilement sur un rendu hypnotique du côté des riffs, via une vitesse prépondérante et quelques ralentissements atmosphériques particulièrement froids. Ajoutant à tout cela des passages en mid-tempo remuants et épiques et l’on a la sensation de devoir combattre les éléments de la nature, dans cette zone désolée et inhabitée riche en légendes diverses où la sobriété est à l’honneur et se terminant sur quelques accents éthérés où l’orgue et des éléments presque de science-fiction retentissent dans le néant… montrant que d’autres éléments vont intervenir après ce début classique et redoutable. L’impression est confirmée dans la foulée avec le tout aussi impeccable « Flight Of Níðhöggr » où après avoir entendu le vent dans le lointain c’est à un rendu guerrier, varié et dynamique auquel on a droit, car ça monte de plus en plus en vitesse comme en pression après un démarrage symphonique où l’on a la sensation que les étoiles ne sont jamais bien loin. Et après cette violence marquée place au lent et rampant « Shapeshifter » où les synthés vont prendre un peu plus d’ampleur sur fond de rythmique bridée qui ne s’emballe qu’en de courtes occasions, histoire d’offrir plus de profondeur et d’accentuer ce ressenti d‘être au milieu de nulle part, sans possibilité de retour à la civilisation. Si on sent donc que la mort rôde dans les parages avec cette oppression glaciale et obscure « Murder And A Curse » va lui dévoiler toute la palette rythmique et d’influences de son auteur, qui se montre plus ambitieux dans sa construction musicale et qui réussit aisément cet examen de passage tant l’ensemble y conserve sa fluidité sans s’égarer en chemin. Montrant des arpèges doux et apaisants l’ensemble passant par les chemins de traverse va nous embarquer dans les ténèbres comme vers une certaine lumière qui cherche à émerger de la brume environnante, ponctuée de nombreuses cassures pour une vision apocalyptique mais aussi apaisante vu que l’on sent que le renouveau n’est jamais très loin.
Clôturant donc cette première moitié cette plage à l’instar des précédentes se montre totalement enivrante et la suite à venir va être exactement du même niveau, ce qui fait qu’on ne va jamais s’ennuyer comme sur le poisseux « Svartálfaheimr » qui va varier en permanence sans pour autant lâcher totalement les chevaux afin d’affirmer une certaine vision inquiétante, où le retour à une écriture en sobriété se fait entendre. Jouant tranquillement les montagnes russes avec simplicité le rendu y est opaque et sert de parfaite rampe de lancement à « Seconde Life, Second Death » qui s’ensuit dans la foulée, en gardant cette même simplicité relative tout en poussant bien plus sur l’accélérateur. N’hésitant pas à sortir les blasts et les accents énervés propices au combat on y retrouve au milieu de ces éléments classiques quelques notes douces bien troussées et des nappes cotonneuses et phantasmagoriques pour affirmer ce repère dans l’espace, notamment grâce aux étoiles comme le faisaient les anciens pour trouver leur route. C’est donc énergique et direct tout en restant parfaitement dans les clous en sentant arriver le bout du chemin, car une certaine mélancolie et nostalgie vont émerger sur la doublette qui arrive (et qui va clôturer l’ensemble de cette galette), à l’instar de ce que propose le bien-nommé « The Dark Mountains » aux légers accents tribaux et au break acoustique. Car plus nuageux que nocturne et propice au brouillard bas de la saison automnale ce joli coup de la part de son auteur montre une vision plus posée mais moins virulente et électrique, vu que les guitares rugissent sans que le tempo ne s’emballe furieusement. Jouant donc la carte de certaines harmonies cela permet de souffler un peu avant d’en finir avec « Undead » où l’explosivité va se faire aussi présente que l’apaisement. Montrant l’orage qui gronde au loin l’ensemble va être aussi brutal que féérique vu que le tabassage va côtoyer du solo mélodique et des accents cotonneux apaisants, en gardant toujours cette fluidité et relative simplicité technique prouvant qu’on peut faire quelque chose de grand et majestueux sans tomber dans le pompeux et le synthétique.
Car arrivé au bout de cet enregistrement on aura un sourire jusqu’aux oreilles tant on aura apprécié le résultat final, qui demande quand même du temps et de la patience pour être totalement appréhendé pour dévoiler tous ses charmes sous les différentes coutures et couches d’effets en tous genres. Donnons donc sa chance à ce « Rituals Of Death And Necromancy » dont l’intitulé met parfaitement en valeur le contenu occulte et le ressenti hypnotisant qu’il recèle, et qui procurera suffisamment de plaisir pour qu’on en revienne de temps en temps afin de repartir en voyage dans les fjords, les glaciers et arpenter en solitaire les longues étendues désolées de l’île de l’Atlantique nord sans quitter son chez soi ni être balloté dans tous les sens. Comme très souvent la scène venue d’Islande a réussi son pari et ici le tour de force est d’avoir fait cela en s’éloignant de son style si reconnaissable qui a fait son succès au-delà de ses frontières, mais avec tout le vécu du chanteur et multi-instrumentiste on ne s’inquiétait pas trop du résultat final… qui prouve en tout cas qu’il a bien fait de partir s’essayer vers de nouveaux horizons.
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