En 2002, ma passion dévorante pour le
nu metal commençait à s’estomper mais je n’étais alors jamais vraiment à l’abris d’une rechute, fragilité émotionnelle qui m’a amené à me procurer cet album éponyme, le seul que ne sortiront jamais les Américains de
DOWNTHESUN (Kansas), hélas suis-je tenté d’ajouter tant il était rempli de promesses qui ne furent jamais tenues. Au moins, ils auront eu la reconnaissance d’être signés chez
Roadrunner Records avant de disparaître, autrement dit pas le genre de label à promotionner des peintres… Depuis, il semblerait que les mecs se soient brièvement réunis en 2010 mais ce qui en est sorti n’a vraisemblablement pas mérité d’être enregistré. Allez, on s’en cogne.
Facilement comparé à un mélange de
SLIPKNOT et
MUDVAYNE (il fallait bien coller des
stickers sur les CD pour accompagner le
parental advisory de rigueur qui n’a d’ailleurs jamais servi à rien, comme si la caissière du disquaire où je m’approvisionnais allait m’interdire d’acheter
Tomb of the Mutilated à cause de cet autocollant), le sextette se démarque pourtant de ces nobles références en se montrant moins bourrin que le premier (du moins à ses débuts) et moins guignolesque que le second. En bons mathématiciens, vous savez que « moins + moins = plus », ce qui s’avère une nouvelle fois exact en ce qui concerne ces douze compositions, plus intelligentes que ce que laissent à penser les comparatifs. Intelligence toute relative bien entendu, nous parlons quand même d’une musique éphémère qui n’intéressera sans doute plus grand monde aujourd’hui. Pourtant, ce
Downthesun fut un petit bijou d’équilibre entre des montées de sève vraiment cartonneuses et des douceurs aux saveurs aigres-douces qui font systématiquement mouche. Je m’attarde un instant sur le nombre de musiciens car il a son importance : à la différence des trépanés de l’Iowa, tout le monde sert à quelque chose ici, il n'y a pas une tripotée de types qui se contentent de taper comme des sourds sur des bidons de Motul ou de se trémousser en salopette affublés d’un masque rigolo… Bref : un sampler, deux chanteurs puis le trio habituel : basse, batterie, guitare. Chacun est utile, chacun apporte sa pierre à l’édifice, modeste certes, ce n’est que du
nu, mais le résultat final est à mon sens l’un des meilleurs disques de
néo metal écrit à cette période.
Des démonstrations de force brute, il y en a. Dès l’ouverture « Medicated », les Américains imposent leur style : quelques arrangements industriels à base de samples, une paire de vocalistes parfaitement complémentaires qui construise une excellente dynamique, un guitariste qui ne cherche pas à singer les riffs alors en vigueur dans cette niche musicale pour au contraire proposer des accords plus déliés, à l’image de l’excellent « We All Die » dont le
groove, encore aujourd’hui, me procure énormément de plaisir auditif, ce qui n’est pas le cas de tout le monde : à cette heure, je tolère bien plus
Downthesun dans son intégralité qu’
IOWA dont les faiblesses sont masquées par quelques traits de génie, « People=Shit » ou « Disasterpiece », alors que le refrain en voix claire de « My Plague » me donne envie de me tailler les veines de désespoir tant c’est épouvantable, même si le disque qui nous intéresse aujourd’hui ne peut pas se targuer d’avoir une seule composition aussi forte que « Gently », je ne vais pas lancer le débat. Initialement, je voulais juste expliquer que
Downthesun me procure encore un brin de bonheur à chaque écoute.
J’ai déjà parlé de la subtilité dont faisait montre la formation, elle sait également se laisser aller à des explosions beaucoup moins subtiles, à l’image de l’enchaînement « Pure American Filth », « Pitiful » mais, même là, les morceaux ne se départissent jamais d’une certaine finesse : une ligne de basse entraînante, un break malin, une ligne vocale aérienne, à aucun instant nous ne sommes face à une simple composition de besogneux cherchant à tout prix à taper dans le fond. Il reste que le point d’orgue de cette galette est et restera à jamais « Scapegoat », du moins pour mes tympans. Cette chanson contient absolument tout ce que j’apprécie chez
DOWNTHESUN : des samples futés qui construisent une atmosphère, une dualité vocale hyper efficace autant sur les couplets que durant les refrains, des guitares engagées qui vont au-delà des rythmiques caricaturales (pour moi, il y a presque un fond
thrash death dans certaines accélérations boostées par la double pédale) et puis, vers 02:20, ce final absolument parfait avec son riff de tueur qui explique parfaitement ce pourquoi les mecs sont bons : composer des titres courts qui bottent le fion. « Jars » ne dira pas le contraire : certes plus expérimental dans le traitement des voix, il demeure qu’il est avant tout là pour briser des mâchoires adolescentes : ça gueule, ça crisse, on est bien hein Tintin ? (Pascal Sevran
for ever).
Il était évidemment impensable d’écrire un disque de
nu sans y aller de sa ballade, d’où « Listen », d’où « Lucas Toole » dans une moindre mesure grâce à son caractère davantage tendu mais aucune de ces deux pistes ne vient souiller le travail effectué en amont. Nous savons que cela fait partie de l’exercice de style, nous l’acceptons (même s’ils ne veulent pas forcément le reconnaître, tous les groupes de
nu ont pondu un truc langoureux), de même que la conclusion à rallonge. Étaient-elles nécessaires ces quinze minutes de « Revelations » ? Foutraques, pleine de bruits et de fureurs mais qui, en définitive, ne s’avèrent pas si déconstruites que cela, gorgées de sens même… J’ai entendu largement pire pour meubler (tiens, « IOWA » au hasard, que j’aime profondément cependant), c’était la mode de terminer ainsi les disques, avec des plages à la zob où l’on foutait tout ce qui n’avait pas pu atterrir sur une chanson : des miaulements, une odeur de pet foireux, un grincement de porte, le cri de douleur du bassiste lorsque sa crotte possède un diamètre supérieur à celui de l’anus qui l’expulse… C’était comme ça, l’esprit du temps. Bon sang, je n'en ai tellement rien à secouer de ces moments qui sonnent à vide, comme si le groupe essayait de me persuader de sa folie alors que non, c’est juste pénible, de la pollution sonore… Si tu as vraiment quinze minutes à remplir bah propose-moi deux ou trois morceaux en plus, pas tes expérimentations de fonds de couches qui reniflent le vieux cul. Cela sert à quoi à part gonfler artificiellement la durée réelle de l’album ?
Bon, je sens que je m’énerve sur un sujet d’une rare futilité.
Downthesun, si tu aimes le
nu, est un LP à découvrir.
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