En 1997, alors que je digérais péniblement le plantureux
Filth Pig paru un an plus tôt tout en commençant à remonter lentement la discographie de
MINISTRY tel un fringant saumon sur l’autoroute aquatique de la reproduction, je ne me fis guère prier lorsqu’il fut question d’acquérir le CD de
Pure Chewing Satisfaction, second méfait au sein de
LARD de trois ministres (
Al Jourgensen,
Paul Gordon Baker,
William Rieflin) accoquinés au chanteur
Jello Biafra.
Des présentations sont-elles encore nécessaires ?
Baker accompagne
Jourgensen depuis 1988 dans la presque totalité de ses projets, feu
Rieflin était de tous les bons coups (
1000 HOMO DJS,
PIGFACE,
REVOLTING COCKS, j’en passe…),
Biaffra incarnant évidemment la voix emblématique des
DEAD KENNEDYS, formation culte du mouvement
punk hardcore américain dont les quatre albums studio sortis entre 1980 et 1986 servent encore de référence, tant musicalement que relativement à leur démarche contestataire satirique. Par conséquent, nous voilà face à une réunion parfaitement alléchante dont on attend forcément de grandes choses, surtout après le LP
The Last Temptation of Reid de 1990 qui a dû taper dans l’œil d’
Oliver Stone au moment d’établir la bande originale du film «
Natural Born Killers » (1994), la chanson « Forkboy » y figurant en bonne place aux côtés de la crème de l’époque, entre autres
JANE’S ADDICTION,
L7,
NINE INCH NAILS,
DR. DRE, etc.
À nouveau signés chez
Alternative Tentacles, label alors incontournable et maison mère des
DEAD KENNEDYS, ces huit titres n’entretiennent plus qu’un lointain rapport avec le disque précédent. Sept ans se sont écoulés, les temps se sont durcis, ce deuxième album prend donc en quelque sorte le contre-pied de l’originel, presque potache, principalement
punk dans l’âme, distrayant mais finalement anecdotique sur un strict plan musical si on le compare à ce qui paraissait en termes de
hardcore à l’époque, aux États-Unis comme ailleurs. Il sera par conséquent parfaitement possible de préférer l’un ou l’autre sans adhérer aux deux, pour ma part mes faveurs vont largement à ce
Pure Chewing Satisfaction dont les morceaux parviennent dans l’ensemble à syncrétiser le meilleur du
metal industriel ministériel avec l’esprit
punk de la côte ouest, un aspect peut-être plus léger et
fun que ce que l’on attribue en général à la côte est. Et si je précise bien « dans l’ensemble », pas en totalité donc, c’est qu’en dépit de toute l’affection que je garde pour cette parution l’excellence y côtoie hélas de sérieuses baisses de régime, le génial s’asseyant trop près du quelconque, de la facilité d’une formule rapidement à bout de souffle. Oui, un simple EP uniquement composé des cinq premières chansons aurait reçu la note maximale.
Cependant, afin de donner envie au plus grand nombre d’aller jeter une oreille au projet, je vais commencer par aborder ce qu’il y a de meilleur, ce dernier pouvant se décliner en trois visages distincts : le
punk, le
metal industriel, la jonction des pôles.
À la différence du prime effort, le pur
punk n’est ici que peu présent. Son plus fier représentant est sans conteste « I Wanna Be a Drug-Sniffing Dog » et si ce n’est clairement pas ma piste favorite il demeure impossible de ne pas avoir la bougeotte en écoutant ce rythme épileptique qui en fait un
single naturel doté d’une forme d’insouciance généralement associée à la Californie. Oui, c’est un tube comme il ne s’en fabrique plus, la danse de Saint-Guy en guise de symptôme.
Ensuite, il y a l’inspiration purement géniale de
Jourgensen, son sens inné pour torcher des riffs idéaux que l’on croirait tout droit issus de
The Mind Is a Terrible Thing to Taste. Là, c’est la régalade absolue : « Moths » en premier lieu mais surtout « Generation Execute » puis la bête « Faith Hope and Treachery ». Sur des boucles hypnotiques plombées
Biaffra pose son chant si particulier, reconnaissable entre mille, parvenant néanmoins à sortir de son registre habituel : plus sombre, plus inquiétant également, il dévoile une facette de prédicateur de l’apocalypse fascinante qui colle admirablement à la martialité toute industrielle qui l’accompagne. D’ailleurs, ces trois instrumentaux se seraient retrouvés sur
Psalm 69, personne n’aurait tiqué car on touche à la quintessence du savoir-faire de
Jourgensen, l’art du minimalisme.
Enfin, le troisième visage se découvre dans l’osmose des deux univers au travers de « War Pimp Machine » où l’on bénéficie à la fois de la puissance mécanique et de la grandiloquence du chanteur pleinement dans son registre traditionnel. De plus, comme le morceau est placé en ouverture, il joue l’identique rôle d’accroche que « Forkboy », le genre de truc que tu peux écouter encore et encore sans ressentir l’ombre d’une lassitude… Très bien joué de la part du quatuor qui, jusque-là, nous gâte.
Hélas, les trois derniers titres ne se montrent pas à la hauteur de ce qui a été jusqu’alors proposé. La faute à un « Peeling Back to Foreskin of Liberty » trop basique, presque feignant dans son acharnement à marteler une rythmique simpliste, un refrain bêtement violent qui ne reflète que de très loin la justesse du propos dont les musiciens sont capables et ce même si les quelques errances bruitistes qui traversent la composition sont habilement trouvées. « Mangoat » n’est pas vraiment mieux loti, fatigué, incapable de retrouver le feu sacré, se sentant obligé de faire saillir les biceps pour se trouver une place au soleil. Quant à la conclusion « Sidewinder » en forme de
funk disco iconoclaste, cela entache à mon sens le disque de la même façon que « Lay Lady Lay » et « Brick Windows » torpillaient
Filth Pig, le LP se terminant donc sur cette sensation amère, le sentiment d’avoir vu la perfection approcher en courant puis se casser la gueule à quelques mètres de la ligne d’arrivée.
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