Quicksand - Bring On The Psychics
Chronique
Quicksand Bring On The Psychics
Figure emblématique du mouvement Post-Hardcore qu’il a largement contribué à populariser même s’il n’en est pas à l’origine (la paternité du genre serait plutôt à créditer à des formations telles que Minutemen, Hüsker Dü, Rites Of Spring, Embrace ou Fugazi déjà toutes actives dès le milieu des années 80), Quicksand connait depuis 2017 une véritable renaissance. Si je garde sous le coude l’histoire du groupe pour les chroniques de Slip et de Manic Compression que je compte rédiger plus tard dans l’année, laissez-moi seulement vous dire que le groupe a longtemps été inactif puisque vingt-deux années séparent en effet la sortie de son deuxième album paru en 1995 et celle d’Interiors qui en 2017 marquait le retour longuement suggéré (depuis 2012 et quelques publications sur les réseaux sociaux allant indéniablement dans ce sens) des New-Yorkais.
Alors oui, dans une monde parfait dans lequel on ne dédierait pas une partie de notre précieux temps au patronat, je vous aurais probablement déjà bassiné avec les deux précédents albums de Quicksand qui eux aussi finiront pas trouver leur place en ces pages mais c’est avec ce cinquième album paru le mois dernier que j’ai décidé enfin de me lancer. Intitulé Bring On The Psychics, ce nouvel album sorti chez Equal Vision Records (chouette label Hardcore fondé dans les années 90 par Ray Cappo et qui compte à son actif quelques pépites de choix) succède à un très bon Distant Populations paru cinq ans plus tôt. Les New-Yorkais se sont donc fait un petit peu désirer mais soyons indulgents, les gars n’ont plus vingt ans et ont surtout une vie personnelle et professionnelle qui doit également les occuper un petit peu ailleurs. Bref, savourons l’instant et ce retour qui, une fois encore, confirme la bonne santé de nos trois l/d/ar(r)ons.
Produit de bout en bout par monsieur Jon Markson (Drug Church, Drain, Soulblind, One Step Closer, Samiam, Koyo, Regulate...), Bring On The Psychics possède une production aussi élégante et soignée que cette très chouette illustration. On en attendait de toute façon pas moins mais c’est toujours bon de le rappeler quand on essaie de convaincre le lecteur de s’intéresser à un disque, surtout lorsque celui-ci sort un poil de la ligne éditoriale dite "brutale" annoncée par votre webzine pref’. Encore un tantinet plus court que son prédécesseur puisque celui-ci ne dépasse même pas les trente minutes, ce cinquième album est un disque particulièrement ramassé qui ne sera pas sans susciter un brin de frustration. Le plus est souvent l’ennemi du bien, j’en conviens, mais étant donné la qualité de ces dix nouvelles compositions je suis convaincu que personne n’aurait craché sur un petit peu de rab supplémentaire... M’enfin, comme de toute façon on ne m’a pas demandé mon avis autant ne pas s’en formaliser.
Moins prompt à l’idée d’incorporer un soupçon de sonorités synthétiques à son Post-Hardcore signature qu’il n’a pu l’être à l’époque de Distant Populations, Quicksand semble avoir en effet eu envie de revenir à une formule un petit peu plus directe et dépouillée. Pas de grands bouleversements à l’horizon de ces vingt-neuf minutes mais l’absence de cette petite singularité présente sur son prédécesseur se fait néanmoins entendre pour quiconque y avait prêté attention. Pour le reste, aucune surprise, on retrouve tout au long de cette petite demi-heure ce Post-Hardcore abrasif et mélodique grâce auquel le groupe new-yorkais s’est bâti depuis plus de trente-cinq ans une solide réputation au point de s’imposer comme l’une des références majeures dans le paysage (Deftones n’a par exemple jamais caché son amour pour la musique de Walter Schreifels et ses acolytes et ce n’est bien évidemment pas le seul groupe à avoir tiré parti des premières sorties de Quicksand puisque l’on pourrait également citer Snapcase, Handsome, Refused, Failure, Cave In, Jawbox, Orange 9mm, Glassjaw et j’en passe qui tous doivent beaucoup à la formation new-yorkaise...)
Sur ce nouvel album, les titres sont courts (à l’exception de "Days You Run To" aucun titre ne dépasse ici les trois minutes) et toujours aussi bien ficelés, portés par des riffs simples mais diablement efficaces et qui jamais ne manquent de s’imprimer dans un coin de notre cerveau, par une approche aussi nerveuse et dynamique qu’il y a près de quarante ans (la production puissante et équilibrée de Jon Markson participe de ce ressenti) qui cependant n’empêche pas Quicksand de parfois calmer le jeu le temps par exemple d’une composition plus tranquille et introspective (ici "Days You Run To") et bien évidemment par un sens toujours aussi affuté de la mélodie qui ne manquera pas une fois encore de faire mouche, que ce soit lors de ces refrains scandés par un Walter toujours en très grande forme et à la voix reconnaissable entre mille ou sur certains riffs particulièrement savoureux. La formule n’est certainement pas nouvelle, Quicksand ayant, vous l’aurez d’ores et déjà compris, largement contribué à la répandre et à la populariser au début des années 90 mais trente-six ans après leurs débuts remarqués, les Américains continuent d’exceller dans l’exercice de leurs fonctions.
Certes, à l’écoute de Bring On The Psychics il se dégage une certaine idée de confort (pas de prise de risque ni dans l’écriture ni dans l’interprétation) qui pourra peut-être en agacer quelques-uns qui alors ne manqueront pas de reprocher à Quicksand d’avoir cédé à une certaine facilité mais l’avantage d’une telle posture (si tant est que s’en soit une) est que l’on se retrouve aujourd’hui face à un album particulièrement facile et immédiat qui ne fera probablement pas date dans la discographie des Américains comme l’ont fait Slip et Manic Compression en leur temps mais qui s’avère suffisamment bien ficelé de bout en bout pour pour continuer à faire de Quicksand une référence en matière de Post-Hardcore, même parmi la plus jeune génération. Bref, les New-Yorkais poursuivent donc leur petit bonhomme de chemin repris depuis bientôt dix ans avec toujours ce savoir-faire qui fait la différence. Non, rien de nouveau mais c’est une fois encore tellement bien fait qu’il n’y a pas de véritable raison de râler.
| | AxGxB 10 Août 2026 - 487 lectures |
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