2026 aura été marquée par plusieurs retours plus ou moins attendus et souvent synonyme de succès : Converge et Neurosis sont évidemment ceux qui viennent en premier en tête mais ils ne sont pas les seuls tant les vieux briscards sortent de retraites plus ou moins longues. En moins connus, on peut citer Solace, Corrosion of Conformity… mais aussi Master’s Ashes.
Si le nom ne vous dit rien, pas de panique ! Master’s Ashes est relativement passé sous les radars avec son premier album. Plusieurs raisons à cela, à commencer par des noms qui ne parleront qu’à des amateurs de vieux albums aux succès plus d’estime qu’autre chose, à commencer par le Voivod de la période sans Snake incarné par Eric Forrest. C’est une foule d’autres noms qui s’ajoute à lui, faite pour illuminer les yeux de l’amateur pointu de metal nineties : à la batterie et une guitare, on retrouve des anciens Crisis (groupe de sludge et metal alternatif des années 90) ; à la basse, un ancien Crowbar ; à la guitare, un ancien Dystopia et Mindrot… Si cela sent les années 90, ce n’est pas qu’à cause des répétitions présentes dans ce paragraphe. Tout dans Master’s Ashes hurle un retour à cette époque, de son illustration volontairement underground et hostile à sa musique aux paroles vindicatives et anarchistes.
Un style daté qui peut également expliquer la relative indifférence ayant suivi la sortie de cet album. Master’s Ashes s’inscrit clairement dans un genre aujourd’hui enterré, celui d’un post-metal qui affiche encore ses racines hardcore et crust comme pouvait le faire le Neurosis de
Souls at Zero et
Enemy of the Sun, première référence venant à l’esprit pour définir ce metal lourd, « doomed », et hargneux à la fois, prêt à affronter l’apocalypse voire à la créer lui-même pour ne pas perdre de temps. Pour un amoureux de ce type de riffing désespéré, rageur et punk pouvant aussi bien se trouver dans le sludge le plus acide – Dan Kaufman rappelle au marteau qu’il a été guitariste de
Dystopia sur « Divert The Conflict I » – que le crust le plus sombre,
How The Mighty Have Fallen est un bonheur tant il fait revivre ces sonorités avec la fraîcheur de l’époque.
Normal, puisque l’on a tout de même là quelques-uns de leurs accompagnateurs de première guerre ! Master’s Ashes présente en effet des personnes qui n’ont rien perdu de leur flamme d’alors, voire même la font brûler encore plus fort, soit en raison de tant d’années à avoir rongé son frein, soit en pressentiment d’une fin proche qui ne concerne pas que ces retraités prêts à reprendre les armes plutôt que les rendre. D’où une intensité qui, je dois l’avouer, a pu me faire demander grâce lors des premières écoutes, peinant à discerner des moments et mêmes des morceaux des uns des autres. Il faut être volontaire dans cette fuite qui va toujours à fond et toujours dans le rouge pour pleinement apprécier
How The Mighty Have Fallen. La voix aide heureusement à s’impliquer, Eric Forrest donnant tout, tout le temps, avec un talent constant, autant à l’aise dans des hurlements de rage proches du thrash qu’un chant clair pouilleux et cynique, rappelant celui de Lenny Smith d’Atriarch dans ses accents gothiques (« Divert The Conflict III » ; « Beginning Of The End »). À lui seul, une cathédrale qui appelle à brûler toutes les autres.
How The Mighty Have Fallen possède plusieurs coups d’éclats comme celui-ci, notamment dans des guitares qui ne prennent jamais le temps de poser des climats, de prendre par la main celles et ceux peu sensibles à ce type de son cru, austère et en combustion constante. Un sentiment d’urgence parcourt l’ensemble, se mariant parfaitement à un discours narratif anarcho-punk (« Preface », « Interzone » et « Epilogue » se chargeant d’introduire, approfondir et conclure une épopée clairement politique, réintroduisant ce qu’il peut y avoir de terroriste dans le révolutionnaire). Malgré tout, ce disque reste un plaisir de niche à écouter en tant que tel, plaisir rare – et donc à ne pas laisser passer pour peu que cela nous parle – mais au sujet duquel on pourra rétorquer qu’il existe déjà d’époque. Je répondrai pour ma part que la nôtre est tout autant voire plus noire et que pour cette raison, se replonger dans cette forme d’histoire de la violence ne fait pas de mal. Loin de là.
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