Quatre albums, deux EP, une signature chez Transcendance pour accompagner la sortie de Kurogoku et une photo promotionnelle sur laquelle se trouve une mystérieuse protagoniste, il n’en fallait pas plus pour que j’ai une nouvelle fois l’envie pressante d’interroger ENTERRÉ VIVANT dont l’œuvre ainsi que le parcours musical restent toujours aussi singuliers.
Salutations Sakrifiss, j’espère que tu te portes au plus mal et que tu te trouves dans les plus mauvaises dispositions pour répondre à mes questions. Si tu le veux bien, nous allons directement traiter de votre actualité avec en premier lieu votre changement de label. Que s’est-il passé avec Antik Records pour que la collaboration s’arrête après deux (très bons) LP et qu’est-ce qui a motivé votre choix de collaborer avec Transcendance, une maison également française mais à priori plus confidentielle ?
Sakrifiss : Alors avant tout, je voudrais rappeler que nous avions commencé sur le label
Drakkar Productions avec notre premier album (
Les ténèbres ne sont pas formées d’ombre). Pour le second, nous avons commencé à aborder pleinement des thématiques liées à mon pays d’adoption : le Japon. Et musicalement, nous avons multiplié les éléments liés à ce pays (instruments, samples...).
Antik était un label évident pour accueillir notre nouvelle orientation. Les deux albums sortis chez lui ont été bien accueillis, que ce soit
Shigenso ou
Akuzaï, et le travail pour le visuel et la distribution était particulièrement satisfaisant. Cependant, notre communauté nous a signalé quelques soucis de retards, voire de manque de communication concernant des commandes. Malgré les bonnes relations que nous avions (et que nous conservons) avec l’équipe d’
Antiq, nous avons dû satisfaire les gens qui nous suivent. Je suis parti à la recherche d’un label qui correspondait à notre univers et j’ai d’abord pensé à des écuries étrangères, comme
Naturmacht ou
Northern Silence, très orientées vers le
black atmosphérique. Mais au détour d’une conversation avec
Brouillard (Marie du label
Transcendance, je me suis dit que l’évolution de nos compositions aurait tout à fait sa place chez elle. Elle était plutôt frileuse avant d’écouter nos nouveaux titres, mais une écoute a fait l’affaire. Comme je respecte son label et ses groupes, c’était plié.
Y a-t-il d’autres labels qui vous ont approchés si l’on peut en parler ? J’ai du mal à me rendre compte de l’aura du groupe pour des structures étrangères notamment.
Sakrifiss : Nous n’avons pas lancé d’avis comme quoi nous recherchions une nouvelle maison, et je suis plutôt du genre à aller chercher par moi-même ce que je souhaite plutôt que d’attendre que des offres éventuelles arrivent. Nous n’avons pas été démarchés.
Tu as déjà rédigé nombre d’articles au sujet d’autres artistes signés chez Transcendance, souvent de façon laudative d’ailleurs. Est-ce que cela a contribué d’une façon ou d’une autre à vous faire connaître auprès du label et par voie de conséquence à faciliter votre signature ? On dit que le monde est petit mais cela n’a jamais été aussi vrai il me semble.
Sakrifiss : Je suis déjà proche de
Brouillard depuis plusieurs années, et je pense que l’un des premiers contacts remonte à « l’avant »
Transcendance, ou à ses balbutiements, lorsque
Marie était encore liée à
SALE FREUX. Je me souviens qu’ils m’avaient envoyé le coffret du groupe
HUMUS et que j’en avais fait une parodie de
Unboxing pour ma
chaîne YouTube… En 2017.
Ne crains-tu pas qu’apparaître désormais sur le roster de Transcendance génère des conflits d’intérêt avec ton rôle de chroniqueur au sein de Thrashocore ? Comment parviens-tu à faire la part des choses ? J’aurais évidemment pu te poser la question du temps d’Antiq, aussi ma question est-elle d’ordre plus général : le cloisonnement entre artiste signé et chroniqueur indépendant est-il aisé ? Ne crains-tu pas parfois des réactions défavorables en cas d’opinion négative concernant les projets musicaux de tes camarades de promotion ?
Sakrifiss : Absolument pas. Je n’ai vraiment aucun remord à être sincère dans mes opinions, et il me semble que j’ai un style d’écriture qui empêche toute prise de tête avec les groupes ou les labels. J’essaie toujours d’expliquer ce qui me plaît ou me déplaît, et il semble que j’arrive à être suffisamment juste ou du moins assez clair dans mes explications pour que mes opinions ne soient prises que pour ce qu’elles sont : des opinions. Personnelles. Lorsque j’ai une critique à émettre, elle a des chances de ne pas être partagées par d’autres auditeurs, donc il faut toujours savoir mesurer ses paroles. Le travail du chroniqueur est de toute façon d’orienter les lecteurs, pas de dire si c’est bon ou mauvais, purement.
Avant d’évoquer la thématique, les textes, etc., j’aimerais que l’on clarifie le line-up du moment. Évidemment, Erroiak et toi formez toujours le cœur pulsatile d’ENTERRÉ VIVANT, cependant la photo promotionnelle dévoile une troisième personne. Je souhaiterais savoir qui elle est ainsi que le rôle qui fut le sien au cours de l’aventure Kurogoku, sachant que je ne reconnais pas Athena Nahkriin Halphas qui était présente sur le morceau « Môgo » d’Akuzaï. En complément de cette question, je souhaiterais savoir si cette collaboration perdurera où s’il s’agit d’une association éphémère. La formation a-t-elle vocation à toujours évoluer en duo ou êtes-vous ouverts à une intégration permanente ?
Sakrifiss : Nous sommes toujours, et resterons toujours, uniquement deux personnes derrière
ENTERRÉ VIVANT. Nous composons et écrivons avec une complémentarité et une osmose idéales. Cependant, nous avons de la place pour des invités, et nous l’avions déjà prouvé dès notre premier EP,
Shiki, sur lequel apparaissait la guitare acoustique d’
Alrinack (
SUICIDAL MADNESS,
HERTOGENWALD...). Depuis que nous abordons des thématiques japonaises, nous avons toujours eu des femmes sur nos albums. Sur la pochette aussi d’ailleurs... Pour
Shigensô, c’était
Mayana, fille d’
Erroaik. Pour
Akuzaï, ce fut
Athena Nahkriin Halphas. Pour
Kurogoku, c’est
Uguisu. Et on constatera que chacune d’entre elles a été différente, unique, marquante. La première grâce à des déclamations enfantines, la deuxième par son timbre râpeux, la nouvelle avec des voix enchanteresses qui me ramènent directement à des ambiances à la
Seiji Yokoyama /
Kazuko Kawashima (« Inside a Dream », thème musical mélancolique de
Hyoga dans
Saint Seiya...).
Uguisu, nous voulons conserver le mystère autour de son identité, tout en rassurant sur le fait que ce n’est ni un sample, ni un outil Suno / une IA quelconque. C’est bien une femme, réelle, avec une voix magique.
Puisque j’ai évoqué Athena, peux-tu nous donner de ses nouvelles si vous êtes restés en contact ? A-t-elle intégré un groupe ? C’était, il me semble, l’une de ses motivations au moment de votre collaboration. Est-ce que votre rencontre l’a aidée dans sa recherche ? Si elle chante quelque part j’aimerais le savoir car j’avais adoré son timbre rauque.
Sakrifiss : J’avais effectivement voulu la présenter, faire en sorte qu’elle puisse enfin trouver un groupe qui lui laisse la chance qu’elle mérite derrière un micro. Malheureusement, je n’ai pas eu de nouvelles à ce sujet, donc je ne pense pas qu’elle ait trouvé quoi que ce soit. En revanche, on peut la suivre sur certains réseaux et constater qu’elle est très épanouie dans son quotidien. Espérons que son talent vocal lui permette un jour de rejoindre une formation...
Note : vous pouvez suivre Athena sur Instagram et Facebook.
Venons-en à la thématique de ce nouvel album, à savoir les six Royaumes de la réincarnation bouddhiste. Qu’est-ce qui a motivé ce choix sachant que le précédent LP traitait du sujet très concret de la Deuxième Guerre Mondiale ? Peut-on considérer que tu t’es interrogé sur ce que sont devenus les âmes de tous ceux qui ont commis des exactions durant cette période ou a contrario as-tu souhaité t’éloigner des vicissitudes trop concrètes de la guerre pour prendre une bouffée de spiritualité ? Dit autrement, quel fut ton cheminement de pensée pour arriver à la conclusion que c’était-là le thème à aborder, à ce moment précis de la carrière du groupe ou de ta propre existence ?
Sakrifiss : Alors, c’e n’est pas lié directement à l’album précédent, mais plutôt à une réflexion générale depuis
Shigensô. Comme tu l’as remarqué, nous évoluons tout en gardant une petite brochette d’éléments communs à chaque sortie. La femme sur la pochette, une invitée féminine, une photo d’époque, des instruments traditionnels japonais, et une thématique obligatoirement reliée à un chiffre. Sur
Shigensô, le chiffre 4, comme les 4 éléments. Sur
Akuzaï, le thème n’était pas que la guerre vécue par les victimes japonaises, mais aussi le chiffre 10, et les 10 péchés selon une branche du bouddhisme. Je voulais évidemment poursuivre cette tradition. Choisir 4, c’était repartir sur des morceaux longs. Choisir 8 ou 10, c’était avoir des morceaux courts ou des intermèdes. Je voulais quelque chose de plus direct cette fois-ci, aussi bien d’un point de vue de durée des morceaux que de nombre de pistes. J’ai choisi 6 et j’ai réfléchi aux possibilités autour du chiffre. Il y avait le
Rokudô, ce concept des 6 Royaumes après la mort, et ça m’a semblé le plus logique.
Par extension, je me sens obligé de t’interroger sur tes propres croyances. Plutôt karma ou enfer chrétien ? Réincarnation ou souffrance éternelle dans l’un des neuf cercles ?
Sakrifiss : Il n’y a malheureusement rien après la mort. On éteint l’écran de contrôle. Tu peux croire qu’il y a un enfer et un paradis, qu’il y a la possibilité que ton âme aille investir un autre corps (humain ou animal), que des extra-terrestres te ramènent à la vie dans un bocal sur leur planète... De mon côté, je sais que c’est la fin. En revanche, on parviendra prochainement à faire croire que tu es toujours là. On glanera toutes les informations possibles sur toi, et un appareil accompagné d’une IA, et peut-être même à ton effigie, te remplacera. On a empaillé des animaux, on pourra faire de même avec l’humain, en implantant à l’intérieur l’illusion de sa copie...
Restons un instant sur les six Royaumes. Je souhaiterais que tu nous racontes pourquoi l’ordre des titres ne respecte pas celui de la séparation instaurée entre les domaines inférieurs et supérieurs. Tu aurais pu opter pour une approche ascensionnelle des Enfers vers la divinité ou au contraire conter la chute du monde céleste vers la dimension infernale, or tu as choisi la discontinuité. Quelles sont les raisons de l’agencement des morceaux ? Est-ce la dynamique musicale des titres qui a tranché ou la chronologie relève-t-elle également du concept, de la narration telle que tu l’envisageais ?
Sakrifiss : On aurait pu avoir des ordres différents, pourquoi pas en fonction de la probabilité d’être réincarné dans tel ou tel royaume. Le Royaume animal aurait été en premier et celui des êtres célestes en dernier, mais dans mon interprétation, tous ces Royaumes se retrouvent dans le même plan. Je respecte le concept initial, tout en réfléchissant aux conséquences de l’intégration à chaque royaume. Par exemple, est-ce que renaître animal est vraiment une calamité ? Devenir bestial, perdre son côté humain, c’est peut-être une meilleure issue que prévu... Et le paradis ? Quel est le plaisir de l’atteindre si on s’y retrouve seul ? Car si tu parviens à l’atteindre, ce ne sera sans doute pas le cas de tes proches, de tes enfants... Un paradis sans eux, c’est toujours un paradis ?
À l’écoute de l’album, j’ai eu le sentiment que celui-ci renforçait les éléments black metal grâce à un accroissement de la violence musicale (plus de riffs rapides, plus de passages blastés…) mais également, et sans doute est-ce lié, diminuait la place des arrangements et des instruments traditionnels. Pourtant, plus j’écoute le disque et plus j’ai l’impression que ce ressenti est biaisé, que tout n’est jamais qu’une histoire de placement, de dosage, d’accentuation. De ton point de vue, avez-vous eu la volonté d’écrire des morceaux fondamentalement plus durs ou n’est-ce qu’une question de perception, de subtil déplacement des intentions ? Je sais que la question est longue mais j’aimerais également savoir comment vous avez cette fois travaillé les instruments traditionnels pour qu’ils sonnent moins « exotiques » si je puis dire ?
Sakrifiss : Nous avons voulu que les titres soient plus directs, moins longs. C’est ce qui explique moins de « répétitions », des titres plus rentre-dedans comme « Gakidô », et peut-être un peu moins de « breaks avec des instruments japonais ». Pourtant, tu vas les retrouver, mais bien mieux intégrés à la musique
BM. Si tu prends « Jigokudô », c’est très présent, mais sans que tu te dises « tiens, un instrument japonais ». C’est plus vicieux qu’auparavant. Je pense qu’il est impossible de ne pas penser au Japon durant tout l’album, mais sans jamais tomber dans le « trop ». Il me semble aussi que les paroles en japonais sont plus nombreuses, ou alors que ce sont elles qui se démarquent plus que les instruments...
Vos influences sont-elles toujours les mêmes ou des groupes émergeants ont-ils de près ou de loin déteints sur la teneur de l’album ? Le black metal arrive encore à te surprendre, à t’émoustiller en tant qu’auditeur ?
Sakrifiss :
Erroiak continue d’améliorer son talent en composition, et il explore encore ses possibilités. Mais sans piocher dans la scène actuelle. Nous ne sommes pas proches des groupes à la
GAEREA, ni même de la tendance à la
TRHA. Non pas qu’ils nous déplaisent, mais nous avons notre univers, et nous continuons à le peaufiner. Les nouvelles touches qui émaillent cet album, elles viennent plutôt de
WINDIR pour
Erroiak, même si c’est inconscient. Il avait jusqu’à maintenant réussi à placer ses influences de
SUMMONING et
MOONSORROW, et là, il s’est lâché sur des sons plus féériques, renvoyant entre autres à « Journey to the End » de l’album
1184. Et moi, je continue de placer des éléments plus ou moins anciens du Japon. Des prières, des sutras, des voix théâtrales... Si je sors de la présentation de notre nouvel album, oui, j’écoute les nouvelles tendances, mais je n’ai pas encore le besoin ou l’envie de les placer dans
ENTERRÉ VIVANT, nous devons nous concentrer sur le monde que nous avons (re)créé.
Peux-tu nous parler du processus créatif mis en place pour cet album ? Est-ce que ce sont toujours tes textes qui sont à l’origine de la musique d’Erroiak ou est-ce que ce dernier a également influé, par ses riffs, ses idées, sur ton écriture ?
Sakrifiss : Cette fois-ci, deux morceaux étaient prêts en avance, parce que nous devions participer à un split qui ne s’est pas fait. Mais ces pistes n’avaient pas encore de paroles, et elles convenaient parfaitement pour la thématique que j’ai choisie peu de temps après. Nous nous inspirons ensuite mutuellement,
Erroiak et moi. Je lui explique le concept de l’album, puis nous travaillons morceau par morceau. Cela va donner ça :
•
Sakrifiss à
Erroiak : « Le prochain titre va aborder le royaume des Ashuras. Ce sont des combattants qui ne trouvent jamais la paix. Mais je ne veux pas que l’on s’attarde sur leurs combats, plutôt sur la tristesse de leur condition. »
•
Erroiak : « J’ai préparé ça, une composition plutôt mélancolique, lente ».
•
Sakrifiss : « Parfait, alors maintenant voici des paroles qui collent au concept, mais aussi à la musique que tu as composée. Tu vas t’occuper de tel passage, à tel moment du morceau, et moi je ferai les vocaux ailleurs. »
•
Erroiak : « Voilà, c’est fait. »
•
Sakrifiss : « Excellent, moi aussi. Et on pourrait ajouter un petit effet ici, ou là... »
Voilà, on fonctionne comme ça, méthode ping-pong à distance.
Déhà est-une nouvelle fois aux manettes. Peur du changement ou totale confiance en lui pour faire sonner votre style exactement comme vous l’entendez ? Je crois que c’est aussi un habitué de Transcendance, cela a dû faciliter les interactions non ?
Sakrifiss : Soyons sincère, c’était une condition de
Marie de Transcendance. Cette condition nous convenait parfaitement car même si
Erroiak s’en sort de mieux en mieux en mixage,
Déhà sait améliorer le tout. De toute façon, il est tellement partout que j’imagine qu’on nous proposerait son mix même en étant sur un label chilien...
Nous savons tous que le jeu de la promotion consiste souvent à dire que le nouvel album est le plus abouti, le plus mature, le plus violent, que c’est un retour aux sources, etc. Autant de poncifs que tu peux bien entendu utiliser sincèrement cependant, si je te demandais une auto-critique : qu’est-ce que tu trouves de réellement supérieur par rapport au précédent LP et où penses-tu avoir péché sur celui-là ? Y a-t-il des choses que vous améliorerez, même si le recul est encore insuffisant pour l’exprimer précisément ?
Sakrifiss : Nous avions conscience des difficultés qu’allaient rencontrer les auditeurs avec nos trois premiers albums.
Les ténèbres, c’était notre jeunesse. Nous avions alors fait un album un peu bazar, avec des morceaux qui partaient dans des directions différentes. Tu pouvais adorer un titre, ne pas comprendre le suivant. Aucun lien entre « Rouge », « Lui » ou « Shunga » par exemple.
Shigensô, il est magnifique, mais il faut avoir le temps. Beaucoup ne l’ont pas et sont incapables de plonger dans des pistes de plus de 15 minutes.
Akuzaï, sa thématique le bouffait. Certains ont eu les oreilles fermées à partir du moment où ils ont vu l’atrocité de la pochette et l’intention de réhabiliter le peuple et les jeunes soldats japonais de pendant et après la guerre. C’était un thème lourd. Mais tout ça, c’était nécessaire, parce qu’
ENTERRÉ VIVANT est aussi un témoin du passé et du présent. Il fallait que chaque album soit ce qu’il est devenu. Il faut que les albums soient aussi faits avec le cœur, sinon j’aurais sans doute évité les quatre intermèdes sur
Akuzaï, et nous aurions perdu une partie de la trame. J’aurais alors trahi mon propos. Pour
Kurogoku, j’ai été libéré. Pas un thème trop dur, et il est même abordable et compréhensible par un Occidental. Pas des compositions longues ou alambiquées... Alors quel est son défaut ? On n’y entend pas ma fameuse « voix de crapaud » ? Non, ça aussi, je pense que ça pouvait être handicapant, alors j’ai un peu freiné de ce côté-là... Il y a peut-être un titre sur lequel j’ai encore des doutes concernant l’efficacité... Je préfère attendre les réactions pour voir s’il est apprécié ou pas... Et ne dirai donc pas duquel il s’agit pour l’instant.
Note : difficile de savoir à quelle chanson notre interlocuteur fait référence. Pas « Jigokudô » j’espère, j’ai expliqué dans ma chronique qu’il s’agissait de ma piste favorite.
Un dernier point me tarabuste : ton chant. Je le trouve vraiment différent sur Kurogoku, peut-être plus conforme à l’idée que l’on se fait d’une voix black metal. Confirmes-tu avoir abordé tes lignes de chant d’une autre façon, tenté de nouvelles choses ? Cela n’est pas une critique mais je trouve que cet « assagissement » tout relatif rend le disque moins clivant, plus à même de séduire l’auditeur, de le brosser dans le sens du poil.
Sakrifiss : Effectivement, je voulais aussi éviter de recopier ce que j’avais fait auparavant. On reconnaîtra mon timbre à de nombreuses reprises, d’autant que je suis très présent sur « Ningendô » par exemple. J’ai aussi voulu refaire une apparition déclamée qui rappelle « Rouge », et c’est devenu « Tendô ». Il fallait que l’équilibre entre mes parties et celles d’
Erroiak soit respecté, donc je n’ai pas eu vraiment besoin de placer mon chant de grenouille. Il reviendra peut-être, quand il sera nécessaire. Là, d’autres timbres fonctionnaient.
Vous proposez deux pochettes différentes pour les formats vinyles et CD, peux-tu nous dévoiler leur signification ? Pourquoi ne pas avoir opté pour une seule ?
Sakrifiss : C’est celle du vinyle que j’avais choisie en premier. Ces deux forgerons me semblaient bien représenter l’enfer sur Terre. Puis, je me suis dit que c’était dommage de ne pas retrouver une femme sur la pochette, comme sur les deux albums précédents. D’autant que l’enfer / le côté malsain ne se ressentait pas totalement avec nos forgerons. J’ai d’abord trouvé une image avec deux femmes près d’un puits, très intrigant, mais ça fonctionnait moyennement. C’est là que j’ai trouvé cette vieille photo et que je me suis dit qu’elle serait parfaite en rendant ses yeux totalement blancs dans le reflet du miroir. Je me suis aussi dit que les collectionneurs, qui achètent les deux formats, préfèreraient avoir deux designs différents. En tant que fan, j’aime bien que les formats aient des petites nuances...
Également, vous offrez un titre bonus uniquement sur la version vinyle, c’est pour attirer les collectionneurs dans votre camionnette ? Le morceau aurait parfaitement pu trouver sa place sur le CD non ?
Sakrifiss : Sur le CD, il aurait allongé l’album pour rien. « Shuradô » est une fin idéale, parfaite pour l’album. Il arrive que des groupes ajoutent des reprises, des conclusions inutiles, qui viennent gâcher la fin d’un opus. Finir avec « Shuradô », c’est parfait. En revanche, avec un vinyle, tu as un problème de place. Tu te retrouves avec une face vide si la durée de l’album n’est pas adaptée. Et puis un vinyle, c’est plus cher. Pour remplir l’espace, et pour offrir un bonus à un format cher, nous avons décidé de mettre « Ningendô » dans sa deuxième version. Nous avons longtemps hésité sur qui d’
Erroiak ou moi, devait interpréter le personnage du titre. Nous avons donc créé deux versions et pris une décision au dernier moment. Comme la deuxième version avait été finalisée aussi, autant la faire apparaître quelque part...
Maintenant que nous avons parlé de Kurogoku, j’aimerais que l’on fasse un rapide bilan d’Akuzaï. Le gosse n’a qu’un an mais en êtes-vous toujours aussi fier ? J’ai le sentiment qu’il a marqué une forme d’aboutissement artistique mais que vous avez immédiatement essayé de vous renouveler depuis, sans chercher à tirer sur la corde.
Sakrifiss : Chaque album reprend notre identité, mais il est une histoire à part, complète, terminée. Tu reconnais tout de suite
ENTERRÉ VIVANT, mais tu as aussi à chaque fois une originalité qui rend l’album personnel. Je ne sais pas si c’est quelque chose que nous arriverons à poursuivre, mais pour l’instant cela se fait naturellement, sans forcer.
Tu as récemment effectué un passage en France pour, entre autres, rencontrer tes fans, si tant est que le terme soit adéquat. Que retires-tu de ces différents échanges et est-ce une expérience que tu penses renouveler dans un futur proche ?
Sakrifiss : J’étais venu principalement pour faire des rencontres autour du livre que j’avais sorti chez les
Flammes Noires. Il me semblait important de faire honneur à cette sortie, et au travail fourni par
Emilien (le boss). Finalement, cela s’est transformée en énormes fêtes où les personnes venues se sont mélangées. J’avoue qu’il y a eu tellement de monde (70 au moins à Lille, 50 à Paris...) que je n’ai pu discuter que quelques instants avec chacun, mais c’était fort de constater à quel point il y a un écho à ce que j’essaie de faire, en écriture, en musique ou en vidéo. Les rencontres ont été fortes, et même émouvantes. Moi qui suis solitaire, qui ne partage pas ma passion du
black dans le « monde physique » / « monde réel » au Japon, j’ai eu l’impression de découvrir une vie que j’aurais pu avoir si j’étais resté en France ou si je faisais l’effort d’aller à la rencontre des gens...
Note : effectivement, j’ai complètement oublié de préciser que ces visites avaient pour but premier de présenter le livre « Sakrifiss, une vision du black metal », disponible aux Éditions des Flammes Noires, ouvrage actuellement en promotion à 15€.
Une dernière question : tu es plutôt « Karma Police », « Karmacoma » ou « Ugra-Karma » ?
Sakrifiss : Et si nous restions en France pour répondre à ta question ?
Liens utiles si vous souhaitez soutenir le groupe :
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Bandcamp ENTERRÉ VIVANT
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Chaîne YouTube de Sakrifiss
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J’espère que cet entretien, une nouvelle fois très riche grâce à la prolixité de Sakrifiss, vous donnera l’envie ou la curiosité de partir à la découverte de Kurogoku. Ceux qui comme moi ont lancé quelques recherches Internet sur le thème des six Royaumes seront rassurés de savoir que Naruto n’est absolument pas le sujet de l’œuvre. Plus sérieusement, s’il demeure encore quelques mystères autour de ce quatrième LP, mystères qui en renforcent le charme, il y a de fortes chances que les quelques réfractaires au style d’ENTERRÉ VIVANT puissent enfin changer d’opinion : des pistes plus concises recentrées autour d’un BM atmosphérique, aucun interlude étrange, vocaux moins clivants, même la langue japonaise se fond dans le grand tout sans que cela ne soit plus déroutant que de l’anglais finalement.
Le disque est disponible depuis le 2 octobre aux formats vinyle, CD et digital. On se quitte avec quelques mots de l’au-delà.
Par Deathrash.
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