Fer de lance parmi d’autres d’une scène Alt / Grunge / Shoegaze qui depuis quelques années déjà a su se réinventer grâce, pour l’essentiel, à une nouvelle génération de musiciens qui ont su parfaitement s’approprier les codes d’une époque qu’ils n’ont pourtant même pas connu, Soul Blind jouit aujourd’hui, en tout cas parmi les connaisseurs, d’une réputation qui n’est plus à faire. Trois ans après un premier album particulièrement convaincant venu conforter notre enthousiasme à l’égard de ces jeunes américains (
Feel It All Around), le groupe originaire d’Upstate New-York (Hudson Valley) a repris cette année du service avec la sortie en octobre dernier d’un deuxième album intitulé
Red Mourning Sky.
Après de courts passages chez Streets Of Hate, Trip Machine Laboratories et Other People Records, Soul Blind a trouvé refuge cette année chez Closed Casket Activities, une structure généralement habituée aux sorties Metal / Hardcore en tout genre (Scalp, Gulch, Full Of Hell, The Red Chord, Harm’s Way...) mais qui depuis un an ou deux a commencé petit à petit à s’ouvrir à des formations œuvrant dans des registres bien moins agressifs mais surtout beaucoup plus mélodiques (Cloakroom, Fleshwater, Skinhead...). Quoi qu’il en soit, en rejoignant ce label à la réputation elle aussi bien installée, Soul Blind devrait profiter d’une mise en lumière probablement un petit peu plus large qu’à l’époque de ces précédentes collaborations, aussi fructueuses furent-elles.
Enregistré, mixé et masterisé par Jon Markson (Drug Church, One Step Closer, The Story So Far, Samiam, Koyo, Drain...) et Adam Cichocki (désolé, rien ne me parle dans son curriculum vitae),
Red Mourning Sky a été illustré cette fois-ci par Dominic Pabon, chanteur passablement énervé des excellents Simulakra et illustrateur à ses heures perdues pour des groupes tels que Jesus Piece, Vein, Missing Link, Pain Of Truth ou bien encore Final Resting Place... Qu’on aime ou pas, on retrouve en tout cas la patte de l’Américain avec ces couleurs un peu passées qui donnent à l’ensemble un petit côté "vintage" par désagréable, surtout pour un groupe comme Soul Blind qui puise une bonne partie de son inspiration dans les années 90.
D’ailleurs, je ne sais pas trop ce qui s’est passé chez le groupe américain mais nos quatre garçons ont vraisemblablement beaucoup mais alors beaucoup écouté Alice In Chains durant ces trois dernières années… Une évidence, un petit peu comme le nez au milieu de la figure, à l’écoute de ce "Business Or Pleasure" qui ouvre ce deuxième album avec la fougue et l’énergie de ceux qui ont été absents trop longtemps et avec lequel le groupe reprend effectivement à son compte pas mal de gimmicks associés à la célèbre formation de Seattle (et dans une moindre mesure aux Australiens de Silverchair). Loin d’être un cas isolé, Soul Blind va également récidiver sur deux ou trois autres compositions (notamment "Dyno" et "For Real") lors desquelles certaines intonations et autres placements de voix ne seront pas sans faire écho en effet au regretté Layne Staley. Un petit vent de fraîcheur bien senti qui ne sera pas sans faire plaisir à tous les darons et autres vieux de la vieille biberonnés aux sons de ces productions ayant façonnées la scène Grunge des années 90.
Un vent de fraîcheur qui s’accompagne également d’une approche un poil renouvelée (sans être profondément bouleversée) puisque l’on va effectivement trouver désormais de nouvelles sonorités dispensées plus ou moins subtilement tout au long de ces trente-huit minutes. Ainsi à la manière des Texans de Bleed, Soul Blind semble avoir cédé lui aussi aux sirènes d’un certain renouveau Nu Metal. Certes, cette production puissante, moderne et rugueuse n’est évidemment pas étrangère à ce sentiment mais ce sont surtout toutes ces séquences parfaitement cadencées au son de riffs lourds et chaloupés (avec par ailleurs ces brèves dissonances et autres courts larsens en guise de cerise sur le gâteau) qui font le jeu de cette légère évolution. De "Business Or Pleasure" à 0:28 à "Hide Your Evil" à 0:10 en passant par "Billy" à 0:13 ou "New York Smoke" à 0:32, il est clair en effet que la scène Nu Metal du début des années 2000 (à commencer par Deftones) n’a pas été sans influencer nos quatre New-Yorkais. Ajouter à cela ce sens toujours aussi affûté de la mélodie ainsi que des refrains parfaitement calibrés menés notamment à grand renfort de chant clair ("Hide Your Evil" à 2:04, "Mistake To Wonder" à 0:45, "Billy" à 0:42, "Thru The Haze" à 0:53, "Red Sky Mourning" à 1:00...) et vous voilà avec dans les oreilles un album qui n’aura aucun mal à à faire son chemin et à rester dans un coin de vos têtes.
À l’image de son prédécesseur,
Red Mourning Sky partage son temps entre titres Post-Hardcore / Nu Metal plutôt directs ("Business Or Pleasure", "Dyno", "Hide Your Evil", "Billy", "For Real", "New York Smoke") et compositions à la fibre Shoegaze nettement plus prononcée ("Mistake To Wonder", "Thru The Haze", "Red Sky Mourning", "Closer To You"). Ces dernières, souvent plus vaporeuses et atmosphériques permettent naturellement d’apporter de la nuance en troquant ainsi cette lourdeur saccadée évoquée précédemment par des passages beaucoup plus aériens tout en accentuant au passage le caractère mélodique de l’ensemble. Rien de très nouveau dans ce fameux mélange mais encore une fois, celui-ci est suffisamment bien balancé pour ne pas plomber le rythme plutôt dynamique de l’ensemble qui d’ailleurs s’avère finalement bien plus tendu que ne le suppose cette mention du terme "Shoegaze".
Marchant sans honte dans les pas du très bon
Feel It All Around,
Red Mourning Sky va pourtant un petit peu plus loin en y insufflant de "nouvelles" influences et en y apportant de "nouvelles" sonorités. Alors oui, tout ça avec des guillemets car vous l’aurez compris, il n’y a rien de nouveau ni dans ces influences ni dans ces sonorités même si celles-ci se dévoilent en effet pour la première fois (en tout cas de manière aussi flagrante) chez Soul Blind. Quoi qu’il en soit, si vous êtes amateurs d’Alternative Rock, de Grunge, de Shoegaze, de Nu Metal et tous ces gens même lorsqu’ils sont mélangés, alors il y a peu de chances pour que vous ne succombiez pas (une fois de plus) aux charmes de ces Américains qui décidément ont bien appris de leurs ainés.
Par Jean-Clint
Par Sosthène
Par Keyser
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Lestat
Par Jean-Clint
Par xworthlessx
Par Ikea
Par AxGxB
Par Jean-Clint
Par Sosthène
Par Lestat
Par Krokodil
Par Niktareum
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint