Il y a eu un changement important dans la manière dont
Aarunda souhaite faire exister la musique de son rejeton
DOSKA. En effet, alors que je suis encore bloqué sur l’excellent
Lassahr, à peine paru en juin dernier, tout en espérant par conformisme une suite dans cette veine si riche, le Normand a décidé de faire table rase et de revenir avec
Hernn, unique composition de quarante minutes. L’évolution est de taille, assurément risquée, avec en plus la possibilité de la précipitation entre les deux sorties, le précédent n’étant chez moi pas encore totalement intégré.
Quoi qu’il en soit, ce choix pourrait également signifier que le musicien se sent libre d’aller là où il le veut, de n’écouter que lui-même, son inspiration, ses voix intérieures sans trop se soucier de l’horizon d’attente des auditeurs, parfois paresseux et préférant des formats plus courts permettant l’écoute fragmentée. Là, c’est mort, une fois que la piste est lancée, tu es bon pour un tour de cadran… Cela dit, d’autres l’ont réalisé avec succès, quand l’histoire est intéressante tu as rarement envie de partir avant la fin. En revanche, au-delà de la durée, c’est également la quasi-disparition du chant qui étonne, mais j’y reviendrai.
Si les cinq premières minutes permettent d’imposer le climat autour d’un thème mélodique répété, ce dernier s’étoffe peu à peu d’ingrédients, d’arrangements qui le font passer du stade oviforme à la chrysalide avec, aux alentours de la sixième minute, un riff qui me rappelle le
BLUT AUS NORD de la trilogie
777 avec qui je trouve ici de nombreuses affinités, néanmoins sans mimétisme. Une proximité de sensibilité dans la froideur martiale peut-être, le caractère cyclique des guitares, l’illumination, la découverte du corp astral…
Puis, à la onzième minute, la composition s’hystérise avec tout ce que l’on apprécie chez
DOSKA : quelques vocaux criards, des riffs épiques, plus d’ambiances, l’atmosphère s’épaissit, l’auditeur commence à piger que le travail d’écriture est énorme et qu’il ne fait qu’aller crescendo, une telle progression évoquant finalement les mouvements que l’on peut retrouver dans la musique classique. En revanche, il n’y a plus de place pour le chant, du moins au sens où on l’entend habituellement. C’est-à-dire qu’il n’y a plus à proprement parler de lignes vocales et pourtant une multitude de voix se font entendre : hurlements, chœurs angéliques peut-être féminins, peut-être synthétiques, la musique d’
Aarunda n’est plus douée de la parole alors que c’était tout de même l’un des atouts de son
black metal mélodique. Ici le mot se décharne, sonorités spectrales, réduit à de simples voyelles, labiales dénuées de sens mais parvenant cependant à atteindre l’âme, c’est peut-être en cela que
Hernn se révèle le plus surprenant. Par l’instrumentalisation, l’album s’extirpe du charnel, s’évade du bas corporel, parfois rattrapé par une forme de martialité (aux alentours de la dix-neuvième minute) mais s’engageant également sur des pics d’intensité encore jamais atteints par la formation, à partir de la vingt-septième minute par exemple. Le blast est intense, les guitares frôlent la folie, le
riffing se fait surnaturel, avec toujours cette évanescence des voix en arrière-plan, une absence qui n’en est donc pas vraiment une, une présence pourtant incapable de communiquer autrement que par la note tenue, perçante puis diffuse jusqu’à la confusion avec les autres éléments.
Je n’attendais sans doute pas cela de la part du Français, je pensais avoir trouvé la perle rare du
black sympho et que le compositeur ne s’extirperait pas de cette veine. Voilà qui était bien mal connaître l’homme dont le talent va bien au-delà car pour écrire quarante minutes d’une musique aussi fluide, aux transitions tellement logiques, ce n’est ni de la chance, ni du hasard, encore moins de la sorcellerie. Pour peu que dans la foulée on se bouffe un nouveau
PUTAIN DE TRISTESSE, nous pourrons alors affirmer que la nouvelle année s’annonce sous les meilleurs auspices. Merci pour ce disque, ces quelques lignes ne peignant en définitive que très imparfaitement la richesse de l’offrande, la profondeur du propos, l’ambition artistique.
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