Alors que je n’ai lu que des commentaires élogieux pour décrire la pochette de
Résonances, dernière production en date des Français de
JOURS PÂLES, je suis pour ma part bien moins enthousiaste concernant cette illustration qui a tout du numérique. Autant les plumes en arrière-plan donnent un effet sympathique, autant le rond central est quand même vachement cliché, certes représentatif du talent graphique de
Sébastien Grenier (je ne dis pas par une ironie mal venue que son art est cliché, le type doit apprécier
Olivier Ledroit) mais que je ne trouve pas le dessin particulièrement adapté au style musical que nous propose
Spellbound depuis 2021 et quatre LP. Du côté du label, l’homme est toujours fidèle à
Les Acteurs de l’Ombre, information guère surprenante tant la musique correspond parfaitement à la vision artistique développée par la maison, une affaire qui roule donc…
En revanche, de mon côté, il a dû se passer un truc de l’ordre du psychologique depuis 2024. En effet, j’ai de plus en plus de mal à accrocher à ce
metal extrême français, qui n’a désormais de
black que l’étiquette apposée faute d’adjectifs davantage appropriés. Pourtant, les éléments constitutifs de ces dix compositions sont peu ou prou les mêmes que ceux qui me firent apprécier
Dissolution : des titres complexes aux ambiances multiples (« Une splendeur devenue terne » ; « Cinéraire » ; « J. Savile »), des instruments originaux (ne serait-ce pas de l’accordéon que j’entends sur « L’essentialité du frisson » ?), beaucoup de claviers (rien que l’introduction de « La frontière entre nous et le néant » donne le ton), beaucoup de chant « parlé » (voire trop de mon point de vue) comme savent le moduler
RMS Hreidmarr ou
Famine par exemple, du raclé encore, heureusement mais assurément la voix dominante ne mérite plus vraiment le qualificatif de
black et c’est bien cela qui, aujourd’hui, me pose un tel problème de positionnement du disque.
On pourrait me rétorquer qu’il n’y a nul besoin de devoir classer un album pour pouvoir l’apprécier, ce qui est parfaitement exact. Aussi, est-ce que je l’apprécie réellement ? Je veux dire, au-delà des écoutes nécessaires à la rédaction de l’article, est-ce qu’il me prendra parfois l’envie de l’écouter par simple envie ? Voilà une question à laquelle je suis aujourd’hui bien en peine de répondre, même si le sort réservé aux productions antérieures devrait déjà me mettre sur la voie… D’ailleurs, si je prends cette sortie d’un point de vue purement analytique, les reproches à y apporter sont quasiment inexistants. En effet, le talent de compositeur de
Spellbound n’est plus à démontrer et l’homme est devenu expert dans l’écriture de compositions qui n’appartiennent qu’à lui. Il a sa griffe, de même qu’au sein d’
AORLHAC, « Cinéraire » pourrait même être un tube, si tant est que cela ait encore un peu de sens aujourd’hui. L’artiste a le sens de l’orchestration, du jeu des tensions, le LP développe un climat qui n’appartient qu’à lui et, en cela,
Résonances contient absolument tous les atouts pour être l’un des évènements français clés de 2025. Ce que je ne conteste absolument pas, encore une fois je n’ai aucun argument en sa défaveur autre que mon ressenti, par essence subjectif. Et le problème vient principalement de là : je ne ressens quasiment plus rien en écoutant
JOURS PÂLES, presque rien ne m’émeut, presque rien ne me touche profondément si ce n’est l’appréciation de la performance, l’excellence des guitares sachant se faire tantôt mélodiques, tantôt agressives, la richesse du chant, la qualité des textes ou encore la bonne surprise de découvrir la présence de
Kim Carlsson sur le morceau « Mouvement ostentatoire rémanent totalitaire ».
Pourtant, « Viens avec moi » n’est jamais qu’une version brutale du
rock français, je pourrais dire que les versions
live de « Tostaky » dégageaient tout autant d’énergie, même sans les blasts, même sans les hurlements, car est-ce que finalement la formation ne serait pas une mutation ? Cette volonté d’écrire des mélodies, des paroles ayant plus de portée que la moyenne, n’est-elle pas un appel du pied au
mainstream ? Franchement,
Spellbound deviendrait parolier pour un artiste de variété, je le comprendrais tant il pourrait apporter un peu de sa profondeur langagière à une génération rongée par la médiocrité. Et j’affirme cela d’autant plus fortement que c’est lorsque le groupe se veut frontal (« J. Savile ») qu’il devient paradoxalement moins percutant, son talent étant désormais davantage du côté de la nuance que des tentatives de raccrochement à un
metal noir dont il s’éloigne de plus en plus quoi qu’on en pense.
En définitive, pour moi le concept commence à manquer de renouvellement. C’est toujours ultra qualitatif mais je ne parviens plus à distinguer ce qui me ferait préférer ce disque au précédent, ni au suivant. D’un côté, il y a cette façon d’amener les lignes vocales, j’y entends avec bonheur du
DIAPSIQUIR (sur la forme, pas sur le fond) et un morceau tel que « L’essentialité du frisson » illustre sans doute de la meilleure des façons le style
JOURS PÂLES dans ce qu’il peut avoir de direct et de poétique. En revanche, je décroche sitôt qu’entrent en jeu des éléments davantage mélodiques, progressifs et travaillés car cette richesse accrue se fait alors au détriment de la chaleur, de l’émotion (à mon sens), restant alors extérieur à la musique, en observateur distant.
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