Ce n’était qu’en janvier dernier, j’ai pourtant l’impression que cela remonte à des années que j’ai parlé de l’EP
Three Primes of Alchemy, avec un avis mi-figue mi-raisin car j’espérais mieux des membres, ou d’anciens membres, de confréries aussi émérites que
COSMIC JAGUAR,
DRUDKH ou encore
LUCIFUGUM. Pourtant, ces Ukrainiens avaient le mérite d’avoir une personnalité que l’on remarque, de pratiquer un
death metal certes inusité mais qui avait justement pour lui de sortir des sentiers maintes fois battus. Aujourd’hui, avec ce premier LP qu’est
The Mortificatio, le style se développe vers quelque chose de plus symphonique, de plus travaillé également, avec de nombreux chœurs féminins dont les ambiances baroques me renverraient presque à la belle époque d’
EBONY LAKE (« Actum Exitium »), j’insiste bien sur le « presque » car la comparaison s’avère hautement périlleuse, fugace également.
Ce que je cherche maladroitement à exprimer, c’est que
TRIA PRIMA a revu dans les grandes largeurs son approche de la musique extrême, l’a modernisée tout en la densifiant pour un résultat certes davantage en adéquation avec le pedigree des musiciens mais peut-être moins en décalage, même si les structures sont globalement bien fumées à l’image d’un « Transmutation » halluciné dans ses envolées de guitares. En fait, pour être parfaitement exact, je ne reconnais plus vraiment le groupe de l’EP, celui-ci ayant muté en une bête finalement assez indéfinissable où une forme d’ésotérisme blackisant flirte avec des éléments
heavy (« Arcanum Six »), le
growl étant en dernière instance l’un des rares éléments musicaux permettant encore d’apposer l’étiquette 100%
death metal sur l’album. Et autant les premières écoutes peuvent déstabiliser, autant les sept compositions de
The Mortificatio finissent par s’imposer à l’esprit, par leur bizarrerie plutôt que par la force des arguments, le logo empreint de magie noire prenant enfin sa pleine signification.
Je préciserai à toutes fins utiles que les expérimentations proposées par
TRIA PRIMA ne se font jamais au détriment de l’homogénéité, ni de l’efficacité (« Porta Alchemica »). En effet, si son
death s’autorise effectivement quelques écarts de langage, principalement en début de disque, les types ne semblent pas chercher à écrire du tordu uniquement pour amuser la galerie. Au fil des morceaux, l’auditeur finit par piger que, même sans offrir d’énormes effets techniques, le trio (avec l’aide de quelques invités) parvient à faire sonner comme il le souhaitait probablement depuis le début son approche du genre, ici enfin en phase avec l’expérience des protagonistes. Ainsi, si j’ai peut-être initialement esquissé une moue dubitative, les quarante minutes du LP ont fini par me charmer. Il reste que
The Mortificatio se présente comme une pièce aussi intrigante qu’absconse, flirtant parfois avec le
doom des années 90 (« Arx Fatalis », doté d’un riff central typé
MORBID ANGEL) ainsi que la scène grecque et, si je n’accroche que peu aux interventions de dame
Anira Star en charge des
female voices, sa disparition progressive ne fait que rendre plus attractif ce disque vivant, fonctionnant comme une initiation : de l’émerveillement initial à la prise de conscience du merdier dans lequel on s’est mis jusqu’à l’horreur finale des sacrifices rituels.
En soi, ce n’est probablement pas un album qui reviendra régulièrement sur la platine pourtant, mal le noter reviendrait à ne pas rendre justice à l’évolution de la formation qui, en à peine un an, a su complètement remodeler ses canons pour offrir quelque chose d’original par touches subtiles. Bien joué !
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