Énumérer les cycles artistiques ainsi que les divers projets menés de front par
John Zorn est une tâche aussi amusante que fastidieuse, idem en ce qui concerne
Mike Patton. Apprécier inconditionnellement l’ensemble de leurs œuvres respectives ou conjointes serait certes la preuve d’une incommensurable ouverture d’esprit dont je ne me targuerai pas, me montrant assez sélectif bien qu’éclectique pour l’un comme pour l’autre. Mais ce qu’il y a de certain, c’est qu’en 2006 avec l’arrivée du premier album du
MOONCHILD TRIO,
Moonchild: Songs Without Words, il y eut matière à rassembler sous une même bannière les férus des débuts de
FANTÔMAS (1999) et les amateurs des penchants
hardcore du saxophoniste, ici uniquement compositeur soit dit en passant. Zéro cuivre donc. Des chansons sans mots en revanche… Nous sommes d’accord que l’idée n’est pas neuve, cependant qui d’autre que le Général pouvait incarner le concept ? Et qui d’autres pour l’accompagner dans cette entreprise que les fidèles compères que sont
Trevor Dunn à la basse (musicien quasiment attitré de
Zorn),
Joey Baron à la batterie, un autre habitué des expérimentations du saxophoniste américain (
NAKED CITY,
MASADA…).
Si j’établis un parallèle avec
Amenaza Al Mundo, c’est parce que l’auditeur retrouvera ici un peu de son esprit frappadingue, de sa déstructuration, quelques similarités langagières également mais alors que le quatuor tentait une réécriture quasiment dadaïste du
metal extrême, notamment grâce à un
Dave Lombardo en apesanteur,
Moonchild, lui, porte profondément la marque de son géniteur soit davantage une version
hardcore expérimental d’un
free jazz chaotique qu’une déclinaison d’un simple héritage
metal soumis au martyre. Ainsi, sur une structure musicale minimale uniquement assurée par le duo batterie – basse dont les cordes claquent comme un putain de méchant groupe de
noisecore, le trio interprète des titres dont le format (entre deux et six minutes) n’effraiera pas vraiment l’amateur déjà familier de l’univers bigarré de ces messieurs. Quant à
Patton, il exécute idéalement ce dans quoi il excellait (l’imparfait est volontaire), à savoir user de ses cordes vocales comme d’un instrument à part entière, multipliant les onomatopées, les hululements, cris, pleurs, mortifications, gloussements, reniflements, murmures, hurlements, raclements, crissements, chuintements, avec une tessiture ahurissante. Clairement, le mec est à son acmé, ou presque.
D’ailleurs, à l’entendre s’égosiller de la sorte, la tentation de penser qu’il improvise constamment est grande. Ce n’est pas le cas, le chanteur suit des partitions précises (nous pouvons le voir tourner des pages derrière un pupitre sur quelques extraits
live issus de
Six Latinies for Heliogabalus) et même si le rendu frôle parfois le grotesque, l’absurde, la pose
arty artificielle, je n’y entends pour ma part que le pur génie de
Zorn qui a toujours eu la volonté de composer des choses violant le
metal au sens large du terme (
PAINKILLER, certains
NAKED CITY, etc.) et cela s’entend dans les attaques brutes de titres tels que « Hellfire », « Abraxas » ou encore « Equinox ». Néanmoins, impossible de réduire ce
Moonchild à une pure expérimentation en
core même si c’est le style dont l’album se rapproche sans conteste. En effet, l’œuvre contient également nombre de moments cinématographiques, ambiancés, contemplatifs, jamais dénués d’une tension sous-terraine et, finalement, systématiquement anxiogène. De tous les
MOONCHILD, c’est sans doute le plus dérangeant, étrangement le plus abordable aussi.
Certes, ces onze compositions n’ont pas le côté immédiatement accrocheur de
FANTÔMAS. Les métriques employées ne sont guère habituelles,
Baron ne blaste pas et il est souvent difficile de le suivre (« Sorceres »),
Patton va bien plus loin que d’habitude dans ses excès vocaux, là encore on sent qu’un compositeur le guide vers un niveau de maîtrise accru, le faisant entrer à mon sens dans une nouvelle dimension artistique (il faut vraiment entendre la performance « Litany IV » sur
Six Latinies for Heliogabalus). Je n’oublie bien entendu par
Trevor Dunn, fidèle à lui-même : il délivre une prestation sans faute démontrant une nouvelle fois qu’il s’agit de l’un des meilleurs bassistes de ces cinquante dernières années, excellent interprète mais également compositeur de talent.
Comme tous les cycles zorniens, celui du
MOONCHILD TRIO se décline en sept LP s’étendant sur une période allant de 2006 à 2014, sans aucune garantie d’y retrouver ce qui vous aurait potentiellement attiré ici. Néanmoins, je reste convaincu que lorsqu’on apprécie le
hardcore chaotique,
Steve Albini ou des trucs à la
KEN MODE, il y a forcément une place sur votre étagère afin d’y ranger ce
Moonchild: Songs Without Words.
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