Quelques mois se sont à peine écoulés et voilà que
John Zorn nous sert déjà la suite de
Moonchild : Songs Without Words, en espérant que cette précipitation ne masque pas un camouflet. Le projet reste articulé autour de
Patton,
Dunn et
Baron, le saxophoniste conservant son rôle de chef d’orchestre grand Manitou. Comment ne pas être émoustillé tant l’impact du premier jet résonne (ou raisonne) encore dans tous les esprits, en bien comme en mal ? Ce n’était clairement pas le genre d’album à laisser indifférent.
Vous faites partie de ceux qui ont détesté ?
Astronome pourrait changer la donne. Vous faites partie de ceux qui ont adoré ?
Astronome pourrait aussi changer la donne. La raison en est simple : tous les participants paraissent en roue libre. En effet, autant le disque précédent s’astreignait à conserver un certain formalisme
rock en travaillant sur des titres relativement courts, en utilisant des riffs (si je puis dire) mémorisables voire en se rapprochant des efforts de déconstruction d’un
SHELLAC, autant ces trois pièces de près d’un quart d’heure chacune portent toutes les marques de l’improvisation,
Zorn donnant l’impression d’avoir laissé une absolue carte blanche au trio, les dirigeant de loin, du bout des doigts. Conséquence immédiate : les titres semblent perdre en cohérence, s’égarant souvent dans des circonvolutions bruitistes à priori dénuées de sens pour l’auditeur standard. Ce n’est donc pas par cette porte que je conseillerais de découvrir la discographie de ce cycle (
The Crucible serait plus adapté), néanmoins, compte-tenu des qualités instrumentales des musiciens en présence, parler de plantage est impossible. On peut cependant être déçu…
Si ce deuxième LP du
MOONCHILD TRIO renvoie l’image d’une complaisance envers des considérations expérimentales absconses, trop éloignées de nos préoccupations fondamentales, nombre de passages nous rappelleront pourtant que l’ambition du New-Yorkais est toujours de proposer sa propre lecture des genres extrêmes, encore très dans l’esprit de
FANTÔMAS mais désormais plus proche de
Delirium Cordia. Ainsi, la verve
hardcore se dévoile vers 08:30 de « Act One », 07:40 de « Act Two », dès le départ de « Act Three », etc. mais ce sont surtout les nombreux moments
jazz qui retiendront mon attention, à l’image de cette séquence basse – batterie hallucinante à 05:40 de l’acte deux ou encore aux alentours de la treizième minute du même titre, cette fois dans l’esprit purement zornien de
The Dreamers qui paraîtra deux ans plus tard.
Et
Mike Patton là-dedans ? Sa prestation a beau être une nouvelle fois géniale ses interventions tombent parfois un peu à plat. Peut-être moins guidé il se replie sur certains automatismes vocaux qui meublent parfois les errances de la section rythmique là où il en était précédemment le soliste. Il reste qu’au regard du jeu de batterie incroyable de
Joey Baron et de sa parfaite entente avec un
Trevor Dunn en état de grâce, adresser des reproches à
Astronome serait vain. Certes, le disque n’a pas l’immédiateté de son grand frère, il ne s’écoutera pas avec la même décontraction car les repères sont mis à mal tout du long : il faudra apprécier les longues plages atonales, supporter l’idée fausse qu’il ne se passe parfois rien durant plusieurs minutes, ce qui peut être éreintant pour les nerfs. Pourtant, au-delà du constat que
Zorn pourrait avoir commis un album qui ne tient debout que grâce au talent de ses interprètes, ce serait perdre de vue l’intensité de l’échange qui même s’il gribouille dans les marges du fait d’une absence de cadre (le final vocal totalement débridé de l’acte 3) s’avère plus riche et expérimental qu’une large partie de la scène
noisecore / hardcore qui, c’est une évidence, n’a pas les ressources et les connaissances musicales pour intégrer l’expérimentation, l’avant-garde et le sens de la performance. Le compositeur sait l’orchestrer, il s’entoure de musiciens qui ont la capacité d’à la fois respecter une partition tout en ayant la culture du débordement pour retomber comme par miracle sur le même temps et c’est certainement en cela qu’
Astronome s’avère fascinant, non pas dans ses éclats de férocité trop rares pour séduire pleinement les fans de
FANTÔMAS mais plutôt dans l’invention d’un langage qui, à mon sens, prendra sa forme idéale au sein de
Six Litanies for Heliogabalus.
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