Est-il si étonnant que l’Australie, terre du bout du monde, des violences coloniales, de la pauvreté et l’alcoolisation des indigènes, terre de
Wake In Fright mais aussi d’une nature paraissant un miroir difformant et monstrueux du reste de la planète, enfante d’un pareil groupe au psychédélisme malsain et cru, le hardcore et le rock fiévreux ne faisant plus qu’un dans un bain de sang couvrant l’horizon ? Question toute rhétorique : il était enfin temps que cela arrive !
Vous l’avez deviné – j’espère, car sinon vous n’avez que deux neurones (mais restez, ça peut quand même vous titiller tant l’on reste dans du plaisir direct) –, Geld est australien et joue un hardcore pas comme les autres. Composé de membres jouant ou ayant joué au sein de diverses formations avant celle-ci, le groupe n’est pas avec
Beyond The Floor à son coup d’essai. C’est cependant avec celui-ci qu’il trouve le parfait équilibre à sa recette, celle de tout mettre au rouge, quittant le simple mélange un peu trop mécanique – la bande allant jusqu’à enchaîner des reprises d’Hawkwind et Sick Of It All à ses concerts.
Ici, tout se mélange et s’accentue, droit vers le mur à presque chaque moment (exception de l’accalmie pleine de menace cachée « Gedankenfleisch »). Une rage qui s’inscrit dans un punk / hardcore énergique, outrancier, similaire dans ses influences crust et metal joué à pleine pédale à la scène japonaise (GISM ; Disclose). Pour autant, Geld, que cela soit d’un côté ou de l’autre du large spectre qui constitue son style, ne s’arrête pas à de simples hommages : en bon révolutionnaire, il prend ce qu’il souhaite et en fait ce qu’il veut, rappelant par flashs nombres de formations sans toutefois coller son sticker au-dessus d’un autre.
On pourra donc penser à l’anarcho-punk de Crass et Rudimentary Peni – la voix glaireuse et offensive proche de celle de Nick Blinko – aussi bien qu’à l’écurie Fysisk Format et ses fricotages avec le black metal, tant ce punk extrême touche du doigt la possession typique d’une partie du genre (« Nocturnal Hand »). Mais fi de cette traçabilité tellement bourrée de drogues diverses qu’il serait vain d’y chercher une appellation d’origine contrôlée : Geld ne contrôle rien et nous emmène dans sa dérive vingt-huit minutes durant. Si l’’impression globale est celle d‘un déferlement de hardcore implacable à la férocité communicative (« Blood Circle », « Trench », « Red Mist » ou « Invader », exemples d’appels au pit),
Beyond The Floor sait suffisamment calmer le jeu pour garder en impact, les ralentissements surlignant les accélérations sur un temps court (le break de « Wild Bomb »).
Pas pour rien que le groupe est signé sur Iron Lung Records (et
ses gérants créateurs d’un powerviolence n’hésitant pas à sortir des sentiers battus) ! Adepte des expérimentations qui augmentent la recette originale sans la délayer, Geld met dans sa tambouille une hargne hallucinogène qui marie violence et transe. L’étiquette psychédélique n’est pas volée, des morceaux comme « Prisoner & Guard », « Infrasound » et « Forces at Work » jouant des couches de guitares pour harceler l’esprit. Il y a un aspect hanté à cette musique dans la tension qu’elle crée, quelque chose qui frôle le cartoon mais s’avère surtout dérangeant et dément.
Cela, pour notre plus grande joie évidemment. Geld perd rarement de vue la jouissance première, les moments tendus trouvant vite leur relâche dans un bain de sang (le rouge de l’illustration est décidément on-ne-peut plus adapté). Dommage qu’il n’y ait pas ici d’explosions en long et large façon
Pulling Teeth, les Australiens ne se dépassant en durée que pour calmer le jeu avant le baroud d’honneur de « LOWAG II » ou hypnotiser de rythmiques cycliques (« Forces At Work »). Mais quand on en est à chercher ce qui manque, c’est bien que ce qui est présent ne déçoit pas :
Beyond The Floor nous porte vers le haut pour mieux nous laisser plus bas que terre. Mais heureux.
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