Voilà un disque qui ne rajeunira personne… Un disque pour se sentir encore plus décrépit, fantomatique, blafard malingre bouffé au vers qu’on ne l’est certainement, maigrichon falot éternellement en dépression, portant sur des épaules harassées le deuil inconsolable de toutes les existences, les pleurs, le deuil, les mort-nés, les veuves en noir, le vampirisme romantique, tel est l’étoffe du
CULTUS SANGUINE de 1997 lorsqu’il débarque chez
Candlelight Records avec son tout premier album :
Shadows’ Blood.
Déjà à l’époque les Italiens sonnaient pourtant comme un groupe kitch : les claviers grandiloquents de
Rex Nebulah, l’emphase déclamatoire de
Ferghieph, nous respirions à plein poumons les miasmes délicieux du
gothic black doom metal, tournant systématiquement autour des portes de la caricature sans pourtant jamais se résoudre à en franchir le seuil. Il faut dire que les trois morceaux d’ouverture (« The Calling Illusion » ; « Ill Sangue » ; « Shadow’s Blood ») s’avèrent être des bijoux arrachés du cou diaphane des plus beaux crépuscules, cette entrée en matière restant encore aujourd’hui à mon gout l’une des plus fascinantes entames qui soient.
Je ne réduirais pourtant pas la formation à ce trio d’orfèvrerie. En effet, la suite ne sera plus qu’une déclinaison de ce qui fait la particularité de
CULTUS SANGUINE, accélérant parfois le pas pour mieux marquer son allégeance au
black metal (« We Have no Mother »), toujours dans une ambiance de villages oubliés, de peuplades arriérées vouant un culte à des lignées consanguines de Nosferatu, quelque-chose de Faulkner peut-être… D’Anne Rice également… Beauté difforme, poétique de l’abject, sentiment de décadence en chemise à jabot, bretelles et redingote.
Le son de ce LP, la façon d’appréhender le style, les climats développées, les lignes de chant, le
spleen qui s’en dégage et qui colle à l’épiderme comme un zona fiévreux, c’est vraiment toute une époque qui remonte à l’esprit aux travers de ces remugles fétides faits chansons. Le disque incarne le désespoir d’une égérie perdue, ils sont là les nobles sentiments bafoués, réunis dans un cercueil vermoulu de sanglots, miroir renvoyant le regard vitreux du presque mort déclamant jusqu’à son dernier souffle des litanies baudelairienne… C’est vrai, la fin de l’album renvoie le visage d’une triste queue de poisson (« Le tombe » ; « Among Shadows ») qui n’était peut-être pas nécessaire car trop atmosphérique et laissant un goût d’inachevé en bouche, mais pour ce qui est du reste, quelle verve ! Canines luisantes ! Bave aux lèvres ! Je n’ai jamais connu mieux dans ce registre à la limite de la ringardise mais que les Italiens ont su porter à son sommet dès leur première œuvre. Même la pochette donne envie d’en finir, de chialer un bon coup en position fœtus.
Je ne retrouverai malheureusement pas les mêmes saveurs en 1999 avec
The Sun of All Tears et le retour
Dust Once Alive de 2023, je ne l’ai pas encore suffisamment exploré pour en avoir une idée définitive, bien qu’il me semble tout de même prometteur… Mais qu’importe, je suis prêt à tout pardonner aux auteurs de
Shadows’ Blood.
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