SOULGRIND faisait partie de ces groupes dont j’espérais un retour. Il y en a quelques-uns comme ça, qu’on attend avec un petit espoir. Car si la mort d’un membre primordial met définitivement fin à une formation, un simple split peut très bien déboucher sur un retour. « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ! » C’est pourquoi je n’ai jamais véritablement tiré un trait sur
THE KOVENANT,
WOODS OF INFINITY,
ANOREXIA NERVOSA ou
SOULGRIND. Oui, ce sera difficile pour certains d’entre eux de vraiment revenir, mais nous avons des surprises tous les ans, donc l’optimisme n’est pas vain.
Et si le retour de
SOULGRIND est un véritable événement, c’est parce que son dernier album en date remontait à 2010. Son absence a duré 16 ans, ce qui équivaut peu ou prou à sa durée d’activité, puisque son premier méfait,
La matanza, el himno pagano, était paru en 1994. Le groupe avait commencé sa carrière avec beaucoup d’éléments liés au death et au doom, puis avait peu à peu évolué, trouvant sa voie personnelle à travers des touches gothiques, puis pagan et folk. Son évolution avait été progressive et cohérente, faisant de chaque album une pièce à part, ou presque. « Ou presque », parce que les trois derniers albums avaient beaucoup plus de points communs entre eux que les précédents.
The Origins of the Paganblood (2005),
Pakana (2007) et The
Tuoni Pathway (2010) étaient tous très bons, mais ils se suffisaient à eux-mêmes et il était sans doute nécessaire de s’arrêter là. Le groupe et son public commençaient aussi à se lasser de cette formule.
Mais au bout de 16 ans, tout le monde a eu envie de retrouver
SOULGRIND. Les fans de l’époque n’ont jamais trouvé d’autres formations proposant des ambiances similaires, façonnées par des personnalités fortes, mais surtout complémentaires. Et la première excellente nouvelle, c’est que ces membres indispensables sont bien au rendez-vous. Ce n’est pas un
SOULGRIND « à moitié » qui est de retour, mais exactement celui que l’on attendait, avec Lord Heikkinen aux guitares, Azhemin aux vocaux masculins et aux claviers, et l’incroyable Tanya Lillith aux vocaux féminins. Tant que ces trois-là étaient présents, la qualité était presque assurée. Ils ont réussi à convaincre JP de reprendre la basse alors qu’il avait quitté le groupe vers 2008, et ils ont recruté des proches de confiance : Micko Hell aux guitares et Suntio à la batterie. Leurs points communs ? Tous deux font partie depuis quelques années de l’autre groupe de Lord Heikkinen,
WALHALLA, et ont également joué au sein de
GLOOMY GRIM (RIP Agathon, au passage…). Les conditions étaient donc réunies pour que les fans espèrent retrouver le
SOULGRIND de l’époque. Mais comme vous le savez, plus on est confiant, plus on nourrit d’espoirs, et plus la déception nous guette : la chute risque alors d’être d’autant plus rude.
Ad Pulchram Mortem est composé de 10 morceaux. Il totalise 66 minutes, avec des titres aux durées variées, allant de 4 à 11 minutes. Le premier va être déterminant, car il va enfin répondre à notre question sur le style choisi pour ce retour. « Nousee musta lintu » commence et se montre rassurant. Il fait surtout office d’introduction, avec uniquement une musique douce sur laquelle Lillith pose sa voix. C’est le côté gothique du groupe qui ouvre l’album, celui qui permettait à l’époque de faire des comparaisons avec
DARK SANCTUARY. C’est un bon titre, mais on se doute qu’il ne s’agit que d’une mise en bouche. Il est suivi par « The Origin of the White Serpent », qui ouvre véritablement les hostilités. Et là, les guitares se lâchent tout de suite dans des ambiances black pagan familières, bientôt rejointes par la voix bien rauque d’Azhemin. Presque trois minutes passent, puis la voix féminine arrive à son tour, offrant ce ping-pong entre les deux chanteurs qu’on a toujours apprécié chez les Finlandais. Là, le fan pousse un ouf de soulagement, car il comprend qu’il retrouve vraiment le
SOULGRIND des années 2000. Il est définitivement rassuré. Il se dit qu’il va passer un bon petit moment, enveloppé dans la nostalgie d’une autre époque. En réalité, il n’est pas prêt pour la suite.
Je n’étais pas prêt pour la suite. Parce que si ces deux premières compositions replantent le décor et ravivent les sensations associées à
SOULGRIND, les titres qui suivent vont enrichir la formule sans jamais la dénaturer. Et il va y avoir des pépites inattendues, d’un niveau jamais atteint jusque-là. J’étais fan des albums des années 2000, mais ici, j’ai eu des coups de cœur à répétition. Les mélodies sont efficaces, l’équilibre entre les vocaux masculins et féminins est appréciable, mais c’est vraiment Lillith qui explose tout. Ses effets de voix, sa capacité à aller aussi bien dans l’aigu que dans le grave, ses placements, son charisme… Tout est majestueux. Que ce soit sur « Jylhä metsämies », « Tears of the Earth », « A Whispered Curse upon the Gale » ou encore « As a Narrow Fjord Descends », je suis bluffé à chaque écoute. Sa voix ! Sa voix est magique. Et la cerise sur le gâteau, c’est le morceau final. « Into the Shadows of Devotion » est un cadeau pour elle, et finalement pour nous. Elle y chante seule pendant 11 minutes, mais elle porte parfaitement le titre et lui insuffle des émotions pures, rares, génialissimes. Je ne suis pas vraiment client des groupes « metal à chanteuse » comme
WITHIN TEMPTATION, dont je ne suis fan que du premier album,
Enter, mais là, je m’incline.
J’espérais que
SOULGRIND reviendrait à la vie, ne serait-ce que pour réveiller en moi quelques sensations proches de celles des années 2000. Mon vœu a été exaucé, mais mes espoirs ont été surpassés, car le niveau général d’
Ad Pulchram Mortem écrase carrément celui de ses prédécesseurs. Je suis conquis, totalement conquis.
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