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Bras d'Honneur - Hate Speech
Chronique
Bras d'Honneur Hate Speech
Bras d’honneur est un tout nouveau venu, dont le nom est rédigé en français, qui s’exprime en anglais, qui est néanmoins ukrainien, qui comprend des membres de Drudkh et Blood of Kingu (Roman Saenko en tête) mais qui n’a aucun rapport stylistique avec le premier nommé et peu avec le second. Bras d’honneur est une sorte d’uppercut. Un bloc ultra rugueux lancé en plein visage, sans aucune fioriture, sans arrangement, brut de chez brut. Bras d’honneur, c’est un bloc de granit ultra compact, très monolithique et sans aucune respiration.
34 minutes, 13 titres, de l’agressivité pure en barre à mine. Du black bien entendu mais aussi du gros death et un louche de bon punk pour assaisonner le tout.
Trench Knife déboite d’entrée, poignée coincée tout en haut du guidon, avec en fond une voix quasi inaudible, noyée dans le mix, dans la violence et dans la vitesse qui écrase tout. Le son est très rugueux, le rythme effréné et la voix est littéralement crachée. Scum of the Earth et Regicide enchaînent sur le même modèle. Les variations existent, elles sont cependant peu nombreuses et, la plupart du temps, noyées dans la masse. Sur Tench Knife, elles apportent un brin d’air au milieu du chaos. Sur Scum of the Earth ou Regicide, elles cassent la dynamique pour alourdir le propos, à bon escient. Ces premiers titres sont à la frontière du war metal par la puissance de feu qu’ils dégagent ; on croirait entendre, par instant, du Beherit ou du Black Witchery pour le chaos, du Impaled Nazarene des débuts pour la vitesse et la folie. Les démons sont invoqués, ils déboulent dans une frénésie perceptible à l’oreille.
Le chant ultra saturé, noyé dans l’écho, et la rythmique répétitive et supersonique alimentent encore la suite de l’album, mais le caractère monolithique s’accentue et l’album perd en variété. Main de Gloire et Eaten Alive by the Pigs s’enchaînent ainsi sans temps mort, sur une structure identique, donnant l’impression de ne faire qu’un, sans respiration aucune jusqu’à cette cassure sur Eaten Alive by the Pigs, l’une des premières, qui aurait gagné à constituer la norme dans ce type d’album très étouffant. Cette linéarité se ressent encore dans l’enchainement Crown of Nails / Stench of the Rotten Blood qui fonctionne comme un seul assaut ultra brutal mais sans variation, sans accroche spécifique.
C’est bien là le principal écueil. Là où Hate Forest apporte des variations ultra mélodiques, des ruptures de rythmes qui offrent du relief à sa musique et lui confèrent son caractère onirique en dépit d’une violence débridée, Bras d’Honneur base tout sur l’agression. Or, ce qui fonctionne bien sur quelques titres a plus de mal à accrocher l’auditeur sur 35 minutes. De la même manière, la voix ultra haineuse noyée dans le mix marche bien chez Beherit parce que son black est rampant, très doomy et qu’elle offre encore davantage de profondeur gutturale aux morceaux. Or, dans des titres de 2 minutes en moyenne, cette voix s’avère assez vite limitée dans son pouvoir évocateur.
Poisoning the Hearts with Malice, le titre le plus long avec plus de 4 minutes, tente d’apporter autre chose. Le rythme est plus lent, le son très nettement plus lourd et la batterie, plus saccadée, plus mordante. La voix prend ici une dimension supplémentaire, comme énoncée ci-dessus, précisément parce que la rythmique lui laisse de la place. Ce que le titre perd en intensité, il le gagne en profondeur. Ce ne sera pourtant qu’une parenthèse. Disemboweled, Goat Rapists et Judas Cradle fileront à leur tour à la vitesse du son, seul Disemboweled s’essayant à une variation de rythme fort à propos, très dynamique, bien plus efficace que le tabassage en règle. En général, sur ce titre en particulier, le côté punk vient littéralement sauver le morceau en lui offrant une grande dynamique, comme on en trouve chez Bastard Priest par exemple. Et ce sont bien ces aspects punks qui font le plus défaut sur cet album et qui l’empêchent d’échapper à une forme de monotonie préjudiciable.
Cet album aurait pu être une tuerie totale si les idées développées sur Disemboweled ou sur Poisoning avaient été exploitées autrement qu’en quelques minutes. En s’appuyant quasi exclusivement sur l’agression, Bras d’Honneur délivre un album très intense mais aussi trop linéaire.
| | Raziel 4 Octobre 2026 - 626 lectures |
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