chargement...

haut de page
Remontez pour accéder au menu
221 visiteurs :: Invité  » se connecter  » s'enregistrer
Robert Hakemo » Jason Hellman »

Orakle - Eclats

Chronique

Orakle Eclats
Je ne connaissais Orakle ni d’Eve ni d’Adam. Le groupe m’était en tout point inconnu et j’aurais parfaitement pu poursuivre ma vie de mélomane sans que mes oreilles ne croisent cet « Eclats ». Les murmures des copains d’Apathia Records puis la découverte de la pochette feront germer en moi un désir acéré de me procurer l’album : j’avais une sorte de fascination étrange pour cet objet à l’œuvre d’art énigmatique, me renvoyant des années en arrière lorsque je visitais « le champs des divinités païennes » du sculpteur Robert Le Lagadec. Ce fut également non sans un certain plaisir que je redécouvrais le plaisir d’acheter un CD sans en imaginer le contenu…

Donner une image à sa musique, ce n’est jamais gratuit. Et le geste de réaliser une pochette d’album ne devrait jamais être sous estimé puisque définitivement, celle-ci reste le reflet de l’œuvre. D’un point de vue marketing d’abord, mais également dans ce qu’elle dit du contenu. Dans le cas d’Eclats, rarement j’aurais pu constater une telle intimité entre une œuvre musicale et son illustration. Il y a une sorte d’évidence inouïe dans la représentation : une justesse parfaite entre le choix de ces sculptures grotesques, leur mise en scène aquarellée et la musique. Analogie remarquable qui renvoie à ces temps où les artistes étaient en quête de l’œuvre d’art totale.

Il ne m’a fallu que très peu d’écoutes pour m’accrocher à cet album. A moins bien sur, que ce soit lui qui m’ait mit le grappin : en témoigne la façon dont les mélodies s’enracinèrent dans ma tête, allant parfois jusqu’à m’empêcher de dormir (véridique). Le travail du métal – décharné et fiévreux – de Le Lagadec se transpose à la musique. Les carcasses sont écorchées, violemment assemblées entre elles et finissent par composer un ensemble qui sans être structuré, dessine un paysage. Un paysage de corps humanoïdes vulgaires. Dans ce sens, il m’apparaît inutile et vain de décortiquer chaque chanson dans le sens où il faudrait en isoler les instruments (il serait dérisoire de désosser les colosses d’acier pour retrouver la destination primaire et honteuse de chaque pièce). C’est l’ensemble qui est important. C’est le geste artistique qui consiste à faire jaillir la beauté de la laideur. De la juxtaposition des agrégats d’instruments et de rythmiques bâtardes – semblant parfois jetées sans transitions à nos oreilles – ressort d’ailleurs une continuité inattendue. Car la musique est intrinsèquement irrégulière et accidentée, pleine de convulsions et de saccades. Les sonorités et les ambiances très diverses se côtoient pour former un ensemble complexe sans jamais se fausser dans le compliqué. Et malgré le trouble que peut provoquer la première écoute, le tout prend corps pour former une œuvre musicale complète de huit chansons surréalistes.

Mais l’œuvre est-elle pessimiste ? Oui, probablement.
Eclats est une narration. Un essai littéraire tentant de décrire en quelques lignes, quelques chansons, un enfer terrestre d’humains burlesques et pathétiques : la misère d’individus résolus à évoluer dans un monde qui n’a fondamentalement aucun sens. Ce n’est globalement pas très joyeux, mais l’album suinte d’une étrange fraicheur. La musique accompagne le texte, le texte accompagne la musique : d’un côté clameur rugueuse, de l’autre mélodie lancinante. De la même manière que pour les instrumentations, la voix devient un fragment – qui certes mixé en avant – participe à la confection du tout. Après cela, certains reprocheront l’écriture un tant soit peu emphatique d’Eclats, portée par des textes très « écrits». Dans le même sens, le français en rebutera plus d’un. De mon côté, je préfère y retrouver l’expression de cette complexité, de débris jetés ensemble et qui, une fois accumulés, font apparaître une beauté inespérée. Sur la longueur, le texte prendra d’ailleurs une allure de texture, jalonnée de métaphores et d’images que chacun s’appropriera intimement. L’utilisation du français permet d’ailleurs cette promiscuité : elle n’en est donc que plus salutaire.

Eclats se révèle au fil des écoutes. Il se creuse pour constamment surprendre, nous invitant petit à petit à contempler son paysage intérieur. Et à l’image des sculptures de Robert Le Lagadec, probablement que l’album conservera une part de mystère indéchiffrable. Une aura que seuls les grands albums entretiennent au fil du temps. Je vous le dis, tout cela est exquis.

DONNEZ VOTRE AVIS

Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.

AJOUTER UN COMMENTAIRE

 
Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.
Orakle
Metal Progressif
2015 - Apathia Records
notes
Chroniqueur : 9.5/10
Lecteurs : (3)  8.17/10
Webzines : (14)  7.5/10

plus d'infos sur
Orakle
Orakle
Metal Progressif - 1994 - France
  

tracklist
01.   Solipse
02.   Incomplétude(s)
03.   Nihil Incognitum
04.   Apophase
05.   Le sens de la Terre
06.   Aux Éclats
07.   Bouffon Existentiel
08.   Humanisme Vulgaire

line up
parution
11 Mai 2015

voir aussi
Orakle
Orakle
Uni Aux Cimes

2005 - Melancholia Records
  

Essayez aussi
In The Woods...
In The Woods...
Diversum

2022 - Soulseller Records
  
Ayreon
Ayreon
The Source

2017 - Music Theories Recordings
  
Dream Theater
Dream Theater
Octavarium

2005 - Atlantic Records
  
Devin Townsend
Devin Townsend
Empath

2019 - InsideOut Music
  
Kong
Kong
Traders of Truth

2023 - Indépendant
  

Album de l'année
Centinex
Doomsday Rituals
Lire la chronique
La photo mystère du 16 Mars 2026
Jouer à la Photo mystère
10 ans de vidéo SAKRIFISS / Le top 50 des groupes marquants
Lire le podcast
Cryptic Shift
Overspace & Supertime
Lire la chronique
Deathraiser
Forged In Hatred
Lire la chronique
R.I.P. Soldier
The True Soldiers Never Die
Lire la chronique
Cro-Mags
Best Wishes
Lire la chronique
Venthiax
Rites Of Ra (EP)
Lire la chronique
Archaic
The Endgame Protocol
Lire la chronique
La photo mystère du 1 Mars 2026
Jouer à la Photo mystère
Slakter
Infernal Exekution Reign
Lire la chronique
Norwalk
Psycho Mirror
Lire la chronique
Megadeth
Megadeth
Lire la chronique
None So Live - Cyrptopsy / 200 Stab Wounds / Inferi / Corpse Pile
Lire le podcast
Breizh Death Metal Party 2 Live Report
Lire le podcast
Agressor
Deathreat
Lire la chronique
Deathraw
Reduced To Ashes (EP)
Lire la chronique
Cro-Mags
The Age Of Quarrel
Lire la chronique
Barbarian
Reek Of God
Lire la chronique
La photo mystère du 16 Février 2026
Jouer à la Photo mystère
D.R.I.
Dirty Rotten EP (EP)
Lire la chronique
Furi Helium
No Altar Stands Eternal
Lire la chronique
Power Abuse
Madness Inside
Lire la chronique
Kreator
Krushers Of The World
Lire la chronique
Dementia
The Insanity Chronicles
Lire la chronique
Live Report Tanork - Skelethal
Lire le podcast
Crystal Sun
The Trace You Left
Lire la chronique
Live Report Esodic - Anthares
Lire le podcast
La photo mystère du 1 Février 2026
Jouer à la Photo mystère
Dreaggan
Eternal Fire (EP)
Lire la chronique
Misfire
Product of the Environment
Lire la chronique