“La rave party façon Metal, le trou underground, le freeparty Metal fest”… les expressions ne manquent pas pour qualifier « c'glorieux foutoir » (copyright l’organisatrice) unique en son genre. Découvert il y a 2 ans à l’occasion de sa 4e édition, je n’avais pas pu y retourner en 2025. Dispo cette année, je constate en plus que l’événement prend de l’ampleur, avec 16 groupes à l’affiche. Je m’empresse alors de réserver mon week-end et m’apprête à revivre l’expérience.
Pas de plot de chantier pour indiquer le « chemin » à prendre à travers champs cette fois. Heureusement, on a prévu un arc-en-ciel pour nous guider.
VENDREDI
BRANKAR
Quel programme pour le duo de Metal instrumental chambérien qui ouvre ici à 18h30, avant de donner une nouvelle représentation quelques heures plus tard au Savigny Punk Fest. Le jeune projet (tout juste un an) se lance devant une audience certes encore timide, mais ses rythmes entraînants ont déjà attiré de premiers
headbangers. Rudy et Loïc explorent différents territoires (Punk, Rock-Funk, Thrash…) et démontrent qu’une guitare et une batterie bien inspirées peuvent suffire à créer une ambiance riche et accrocheuse. Au point que leur performance est qualifiée d’« excellente », ou encore d’« incroyable ». Une très bonne façon de lancer les hostilités. À revoir et à écouter à la maison.
HUMAN PROJECT
La pluie laisse place au quartet francilien se qualifiant de « Punk Rock Grunge Core ». Un sacré
crossover qui me fait momentanément penser au groupe de Fusion
RAGE AGAINST THE MACHINE. Leur singularité ainsi que les deux voix (le bassiste épaule le vocaliste en titre) semblent produire les éléments propices au démarrage de la séance de combats de caddies. Le chanteur joue lui-même le jeu en grimpant dans un chariot (micro en main). L’affluence permet maintenant un
pogo et elle répond favorablement à la demande d’un
circle pit de caddies pour bien terminer le
set.
DIFAMACIÓN
« Un rejet sincère et direct de l'ordre établi », tel est le slogan de nos Colombiens qui apparaissent masqués, chacun à leur façon. Ils sont trois à hurler leur rage contre le sexisme, le racisme, l’homophobie et le suicide. Leur Hardcore Punk Crust est violent et déborde d’énergie. Ça se voit qu’ils sont en colère : « Ça envoie du pâté », puis-je entendre en commentaire dès la fin du premier morceau. Évidemment, cela occasionne un
pogo, même si un gentleman préfère proposer une sorte de danse rock à sa partenaire. L’anecdote, c’est qu’il la lâche malencontreusement et, le sol étant glissant, cette dernière finit à terre !
GLUBSILAK
En 2024, Ré de
G.Z.P. et de
GORUPTED nous présentait en ces lieux
CAMPYLOBACTER, sa « bouillie de cybergorenoise putride ». Pour cette édition, il se fait accompagner d’Axel au chant, à l’occasion de la première date d’un nouveau projet (du Slam Death). Je me réjouis tout d’abord de leur présence : cela signifie que le GlubsiBus a pu emprunter la piste boueuse menant jusqu’au festival ;-). Ensuite, je me délecte du
growl et des
pig squeals venant renforcer le son écrasant à souhait de la guitare et de la boîte à rythmes. Cela relance la partie de
Brutal caddies, invite le jongleur à se mettre en piste… et fait retomber la pluie. Alors, tous sous les tonnelles (mis à part quelques vaillants qui restent devant la scène) ! Un premier EP a été annoncé pour bientôt : on l’attend !
FAILLÏTE
Ha, du « Grind hardcore de caves » de Montreuil qui vient se produire en forêt, ça promet ! C’est peut-être pour ça qu’ils se foirent sur la première : le besoin de s’adapter à ce nouvel environnement ? Ce n’est rien, ils recommencent et c’est parti pour du très rapide. À peine le temps de se mettre dans le rythme que le morceau est fini. C’est du Fast ! On vous avait parlé du trio dans le
live report de l’
Eurohorror Tour Vol 666, auquel vous pouvez vous référer pour davantage d’informations. En plus du cadre naturel, les différences ce soir résident principalement dans un
featuring avec Grô Bah-taar (de
GRÔ BAH-TAAR et de
PISSDRUNK BRIGADE), de la venue du cracheur de feu pendant leur
show et d’une dernière (avant rappel) qui n’avait encore jamais été jouée en concert. Forcément, ça donne envie de se bousculer !
CRYPTIC PROCESS
C’est le duo valenciennois qui nous fait passer brutalement du vendredi au samedi. Je suis bien content de le revoir car sa première venue à Paris en
mai 2024 (avec
INHUMATE) m’a laissé un excellent souvenir. Par ailleurs, il a sorti un EP depuis (
Gulps), qui a marqué notre rédaction. Le guitariste Ugo est rapide, et sans pitié avec la lourdeur des riffs qu’il nous assène. Du côté du chanteur Dam, sa voix est impressionnante et il se présente en pleine forme (il court sur place). Les festivaliers sont tout autant actifs en profitant de la dernière occasion de la nuit de se défouler. Ils se lancent en effet successivement dans un
circle pit et un
pogo, ce dernier grossissant quand l’ultime chanson est annoncée. Quant au ballon sauteur qui est arrivé dans le
pit de je ne sais où, il prend des coups de tatanes, voltige et c’est par miracle qu’il ne termine pas dans le feu !
SAMEDI
MORVE
LÉO x GÉRARD ne pouvant assurer son
show, le projet signé chez
Cracra Records est remplacé au pied levé par une entité qui semble renaître de ses cendres :
MORVE. Ce samedi, le duo est un
one-man band en la personne de Tang, qui – en homme de goût – porte un joli t-shirt
BROZERZ. Est-ce cette configuration, ou bien l’éloignement du public qui lui fait dire « Je me sens seul, rapprochez-vous » ? Quelle qu’en soit la raison, un spectateur au sens de l’humour affûté n’hésite pas à lui répondre « Achète-toi un chien ! ». Mais il en faut plus à notre Nordiste pour se décontenancer, et il déroule son répertoire de Nasal Grind en tenant fermement son micro en mains. Avec ce retour, la question est maintenant de savoir si une suite sera donnée à
Pisse moi dessus, qui me semble être le dernier enregistrement en date des gredins.
PISSDRUNK BRIGADE
La brigade des pochtrons est composée de Monsieur
GRÔ BAH-TAAR (guitare, chant), ainsi que d’Axl (basse, chant) du groupe de Black Metal
KOLDKRYPT. La somme des deux ne peut être qu’inquiétante et forme un Blackened Schyzo Grind qui aime alterner compositions barrées à reprises diverses et variées. Mais qui dit pochtrons, dit difficultés à chanter après la soirée du vendredi. Qu’à cela ne tienne, il suffit de demander qui parmi l’assistance est disposé à venir prêter main-forte. Et il se trouve que de nombreuses personnes se portent volontaires pour cet effort collectif, dont Manu de
SERPILLÈRE, et Haine d’
ANTILIFE, également invité pour la
cover de « Freezing Moon ». Les deux comparses s’en sortent donc bien, ce qui est par ailleurs remarquable pour la première fois qu’ils jouent ensemble.
COLOSCOPY
Un mois après le DimFest, les Liégeois remettent le couvert pour un autre événement privé. Ce qui est spécial aujourd’hui, c’est qu’il s’agit leur première date hors Belgique : il faut fêter ça ! L’équipe est d’attaque pour frapper fort avec son Slamming Death Metal qui plaît aux festivaliers. Le genre est très codifié, le trio apporte cependant sa touche avec des aspects tantôt Deathcore, tantôt Slam’n’Roll, sans oublier un solo remarqué ni la participation au chant d’un invité (Dimitri de
BOULETTES SAUCE LAP1 !). Ça prend bien dans le public, avec
circle pit et
pogo en réaction. Il y a même un rappel mais le chanteur explique que c’est tout ce qu’ils ont, donc ce sera pour une prochaine. Il ajoute que l’EP arrive bientôt, on va surveiller ça de près.
BOULETTES SAUCE LAP1 !
On reste en Wallonie (et avec le guitariste de
COLOSCOPY) dont une spécialité culinaire est la boulette liégeoise (viande hachée, sauce au sirop, bière et oignons). Cela a donné une idée de nom à ce quintette de « Trve Alcoholic Brainless Metal » qui s’empare de la gastronomie pour écrire les textes les plus débiles possibles. Ainsi, entre quelques reprises (dont « Dernière danse » de
KYO), les Belges nous offrent « Des Frites Des Frites Des Frites », « Pipi Pipi - Bière bière », « Du Beurre Des Bites Du Jack Daniel’s », « Kaiser power - Cara caca ! » ou encore « Des Brocolis » (emprunté à leurs compatriotes de
MASTER OF TKT 2.0). Dotés d’une forte dose d’autodérision, les gus savent également se moquer des Français (c’est de bonne guerre) et de leur auditoire («
On est une bande de décérébrés et je vois qu’on est tombé au bon endroit ici »). Enfin, ils ont une méthode imparable pour lancer un
circle caddies : nous jouer « Éclate ton hémorroïde » ! Un groupe de festival qui met l’ambiance !
SERPILLÈRE
Armé de son nunchaku, le jongleur tente d’exploser au vol des pommes de terre qu’on veut bien lui lancer. Pendant ce temps, le trio de Grindcore crasseux s’installe et on sait qu’on va passer un bon moment. Contrairement à leur
concert de juin au Zorba, Manu est cette fois présent pour secouer la basse, et donner la répartie à son frère. Ainsi le ping-pong de vociférations amplifie la cadence de l’enchaînement de titres aussi subtils que délirants. Ils sont applaudis, puis nous annoncent qu’ils vont profiter d’être au milieu de la forêt au moment où le soleil va se coucher pour jouer un titre typé Black Metal. C’est convaincant puisqu’il y a un rappel ! Merci pour ces 25 minutes engageantes et pour les clins d’œil à
DEFECAL OF GERBE et
PENDRAK.
SUNSHINE FRIENDSHIP CLUB
Si vous trouvez les compositions de
SERPILLÈRE et de
FAILLÏTE trop longues, nous tenons votre homme. En effet, pour ceux qui ont une durée d’attention limitée, Mike - un Américain basé à Prague - a développé, en projet solo, un concept de micro-grindviolence. Chacun de ses trois « albums » dure entre 30 secondes et deux minutes, et il nous déroule ce soir une
setlist de 29 chansons pour un total d’à peine cinq minutes. Ce n’est pas tout : il commence par courir partout comme un fou, saute au-dessus du feu, se roule par terre… « Où est-ce qu'il trouve toute cette énergie ? » pourrait-on se demander ;-) Comme si cela ne suffisait pas, il nous distribue des autocollants d’anus à se mettre… là où on veut !
BARBARA
Mike change de tenue, attrape sa guitare et rejoint ses deux compères pour enchaîner avec le commando Death/Grind que vous verrez parfois stylisé
B4rbar4 ou
B4rb4r4. Quant au jongleur, bientôt accompagné du cracheur de feu, il revêt ses plus beaux atours et nous émerveille en faisant tourner ses torches enflammées à la nuit tombée. Ce cadre nocturne sied particulièrement bien au trio tchèque car de leur musique brutale émane également un côté sombre. Les tempos sont variés mais surtout rapides. C’est intense et on ne cesse d’être assailli par les cris des deux gratteux et du batteur, tous trois équipés d’un micro. Bien sûr la fosse montre son appréciation, notamment pendant la dernière, extraite d’un nouvel album à venir probablement d’ici l’année prochaine. Une affaire à suivre et une grosse découverte pour moi !
MUERTISSIMA
Si comme moi vous les avez ratés au Klub en février avec
CORROSIVE ELEMENTS et
PUTRID OFFAL, il est temps de se rattraper. Cela commence bien, grâce à une ambiance rythmée par des percussions qui mettent en jambes, et grâce à Simon (guitariste chanteur) qui avance de plusieurs mètres afin de se poser parmi nous. Comme le quartet a publié son deuxième album cette année (
Prophecy), c’est l’occasion de nous faire vivre en
live de récents morceaux de son Death Metal particulièrement énergique. Les supporters de la formation parisienne lancent des « hey, hey » avant de partir en
circle pit, puis d’applaudir. C’est là que Simon s’adresse au parterre d’acharnés en expliquant que c’est l’heure du
wall of death. La foule se sépare donc en deux camps qui se préparent, s’épient, puis foncent joyeusement l’un contre l’autre. Un moment mémorable du festival ! Le groupe, qui fêtera ses 10 ans l’année prochaine, procède aux remerciements et sort une sulfateuse (en jouet) à notre grand étonnement (après le pistolet à bulles de
GRUIIIIK en 2024, décidément). Il explique qu’une « mini teub » en sortira et que celui qui la récupérera gagnera un cadeau. Merci pour l’instant kermesse !
Si vous n’étiez pas là ou si vous voulez revoir les Muertos, sachez qu’ils sont programmés pour le 19 septembre au Tchou Tchou Charbon, à Paris.
OGARYA
Le quartet aime projeter une bande visuelle en fond de scène mais la configuration ne s’y prête guère ici. Alors les Isariens ont l’idée de diffuser leur film sur un écran plat, ce qui permet tout de même de s’imprégner de leur univers de science-fiction et de lire les paroles qui défilent. Pour en dire plus sur leur concept, ils ont imaginé un système stellaire, avec le projet de dédier chacun de leurs EP à l’une des sept planètes qui le composent (ça me fait penser à l’heptalogie d’
INHUMATE qui aborde les différentes étapes de la vie). Les autres aspects qui soutiennent la démarche sont l’utilisation intensive du clavier, des jets de fumée et le port pour nos quatre extraterrestres d’un t-shirt noir avec un logo jaune visiblement tiré de leur cosmogonie. Musicalement, ils évoluent dans un Death Metal technique, dont les titres sont entrecoupés d’intermèdes pendant lesquels une voix féminine apporte des précisions sur le sujet développé. Pour en savoir davantage, je vous invite à lire la chronique de Sosthène qui détaille l’opus
Nexus. J’ajoute quand même que l’on retrouve deux membres de
SPLICE au
line-up et que le chant est ultrapuissant, allant même chercher plusieurs fois de façon surprenante du côté du
pig squeal. En parlant des artistes, Alex, à la basse, est remercié pour avoir rapidement appris tous les morceaux afin de dépanner l’équipage pour trois dates. Je conseille à tous les amateurs de
Technical Death frontal, fans d’imaginaire dystopique spatial (voir aussi
ÆTHĔRĬA CONSCĬENTĬA pour cette thématique).
ANTILIFE
L’organisatrice écrivait que ce quintette allait jurer avec le reste de l’affiche. C’est vrai que du DSBM en clôture après deux jours de Hardcore, Death Metal & Grindcore, c’est inattendu. D’autant plus que
DIFAMACIÓN chantait la veille contre le suicide, et que « Born to be alive » passe pendant que les Nordistes se préparent (mdr). Il faut néanmoins reconnaître qu’un public commun existe, et puis c’est la magie du festival de rassembler au-delà d’une catégorie (mon acolyte Benoît relève d’ailleurs une certaine diversité parmi les festivaliers). Les maniaques revendiquant le slogan « Satan and Suicide » se présentent évidemment recouverts de
corpse paint, l’ambiance est posée. Dès que les premières notes résonnent, le chanteur (Haine, également derrière les fûts de
BARBARA) commence par pogoter violemment avant de se rouler par terre. Tout comme son chant souvent très haut perché, c’est déconcertant ! Puis, il déambule dans l’assemblée avant de se diriger vers les planches pour se prostrer face à la horde. Il ne reste pas sur scène, des jets de fumée renforcent le côté sombre et le cracheur de feu nous encourage à enflammer nos mains, c’est un vrai spectacle. L’attention portée à Haine risque toutefois de reléguer les musiciens au second plan, alors qu’ils assurent en
background. C’est en tout cas un succès (l’auditoire scande «
ANTILIFE » !) et les titres comme « Don't Ask For Love When You Hate Yourself » passent finalement bien auprès d’une audience que l’on peut plutôt imaginer branchée « Grindcore is Love ». Un show marquant.
Encore une édition notable, dotée d’une programmation véritablement internationalisée (bientôt « les JO du Punk & du Metal ! ») ; le fest gagne en envergure ! Ceci dit, il reste largement underground, c’est ce qui le caractérise, et c’est ce qu’on aime. Il faut donc être souple sur les changements de line-up et de running order de dernier moment, et accepter d’aller dégueulasser sa caisse pour se retrouver au milieu de nulle part.
Mon estomac a été heureux de retrouver les délicieux cheese naan et les saucisses cuites sur place (viande/végé). Et quand il a fallu rincer le gosier, la bière Kapittel a fait un excellent travail. Tout cela pour une modeste contribution. On me pose souvent la question du son : sachez que c’était à nouveau à la hauteur, félicitations à Clément et Corentin. Niveau public et style vestimentaire, comme évoqué plus haut, c’est très varié : du mec en monokini-string très échancré jusqu’au dandy et à la Gothic girl.
Bon, il est 2h13 du mat… Le truc est maintenant de sortir de la carrière et de retraverser les champs en pleine nuit. Comme un fait exprès, l’arc-en-ciel qui m’avait guidé le premier jour a cédé la place à une pleine lune brillante qui va m’éclairer jusqu’à ce que je rejoigne la route :-).
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