Normalement, vous n’avez pas pu passer à côté du phénomène Castle Rat. Déjà parce que vous êtes des lecteurs assidus qui en élèves appliqués lisez évidemment toutes nos chroniques sans exception, pas vrai ? Ensuite et plus probablement parce qu’on en parlé un petit peu partout quitte à frôler l’overdose et, comme diraient certains, l’excès de "hype. Si j’ai toujours eu un peu de mal avec cette expression, surtout dans des scènes où vendre plus de 1000 exemplaires de quoi que ce soit relève désormais de l’exploit (pour rappel, et à titre d’échelle, nous sommes quand même plus de huit milliards à occuper notre chère planète Terre), il convient tout de même de reconnaître que le groupe originaire de Brooklyn, New-York, a très vite su capter l’attention des amateurs de Doom un brin épique, dépouillé et naïf.
Fort de ce succès d’estime et souhaitant probablement profiter encore un petit peu du buzz généré par la sortie de son premier album (
Into The Realm) et de ses prestations scéniques pour le moins théâtrales, Castle Rat n’aura pas mis bien longtemps pour remettre le couvert puisque moins d’un an et demi aura été nécessaire pour la composition, l’enregistrement et la sortie d’un deuxième album intitulé
The Bestiary. Un disque paru en septembre dernier toujours chez King Volume Records et qui comme chez Ghost témoigne de quelques changements d’effectifs malgré des pseudonymes restés inchangés (Franco Vittore aka The Count arrivé dans les rangs de la formation en tant que nouveau guitariste un peu avant la sortie du premier album et Charley Ruddell aka The Plague Doctor arrivé quant à lui à la basse l’année dernière).
Si le caractère effectivement dépouillé d’
Into The Realm a largement contribué à son charme, Castle Rat a tout de même profité de l’occasion qui lui était donnée pour, en matière de production, tenter de monter en gamme. Enregistré par Randall Dunn (Ash Borer, Bell Witch, Eagle Twin, Earth, Jex Thoth, Khanate, Sunn O))), Wolves In The Throne Room...) puis mixé et masterisé par Jonathan Nuñez (guitariste de Torche ayant collaboré avec des groupes tels que Black Cobra, Caveman Cult ou Mantar),
The Bestiary a effectivement pour lui une production plus ronde, plus puissante, plus soignée et globalement plus flatteuse qui devrait à n’en point douter ravir les oreilles du plus grand nombre en plus d’apporter peut-être un petit peu plus de prestance à l’ensemble.
Alors évidemment, lorsque vous tenez entre les mains une formule qui semble faire l’unanimité, vous ne vous pressez pas particulièrement pour y apporter de quelconques changements, aussi subtils soient-ils. Vous ne serez donc probablement pas surpris d’apprendre que rien n’a vraiment changé du côté de Castle Rat si ce n’est la durée bien plus conséquente affichée ici. Composé de treize titres (contre neuf pour son prédécesseur),
The Bestiary est effectivement plus long de seize minutes. Un total de quarante-huit minutes qui sur la balance ne se fait pas particulièrement ressentir déjà parce que la durée de chaque titre ne s’est pas spécialement allongée mais aussi et surtout parce que le groupe a su conserver tout au long de ces trois quarts d’heure bien tapés le même degré d’efficacité et de charme qui à l’époque ont fait le sel d’
Into The Realm.
Mené par la talentueuse Riley Pinkerton toujours très en voix, Castle Rat déroule son Doom traditionnel et féminin avec toujours autant de réussite. Une musique qui doit encore énormément à Black Sabbath même si on sent poindre tout au long de ces quarante-huit minutes non pas un désir d’émancipation mais une envie d’élargir quelque peu le spectre des possibles. De l’agressivité débridée et surprenante de ce break thrashisant proposé sur "Siren" à 2:14 (avec en plus un petit côté Mastodon pas désagréable) à ces quelques titres beaucoup plus atmosphériques ("Crystal Cave" et ses arrangements classiques menés à grand renfort de cordes frottées, "Wolf II" et son aspect simple et dépouillé (guitare acoustique, chant épuré, nappes synthétiques), "Summoning Spell" et ses ambiances lumineuses et spectrales façon elfes sylvestres) en passant par "Sun Song" et ses deux derniers tiers totalement instrumentaux, il est clair que Castle Rat, sans dévier de ce Doom qui le caractérise, prend plaisir à s’affirmer en insufflant quelques touches de fraîcheur à une formule calquée dans les grandes lignes sur celles de nombreux grands anciens.
Riffs plombés qui trainent doucement la patte, son chaud, vibrant et réconfortant, ambiances poussiéreuses et occultes avec toujours ce délicieux soupçon de Sword & Sorcery à la sauce Conan The Barbarian / Dungeons & Dragons, soubresauts Heavy / Rock afin d’apporter tout de même une pointe de contraste, vocalises féminines éthérées et diablement envoûtantes, mélodies et refrains accrocheurs aux intentions presque Pop, solos et autres leads mélodiques et épiques ainsi qu’un certain sens du groove sont donc une fois de plus au rendez-vous et devraient à n’en point douter séduire tous ceux déjà tombés précédemment sous les nombreux charmes de Riley Pinkerton et ses compagnons d’aventures ainsi que vous autres, petits nouveaux prédisposés à apprécier ce genre de sonorités et d’univers, tombés sur cette formation au hasard - par exemple - de cette publication...
Cracher sur tout ce qui "buzz" est une activité facile que tout le monde pratique, même ceux qui s’enorgueillissent du contraire. Malgré tout, si j’entends que le succès de Castle Rat puisse en agacer certain, je suis de ceux qui restent convaincus que les Américains méritent amplement tout ce qui leur arrive. Car si un soin évident est accordé à l’univers que le groupe dépeint dans ses paroles, dans ces costumes que les membres arborent sur les planches ou bien encore dans ces mises en scène théâtrales visant à une immersion encore plus poussée, on peut décemment affirmer que le même soin est apporté à l’écriture et à l’interprétation de ce Doom certes assez peu original mais diablement efficace et bien troussé pour qui n’est pas réfractaire à ce genre de formule aux refrains et aux mélodies parfaitement calibrées. Bref, Castle Rat ne déçoit pas avec ce deuxième album et confirme par la même occasion que nous avions raison de voir en lui un groupe tout à fait digne d’intérêt même si, l'effet de surprise étant quelque peu passé,
The Bestiary perd un petit demi point dans la bataille.
Par Jean-Clint
Par Lestat
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Sosthène
Par Keyser
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Lestat
Par Jean-Clint
Par xworthlessx
Par Ikea
Par AxGxB
Par Jean-Clint
Par Sosthène
Par Lestat
Par Krokodil
Par Niktareum