Disparus discrètement des radars après la sortie en septembre 2017 d’
Always Higher, un second EP qualitativement un poil en deçà de son excellent prédécesseur intitulé
Sorcery Of The Damned, j’avais fini par me faire à l’idée de ne jamais revoir les Chiliens d’Oraculum. Aussi qu’elle ne fût pas ma surprise lorsque fin octobre le label irlandais Invictus Productions avec qui la formation est en affaires depuis maintenant plus de dix ans annonçait sur ses réseaux le retour de ce groupe prometteur originaire de Rancagua.
Un retour effectué par la grande porte puisque ces huit années d’absence auront été mises à profit afin de composer et d’enregistrer un premier album que nous n’attendions plus. Intitulé
Hybris Divina que l’on pourrait traduire par "divine transgression", ce premier longue-durée affiché à plus de quarante et une minutes se compose de huit nouveaux morceaux. Des compositions enregistrées dans les murs de l’Equinox Studio sous la houlette du chanteur / guitariste Eric Brisso (également en poste chez Deathwards, Theurgia et Wrathprayer) et masterisées au Royaume-Uni par monsieur Dan Lowndes que l’on ne présente plus. Enfin, pour en finir avec cette présentation, saluons l’élégance de cette illustration lumineuse dont le message me paraît assez clair puisque l’on peut y voir un homme cherchant à s’émanciper du poids des religions dans le but d’atteindre une certaine forme d’extase et de liberté.
Pour cette reprise d’activité quelque peu inespérée, Oraculum n’a à première vue rien voulu changer à sa formule. À cela rien de très surprenant pour un groupe sud-américain dont les principales influences se situent en Europe au tout début des années 90. Ainsi et même si la géométrie du groupe a été quelque peu chamboulée avec l’arrivée en 2021 de Ricardo Tillería Ochoa (guitare) ainsi que d’un nouveau bassiste qui depuis l’enregistrement de ce premier album a cependant quitté le navire, on va retrouver notamment le même type de production ayant contribué, au moins en partie, aux charmes des deux premiers EPs de la formation. Une production abrasive et dénuée d’artifices inutiles et ronflants qui ne pouvait pas mieux convenir à ce genre de Death Metal toujours aussi respectueux des traditions et autres us et coutumes en vigueur dans le milieu.
Aussi parmi les groupes similaires listés sur Metal Archives, on trouve notamment Asphyx, Excoriate et Venenum. Ce sont pour moi ceux qui effectivement se rapprochent aujourd’hui le plus d’Oraculum et de son Death Metal poussiéreux, sinistre et habité (même si je serai également tenté d’y ajouter les Norvégiens d’Obliteration). Cependant, s’il n’est pas d’une très grande originalité, celui-ci n’en reste pas moins suffisamment soigné et personnel pour ne pas trop sentir le réchauffé. Outre cette production rugueuse rappelant les premiers faits d’armes des Chiliens,
Hybris Divina renoue également avec une certaine dynamique. Celle d’une musique menée pour l’essentiel au son de fulgurances dont l’intensité n’a d’égale que le caractère habité de ces dernières. Riffs sombres et tendus associés à une batterie volontaire voyant se succéder généreuses séquences de blasts et autres accélérations thrashisantes constituent donc une bonne partie de ce premier album comme en attestent "The Great One" à 3:59, "Mendacious Heroism" à 0:40, 1:58, 2:44 et 5 :40, "Carnage" et son introduction menée tambour battant, "Dolos" à 5:16 ou bien encore "Spiritual Virility" dès 0:14. À ces instants redoutables d’efficacité viennent également s’ajouter quelques leads et autres solos mélodiques (dont certains plus intenses que d’autres) pour un rendu souvent plus lumineux ("The Great One" à 2:37, "Mendacious Heroism" à 4:20, "Carnage" à 1:52, les dernières secondes de "Dolos", "Spiritual Virility" à 3:47, "Posthumous Exultation" à compter de 4:09) mais néanmoins toujours aussi sinistres.
De fait, si rien ne semble avoir véritablement changé du côté d’Oraculum, on remarquera tout de même au fil des écoutes que ce premier album se montre finalement un petit peu plus varié mais aussi un petit peu plus riche qu’à l’époque de
Sorcery Of The Damned et
Always Higher. Pour commencer, il y a évidemment tous ces contrepoints dynamiques présentés sous la forme de séquences plus tempérées. De nombreuses baisses de régime consenties tout au long de ces huit morceaux afin, comme toujours, d’apporter relief et contraste à une formule autrement plus bas du front. De cette introduction plombée que constitue "A Monument To Fallen Virtues" à la plus grande partie de "The Great One" en passant par les premières secondes de "Mendacious Heroism" ou plus loin de 3:53 à 5:08, "Carnage" à compter de 0:58, "Dolos" dans son intégralité, "The Heritage Of Our Brotherhood" qui fait ici office d’interlude ou encore les deux premières minutes de "Posthumous Exultation", les moments plus en retenue ne manquent pas et offrent en effet une dimension supplémentaire au Death Metal d’Oraculum. Une dimension toujours très occulte mais peut-être plus ritualiste et solennelle (ce que semble d’ailleurs suggérer d’emblée un titre comme "A Monument To Fallen Virtues"). Si cette alternance de franches accélérations et de passages plus calmes n’est pas spécialement nouvelle (bien que le ratio en faveur des séquences les plus atmosphériques me paraisse désormais plus marqué), il convient également de souligner le jeu plus mature de Nicolás R. Montoya qui semble effectivement avoir gagné en profondeur. Derrière ses fûts le jeune Chilien varie les plaisirs avec une aisance et une fluidité exacerbées, mettant ainsi en avant un jeu de cymbales plus explosif et dynamique ainsi qu’une plus grande variété dans les différents motifs proposés. Enfin, s’il évolue toujours dans le même registre c’est-à-dire celui d’un growl arraché, je trouve néanmoins le chant d’Eric Brisso plus possédé que jamais. Un chant aux intonations multiples et qui souvent frôle la rupture un peu à la manière d’un Sindre Solem tout aussi halluciné.
Légèrement moins frontal et probablement un petit plus ambiancé que les deux EPs qui le précèdent (notamment
Sorcery Of The Damned),
Hybris Divina donne à découvrir un groupe non pas transcendé (on reste quand même sur un Death Metal poussiéreux très inspiré par l’école européenne de la fin des années 80 et du début des années 90) mais probablement plus mature et plus personnel qu’il y a neuf ans. C’est en tout cas l’impression que me procure l’écoute de ces huit nouveaux morceaux effectivement plus variés d’un point de vue dynamique mais aussi plus riches en termes de sonorités et d’ambiances. Bref, si les Chiliens se font fait cruellement attendre (à un point où on les pensait morts et enterrés), Oraculum frappe cependant un grand coup pour ce retour aux affaires avec un premier album peut-être pas aussi radical qu’escompté (encore que elle groupe n’est toujours pas là pour rigoler) mais certainement plus riche, plus varié et donc plus personnel. On espère maintenant que la suite ne se fera pas attendre aussi longtemps...
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