Dead And Dripping - Nefarious Scintillations
Chronique
Dead And Dripping Nefarious Scintillations
Musicien toujours très occupé à droite et à gauche, Evan Daniele ne doit pas être du genre à compter ses heures ni à s’octroyer des temps de repos ou d’inactivité. Après le quatrième album de Sentient Horror (In Service Of The Dead) en 2024, l’Américain nous revient en cette fin d’année 2025 avec pas moins de deux nouveaux albums sous le bras. En octobre dernier pour commencer avec le premier longue-durée de Vulnificus (Inclination) paru chez Comatose Music. Le second dans le cadre de son projet solo baptisé Dead And Dripping et dont je vous ai déjà pas mal parlé ici (même si vous avez probablement remarqué que j’ai effectivement fait l’impasse sur un split paru en 2023 en compagnie de Prophecy Of Suffering). C’est de cette dernière formation dont il va être question ici avec Nefarious Scintillations, quatrième album paru fin novembre chez Transcending Obscurity Records.
À l’occasion de cette nouvelle sortie et après avoir collaboré avec quelques artistes de choix, notre Américain s’est dit qu’il pourrait s’occuper lui-même de l’illustration de ce nouvel album. Si on regrettera tout de même les couleurs vives et le bestiaire sympathique imaginé par Jason Wayne Barnett, il faut bien reconnaitre que son travail n’est pas dénué d’intérêt. Une oeuvre abstraite qui finalement ne pouvait pas mieux convenir au Death Metal tout aussi abscons que nous réserve une fois de plus le multi-instrumentiste. Car croyez-moi, il va falloir s’accrocher pour réussir à pénétrer l’univers tordu et alambiqué de l’Américain...
En effet, parvenir à apprécier Nefarious Scintillations ne sera pas une mince affaire tant tout est fait pour laisser l’auditeur sur le pas de la porte en se demandant où est-ce que notre homme à bien voulu en venir... Bon, j’exagère peut-être un petit peu mais une chose est sûre, ne vous attendez pas à des morceaux de Death Metal répondant à un cahier des charges dit classique à l’écoute de ces huit nouvelles compositions car il n’y en a aucun... D’ailleurs, probablement conscient du pas en avant qu’avait été la production de son prédécesseur et probablement tout aussi conscient qu’il n’était pas utile de rajouter un obstacle supplémentaire dans cette quête visant à l’appréciation de ce quatrième album, Evan Daniele a fait le choix d’une production parfaitement lisible et équilibrée afin effectivement de nous faciliter un petit peu la tâche. Une tâche qui n’en reste pas moins ardue.
Imaginez l’album Nespithe des Finlandais de Demilich avec un growl gargouillesque encore un petit peu plus exagéré et des compositions à l’écriture encore plus tordues, complexes et disons-le clairement, anti-musicales et vous aurez une idée à peu près claire de ce qui vous attend à l’écoute de ces quarante-quatre minutes qui ne répondent à aucun schéma de composition ordinaire. Car même si on trouve naturellement quelques tournures classiques auxquelles se raccrocher tout au long de ces trois quarts d’heure, les nombreux changements de rythmes auxquels s’adonne Evan Daniele (blasts soutenus, syncopes frénétiques, brefs moments de calme tout cela joyeusement mélangé...) ainsi que toutes ces bizarreries distillées généreusement un petit peu partout à commencer par cette basse aux notes métalliques exagérément piquées ainsi que tous ces riffs et autres leads tordus et tarabiscotés tout droit sortis de la quatrième dimension donnent à la musique de Dead And Dripping des allures d’expérimentation musicale pour amateurs de psychotropes hallucinogènes et de polyrythmie faite Death Metal.
Si ma première écoute m’a laissé un brin décontenancé (et cela même si les précédents travaux de Dead And Dripping n’étaient déjà pas forcément hyper faciles d’accès), celles qui ont suivi m’ont tout de même vite permis de réajuster mon appréciation de cet exercice de style particulièrement bluffant et surtout particulièrement réussi. Oui, pénétrer l’univers du groupe n’est pas chose aisée et demandera un poil d’engagement de votre part mais si vous avez de quelconques atomes crochus avec ce genre de Death Metal un tantinet brutal, un tantinet progressif mais surtout hyper technique et complètement en dehors des clous (avec un sus un groove absolument délicieux) alors je suis convaincu que la sauce finira par prendre. Peut-être pas dès la première écoute (même si on décèle assez vite les qualités intrinsèques de ce Death Metal cosmique) mais après quelques nouvelles tentatives attentives faites avec l’idée et surtout l’envie d’en percer les moindres mystères alors il est fort probable que vous aussi finirez par céder aux sirènes de cette musique insaisissable bien loin des lieux communs et autres formules déroulées peut-être avec passion mais sans aucune prise de risque.
Destiné à des oreilles averties, Nefarious Scintillations s’impose comme un album singulier, bien loin des autres sorties Death Metal de l’année. Naturellement, un tel disque ne pourra jamais faire l’unanimité à cause de ses vocalises exagérées, de ses rythmiques épileptiques, de cette basse jouée d’une manière si étrange, de ces riffs complexes et tarabiscotés et probablement tout un tas de raisons encore mais le fait est qu’aux oreilles de tous les amateurs éclairés de groupes tels que Demilich, Toughness ou Meshuggah, ce genre de parti pris à mille lieux de toutes les conventions devrait assez facilement faire écho. Oui, Evan Daniele a poussé l’exercice encore plus loin avec ce quatrième album mais force est de constater qu’il a eu complètement raison car celui-ci, en plus d’être tout à fait bizarre et original, est également excellent. Un des disques de l’année à n’en point douter.
| | AxGxB 24 Décembre 2025 - 476 lectures |
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