Archvile King - Aux Heures Désespérées
Chronique
Archvile King Aux Heures Désespérées
Après avoir bénéficié il y a quatre ans de cela de bons retours après son réussi premier album
(« A La Ruine »), il était désormais temps pour le projet mené par le mystérieux Baurus de lui donner une suite convaincante… tout en conservant la même base musicale comme textuelle. En effet rien de neuf de ce côté-là vu que ça joue encore sur du Black primaire et rugueux qui exprime de façon malsaine et possédée toutes les horreurs de la guerre, sa futilité et le malheur qui en découle quelles que soit les époques depuis que l’humanité existe. Finalement la seule chose qui change dans tout ça c’est la durée générale de ce nouvel opus qui se montre beaucoup plus long que le précédent, car là où ce dernier allait à l’essentiel son successeur va laisser le temps aux compositions de s’affirmer plus longuement en n’hésitant jamais à étirer son propos au maximum… un choix toujours à double tranchant tant il est facile de rapidement tomber dans la redite comme la redondance. Néanmoins cela ne va jamais être le cas tant on sent que le bonhomme a pris du galon, car outre le fait d’être mieux produite sa musique est aussi plus accrocheuse et entraînante nous embarquant ainsi dans l’univers glacé et mortifère des vieux BATHORY et EMPEROR, comme on va immédiatement s’en apercevoir avec le fougueux « Riposte » au nom prédestiné.
Car ici c’est la facette la plus radicale de son créateur qui est mise à l’honneur tant c’est absolument crade et débridé en continu, oscillant entre tabassage intempestif et blasts jouissifs sur fond de riffs aiguisés au rasoir où l’orage à proximité fait ressentir toute sa puissance. Ténébreuse et sentant le redoutable hiver scandinave cette ouverture ne laisse aucune chance de survie aux différents réfractaires, montrant que sa tête pensante a envie d’en découdre et qu’elle est particulièrement inspirée vu qu’ici on ne s’ennuie jamais tant c’est addictif et fluide en permanence… ce que « Le chant des Braves » qui déboule juste après va aisément confirmer. Proposant quelques notes froides gelées en guise d’ouverture l’ensemble va ensuite rester sur une vitesse élevée où va se greffer de réguliers plans en médium aux accents épiques absolument jouissifs, jouant donc la carte viking comme de la nostalgie d’une époque révolue en alternant régulièrement sur les rythmes entraînants avec toujours la même facilité dans l’écriture qui garde constamment son attrait. Il était d’ailleurs dit que tout cela allait gagner en force et en allant au fur et à mesure de l’avancée de cette galette, ce que « L’Excusé » va faire en franchissant encore un cap majeur avec ces claviers mis en avant et qui nous renvoient vers le mythique « In The Nightside Eclipse ». Et une fois terminée cette première partie assez douce où le recueillement est de mise ce sont les explosions (où le mid-tempo et accélérations furibardes ne vont cesser d’alterner l’une après l’autre) qui vont donner le ton, et nous emmener ainsi dans un univers nocturne où toute lumière a définitivement disparu.
Autant dire qu’après cette tuerie aguicheuse on se dit qu’il va être difficile de garder ce niveau et pourtant « Le carneval du roi des vers » va là encore faire parfaitement le boulot, en nous renvoyant vers le précédent long-format sans pour autant faire du copier-coller vu que ça va miser ici sur quelques accents tribaux au milieu d’une grande alternance des rythmes où lenteur et fureur vont se côtoyer intelligemment en donnant envie de se dandiner… tout ça avant et après un break gelé d’obédience Ambient. Offrant donc un large panel d’influences et dévoilant surtout des arrangements synthétiques plus marqués « Sépulture » va nous renvoyer vers BURZUM période Dungeon Synth, sans pour autant en oublier l’essentiel furibard et instinctif. Montrant ici une écriture plus alambiquée cette composition à tiroirs va offrir aussi bien des accents acoustiques que des atmosphères plus profondes, calées au milieu de déferlantes haineuses où même quelques riffs typiquements Thrash vont apparaître dans ce chaos. Si la complexité est de mise celle-ci n’est cependant pas poussée trop loin afin de conserver toute l’attractivité de l’ensemble, où la virulence comme la brutalité ne sont pas un vain mot au milieu de ces nombreux ralentissements et cassures qui se greffent facilement dans le résultat final. Du coup après ce moment de gloire (et pour ne pas pousser trop loin le délire) il est temps de revenir aux fondamentaux… ce que « Aux Heures Désespérées » va parfaitement faire en renouant avec un côté insurrectionnel où les explosions de rapidité sont prépondérantes, et en misant sur une facette presque Punk jouée en continu qui laisse peu de place aux ralentissements… histoire de montrer l’approche viriliste et cradingue qui sied parfaitement bien à son géniteur. Car malgré un certain minimalisme cette vision se montre redoutable en n’étant jamais linéaire, un tour de force en soi qui va servir de rampe de lancement au monstrueux « A Ces Batailles Abandonnées » d’une blancheur immaculée au départ et dont l’obscurité ne va cesser de s’amplifier. Car ici tout est propice au combat de par une grande variété des tempos avant que n’intervienne un lead plaintif où règne le calme après la tempête, comme pour signifier que les combats sont terminés et qu’il faut désormais laisser les morts en paix… ressenti conforté par les atmosphères riches et sobres qui émergent de ce vide sidéral.
Concluant donc les débats en mettant en avant tout ce qui a été entendu jusque-là cette ultime plage est un bijou qui sert d’écrin à un disque sans fausses notes qui se finit par une Outro au synthétiseur (« …Et Aux Hommes Misérables ») où la pleine lune se fait reine au milieu d’une nuit désolée et vivifiante, semblant dire que la nature reste vainqueure en toutes circonstances et qu’elle perdurera après notre mort. Que de chemin donc parcouru par son auteur qui a fait un pas de géant musical en offrant une œuvre cohérente et ambitieuse sans jamais être pédante ni prétentieuse, preuve donc de la qualité intrinsèque de l’ensemble qui s’écoute aisément d’une seule traite tant on est immédiatement happés par ce blizzard et la faucheuse qui rôdent aux alentours. Progression donc logique mais sans renier son passé proche qui apparaît par bribes de façon régulière ce second volet est celui de la confirmation, faisant passer ARCHVILE KING parmi les noms importants à suivre au sein de la scène noire française et se plaçant dans les meilleures sorties de son label publiées depuis quelques temps (et qui retrouve clairement de l’allant après une période un peu creuse). Bravo donc pour le travail fourni et le rendu offert ici qui occupera l’esprit un bon moment, tant la profondeur ici est imposante et demandera du temps et de bonnes conditions d’écoute pour être totalement assimilée à sa juste valeur… la marque des grands en somme.
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