Les filles de Sophia… Coppola ? Loren ? Non, je galèje évidemment, j’imagine que l’appellation s’inspire de la légende de Sainte-Sophie et de ses trois filles Foi, Espérance et Charité (ou Amour selon les sources). Sinon, pour ceux qui suivent assidument la scène française, vous connaissez déjà certainement
AzVs, le Lyonnais qui était à la tête de
DAUGHTERS OF SOPHIA et dont la discographie, bien qu’assez chichement notée sur
Metal Archives, n’en reste pas moins considérablement fournie avec ses quatre LP, deux EP ainsi qu’un split réalisé en 2016 aux côtés de l’excellent Canadien
NEIGE ET NOIRCEUR. Pour ma part, je découvre véritablement la formation via ce
(4.0°) Tsalmaweth testamentaire, dernière production parue à titre posthume grâce aux probables efforts conjugués des amis, de la famille (son frère je crois), des proches, des collaborateurs ainsi que du label italien
Flowing Downward, une maison qui m’a l’air spécialisée dans le
black metal atmosphérique parfois à tendance
post.
Il faut dire qu’à la différence des disques précédents, le musicien avait cette fois fait appel à quelques renforts de prestige, des
guests comme on dit, qui ont eu l’abnégation, la volonté de contribuer à la finalisation du projet en guise de dernier hommage. Ils étaient venus poser qui une ligne de guitare (
Jacob Buczarski de
MARE COGNITUM sur « Kamigami no Sénmin » et « In the Dark Tapestry of Existence »), qui une ligne de chant avec les apparitions du Japonais
Ur Èmdr Œrvn (ex-
ARKHA SVA) pour les deux compositions où le guitariste intervient plus « Bathin and the Knightlord » et « L'Ombre de la Mort », alors que
Sakrifiss d’
ENTERRÉ VIVANT prend en charge « 闇 の中 ». Compte tenu du contexte endeuillé de cette parution la tentation serait grande de l’encenser sans discernement, nous savons toujours trouver mille qualités aux défunts, y compris lorsque de leur vivant ils appartenaient à la catégorie des putrides rognures infectes… Moi, je ne le connaissais pas, je ne suis donc pas sous influence et n’ai par conséquent aucune raison de ne pas écrire ce que je pense même si rédiger un article semble aujourd’hui un peu vain, d’autant qu’en un peu moins de vingt ans d’activités de chroniqueur, je n’ai jamais pondu une ligne sur la carrière de l’homme… L’heure d’une séance de rattrapage est venue, aussi futile soit-elle.
Je passerai rapidement sur cette pochette discutable (je n’ose dire le terme que j’ai en tête) signée
Jeff Grimal, très loin du raffinement des illustrations antérieures, celle de
(2.0°) Sœurs de Sagesse (2015) notamment ou encore
ソフィアの娘たち de 2023. Je la trouve foncièrement rebutante une fois mise au regard de la beauté calligraphique du logo mais elle a au moins le mérite de l’originalité, d’éviter l’indifférence ou les clichés du genre
black metal. Elle est réussie alors ? Je vous laisse juge. Heureusement, l’intérêt principal n’est pas dans le graphisme mais que s’est-il passé ? Pourquoi cet
artwork à peine digne d’une formation de
techno thrash des années 90 ?
L’œuvre en elle-même se décompose en huit fragments dont trois instrumentaux. Si ce sont approximativement les morceaux les plus courts de l’album, leur durée fait d’eux davantage que de simples introduction (« Introspection »), outro (« Unlightenment ~ sans fin... ») ou interlude (« Dualÿsm(e) »). En effet, avec systématiquement plus de trois minutes, il s’agit de les considérer comme des titres à part entière, trop nombreux à mon goût, n’ayant jamais été friand de
black instrumental. Ils offrent pourtant une matière largement suffisante pour se réjouir. D’abord par ironie, car le
one-man band aurait parfaitement pu récidiver puisque
ソフィアの娘たち était déjà un LP muet. Ensuite parce qu’ils donnent malgré tout à entendre le cœur de l’inspiration d’
AzVs sans le prisme parfois trompeur de la vocalise de la même façon que le masque du visage occulte souvent les profonds tourments de l’âme… Impossible de pratiquer la physiognomie donc. Il demeure que ces pistes sont d’une eau similaire à celles chantées et que c’est ainsi que je les aurais le mieux appréciées.
Quant au reste, sans affirmer que la qualité de l’album est totalement redevable au talent de ses vocalistes, il faudra néanmoins reconnaître que le grain de voix torturé d’
Ur Èmdr Œrvn joue pour beaucoup dans l’accroissement de la noirceur, alors que
Sakrifiss offre une performance toujours aussi atypique, la chanson où il est crédité s’avérant finalement proche du registre qu’on lui connaît au sein d’
ENTERRÉ VIVANT. Je ne souhaite néanmoins pas laisser à penser que les invités à eux-seuls bonifient l’album car, dès les premières mesures d’« Introspection » qui m’auront rappelé
BLUT AUS NORD dans sa période
Memoria Vetusta, nous sommes happés dans un univers foncièrement sombre et épique derrière la clarté des guitares avec finalement très peu d’éléments
post, ce que j’appréhendais. Beaucoup de rage émane de cette musique, d’humanité également et c’est souvent en cela que le
black atmo est beau, noble : dans sa capacité à laisser apparaître sans mièvrerie le sensible, le mouvant, l’émouvant, le fragile, en dépit des vocaux déchirés, des blasts, de l’obscurité.
En définitive, mis à part des passages instrumentaux trop présents à mon goût au regard de la qualité des chanteurs sollicités et d’une tendance marquée à achever les morceaux en
fade out, difficile d’ignorer la profondeur psychologique de la vision, le talent pour exprimer le désespoir tout en faisant la nique à tous les adeptes du
BM dépressif qui sont encore parmi nous, sans une seule TS à leur actif. Je blague hein, qu’est-ce que tu veux raconter sur le disque d’un type qui s’est foutu en l’air ? Cela semble vide, inutile, inintéressant, remettant en question la parole de tous ces artistes qui te tartinent de catharsis, que sans l’art ils seraient à la rue, mort… Mensonge ? L’art n’a quasiment jamais été une motivation suffisante pour s’accrocher à la vie, c’est valable pour un jeune gars qui évoluait dans l’
underground avec une reconnaissance artistique restreinte, c’est valable pour
Cobain,
Cornell,
Patrick Dewaere,
Gérard de Nerval (même si les causes de sa disparition font débat) et tant d’autres…
« Qui s’est jamais suicidé pour Dieu, pour la nature ou pour l’art ? » (Cioran).
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