Bien que peu amateur des précédentes œuvres de Hexvessel, je ne peux que reconnaître au groupe finlandais une capacité à ne jamais se reposer sur ses acquis, ne proposant jamais la même musique malgré un canevas similaire. Pourtant, on pourrait reprocher à
Nocturne de s’inscrire confortablement sur la petite révolution qu’a été pour la formation
Polar Veil : de sa pochette à sa conception, tout semble s’inscrire dans la ligne tracée dans la neige de son prédécesseur, la proximité des deux en termes de date de sortie (séparés de même pas deux ans) pouvant légitimement faire craindre une trop forte redondance.
Et si redondance il y a bien, chose après tout normale quand on parle de doom metal, la finesse qui marque le projet permet une nouvelle fois de surprendre agréablement, mêlant l’inconnu au connu. Pleine réalisation d'une œuvre commandée pour le festival Roadburn 2024 initialement intitulée
Music for Gloaming: A Nocturne,
Nocturne déploie et laisse s’épanouir toutes les ambitions présentes sur
Polar Veil, accentuant chaque facette de cette musique entre black et doom metal, réconciliant les nouvelles lubies avec les anciennes, davantage folk et psychédéliques. Là où l’œuvre de 2023 jouait d’un équilibre travaillé, trouvant le point de rencontre entre doom et black metal, mélodies claires et abrasivité des guitares, celle de 2025 s’appuie sur les contrastes pour transmettre une ambiance toujours portée sur le froid, la solitude et les émotions mystiques en découlant mais avec un esprit bien plus sombre qu’auparavant. Le spectre s’étend, autant sur le plan stylistique qu’au niveau de l’atmosphère, plus fantomatique et moins lumineux. Un conte où le frisson trouve moins de contreparties, les parties metal se faisant plus dures qu’avant (les gris gutturaux de « Sapphire Zephyrs » ou « Phoebus » ; le caractère diabolique et agressif des morceaux doom comme « Nights Tender Reckoning » et « Unworld »).
Nocturne est donc plus nuancé que
Polar Veil, se laissant tout le temps disponible – seize minutes de plus ! – pour développer son travail au noir affiché et assumé, aussi bien dans sa filiation directe que ses différences (l’artwork de Benjamin König porte suffisamment le message à lui tout seul). Si tout ne tape pas avec la même justesse, chacun pourra trouver des facettes plus intéressantes que d’autres dans ce jeu de masques dédié à l’hiver et la nuit, le chant comme guide au sein de ce conte mouvementé. Khvost acquiert une dimension narrative plus marquée, moins portée sur les lignes mélodiques et davantage sur les décors et les émotions qu’ils créent sur l’instant. Des décors que l’on a l’impression de traverser et dans lesquels on s’emmêle, le raffinement des instruments se dédiant aux ambiances typiques du black metal dont on a ici un syncrétisme, du froid glacial à la misanthropie, la spiritualité holistique naissant de cette forme de désolation au bout du chemin.
Ce travail de tisseur, développant son discours plutôt que cherchant la bonne phrase, est la raison pour laquelle
Nocturne laisse son empreinte plus difficilement que
Polar Veil. Il demande des écoutes répétées pour faire voir ses éclats perdus dans l’obscurité. Il y en a pourtant, les atmosphères rituelles de « A Dark & Graceful Wilderness » et « Spirit Masked World », le début de « Nights Tender Reckoning » ou la ballade « Concealed Descent » finissant par devenir des beautés dont je me demande encore comment j’ai pu ne pas les percevoir tout de suite. Peut-être l’étrangeté fondamentale de Hexvessel, invitant même des figures du black metal avant-gardiste en les personnes de Yusaf Vicotnik Parvez (Dødheimsgard) et Juho Vanhanen (Oranssi Pazuzu) pour signifier son clan, fait que je continue de me sentir un peu extérieur à cette magie que je voudrais m’envelopper davantage (« Sapphire Zephyrs » et ses incursions metal frontales au bord du hors-sujet). Cela n’empêche pas
Nocturne d’être une nouvelle création forte de la part du projet finlandais, m’invitant à poursuivre avec lui cette excursion dans la nuit polaire. Peut-être jusqu’à y voir le point du jour…
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par AxGxB
Par DEMONIKA
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Lestat
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Sosthène
Par Keyser
Par Jean-Clint
Par Jean-Clint
Par Lestat
Par Jean-Clint
Par xworthlessx
Par Ikea
Par AxGxB