Vite ! Avant que l’hiver se termine, parlons des derniers albums de Hexvessel qui lui sont dédiés ! Peut-être êtes-vous passé à côté de ces merveilles, embrassant un certain classicisme après des années de psychédélisme de la part du projet mené par Mathew McNerney – également connu sous le pseudonyme de Kvohst et pour ses diverses implications au sein de The Deathtrip, Grave Pleasure, Code ou Dødheimsgard. J’ai moi-même failli ne pas les écouter, peu amateur de la folk satinée et kaléidoscopique des précédentes œuvres. Mais
Polar Veil, dès sa pochette signée Benjamin König (ex-Lunar Aurora), montre une envie de changement, envie si concluante qu’elle m’a remué et fait sauter le pas.
On peut parler de chamboulement. La musique perd en étrangeté pour gagner en profondeur, « Polar Veil » présentant directement les caractéristiques d’un album de metal hivernal, de sa figuration des bourrasques à son émerveillement devant un paysage d’une blancheur sans fin (« The Tundra Is Awake »). Aidé par des invités de choix (Okoi de Bölzer ; Nameless Void de Negative Plane et Cultes des Ghoules), le groupe transmet avec justesse une ambiance propice à l’emphase, où le givre extérieur devient brûlant et altier, angélique engelure. Il y a bien évidemment cette voix, qui marque lors des passages les plus mélodiques et doux par sa tonalité chaleureuse, presque envoûtante (« Older Than the Gods »). Mais c’est dans le trouble qui la transporte qu’elle convainc le plus, son angoisse teintée de révérence faisant mériter à elle seule le qualificatif de « doom » à cet album, sorte d’
Urfaust se dépouillant de ses habits de clochards pour faire un avec une nature enneigée. Les thèmes des paroles sont au diapason, célébrant les trésors cachés de la nature et de la solitude, la mélancolie pouvant se mêler à la béatitude comme lors d’un retrait volontaire du monde (« A Cabin in Montana » ; « Crepuscular Creatures »).
Une voix qui peut sembler belle mais inadaptée à telle musique majoritairement sombre et frigorifiée, une guitare saturée ainsi que des claviers froids et éthérés rapprochant l’ensemble d’un black metal atmosphérique teinté de doom metal (frappant sur « Ring » ou « Listen To The River », tout en lourdeur). Quelques blast beats font même leur apparition, achevant la transformation de la musique en black metal (« Eternal Meadow » ; « Homeward Polar Spirit »). Même durant ces passages, Khvost utilise uniquement du chant clair, une approche assez singulière qui, parmi toutes les autres particularités de cet album, souligne l'originalité de cette vision derrière, une nouvelle fois, un classicisme des thèmes et styles abordés. Ce mélange entre ancien et nouveau – et non pas entre tradition et modernité, le tout gardant une patine païenne, naturaliste même – demande un sens de la composition solide pour fonctionner : c’est bien le cas ici, l'album regorgeant de mélodies intrigantes et solennelles, de passages exaltés où s’acclame la poésie des décors glacés, misère et mort s’acceptant comme faisant partie du lot.
Polar Veil s’accorde totalement à sa pochette, de son atmosphère de conte nordique à ses vastes mystères cosmiques dessinés par touches. Son spectre d’influences doom et black metal, que l’on pourrait décrire comme du doom metal empruntant la plupart de ses idées au black metal, ne possède pas d’équivalent direct (Urfaust n’étant ici qu’une vague indication, de même que pourrait l’être
Head of the Demon). Si l’on ajoute une production parfaite, pile poil entre la clarté nécessaire pour laisser parler la beauté des instruments (et de cette voix en particulier) et l’abrasivité permettant de transmettre le mordant des nombreux trémolos simulant les tempêtes, on pourrait croire qu’il n’y a rien à déplorer sur ces quarante-deux minutes. Elles sont pourtant bien trop courtes, rendant plus difficile l’acceptation de certaines latences entre les sommets (« Ring » et « Listen To The River », moins inspirés). Une frustration qui sera oubliée moins de deux ans plus tard, le crépuscule qu’est
Polar Veil n’étant qu’un prélude à une longue nuit.
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