En l’espace d’un seul album,
LYKATHEA AFLAME a su imposer sur la scène une marque puissante qui perdure depuis 2000, un disque systématiquement cité en référence dès lors que l’on commence à causer sérieusement de
brutal death technique, intelligent, novateur. Il n’y a d’ailleurs aucun débat possible,
Elvenefris demeure un véritable monument qui n’a, vingt-six ans après, rien perdu de sa superbe, de sa singularité également. Pourtant, il y a bien eu un avant et cet avant se dénomme
APPALLING SPAWN. Vous vous doutiez bien que de tels prodiges n’étaient pas nés d’une opération du Saint-Esprit…
La discographie des origines n’est hélas guère plus fournie : une démo en 1996 (
Bestial, Mystical & Spiritual (The First Spawn)), le LP qui nous intéresse aujourd’hui en 1998, une compilation en 2011 (
All Spawns), il est vraiment dommage qu’autant de talent n’ait pu donner lieu qu’à un aussi maigre testament sonore… Évidemment, avec trois futurs membres de
LYKATHEA dans ses rangs en plus d’un batteur (hélas décédé en 2012) que l’on retrouvera ensuite chez le furieux
POPPY SEED GRINDER, le contenu de ce
Freedom, Hope & Fury (The Second Spawn) s’avère d’une grande proximité avec ce que l’on connaît tous. Par conséquent, si j’occulte cette pochette discutable bien que non dénuée d’un certain charme désuet, les dix titres présentés ici portent indéniablement la marque du génie d’une personnalité unique, exubérante, empruntant allègrement au
death, au
grind, au
progressif avec en prime ce touché si particulier dans la façon d’agencer les riffs, les arpèges, le duo vocal faisant de véritables merveilles en termes de gutturalité venue des abysses (« Voyage to Inward Freedom »).
C’est vrai, le concept orientalisant n’est encore ici qu’au stade larvaire et
Tomas Corn s’avère être un meilleur batteur en termes de finesse ou de patterns différenciant là où
APPALLING SPAWN évolue globalement sur des territoires plus extrêmes, des tempos plus rapides mais qui, pourtant, ne se départissent jamais de ce phrasé spécifique qui rend encore
Elvenefris si particulier et ce quelle que soit la pioche parmi ces dix compositions qui ne dépassent que difficilement les quatre minutes. Peut-être un signe de l’écart de maturité avec ce que les musiciens écriront deux ans plus tard, « An Old Man and a Child » par exemple (neuf minutes) ou encore « Sadness and Strength » (huit minutes).
Inutile de comparer donc et pourtant, si
LYKATHEA AFLAME reste pour nous une référence absolue, je ne vois pas comment nous pourrions ignorer plus longtemps
APPALLING SPAWN qui n’est rien d’autre que la chrysalide, la genèse parfaite d’un projet resté sans commune mesure et certainement ce que la République Tchèque a engendré de meilleur. Quant à moi je ne vais pas tourner autour du pot, si jamais quelqu’un s’est senti frustré de ne pas voir venir une suite à
Elvenefris, il va pouvoir instantanément se régaler de
Bestial, Mystical & Spiritual (The First Spawn) car il y retrouvera, dans une version peut-être encore embryonnaire, tout ce qui l’a régalé : une ambiance unique pour un
death metal qui, une fois n’est pas coutume, ne peut se comparer à rien d’autre qu’à lui-même. Sans rien sacrifier à la radicalité intrinsèque du genre, les musiciens transcendent le registre avec une aisance absolument écœurante, alors qu’en 1998 on en avait déjà vu défiler des monstres bizarroïdes, des aigles à deux têtes.
Je le dis droit dans mes bottes, un disque incroyable qui devait faire du bien à l’époque et qui encore aujourd’hui tient absolument toutes ses promesses, démontrant que le
death possède un lexique encore riche. Non tout n’a pas été dit.
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