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Ablazen Winds - Kingsblood / Burning Scripture Of War
Chronique
Ablazen Winds Kingsblood / Burning Scripture Of War (Compil.)
Si vous lisez Thrashocore et plus particulièrement mes chroniques, je pense pouvoir affirmer sans trop me tromper que les présentations avec monsieur Rory Flay n’ont aujourd’hui plus lieu d’être. Parmi tous les groupes cités en ces pages que je n’ai encore jamais pris le temps d’aborder, on trouvait jusqu’à encore récemment un certain Ablazen Winds. Pour ceux d’entre vous qui ne seraient pas particulièrement assidus sur le sujet, sachez qu’il s’agit d’un trio fondé en 2023 et au sein duquel on retrouve en plus de notre fameux stakhanoviste Necklace Of Shadow au chant et à la guitare, messieurs Forlorn Spirit (Baphomancia, Desert Eagle, Oldowan Gash...) à la basse et Incubare (Collier d’Ombre) à la batterie.
Depuis sa formation il y a trois ans, le groupe a donné vie à une démonstration (2024) et un EP (2026) compilés depuis peu au format CD grâce au concours du label belge Medieval Prophecy Records. Comme souvent dans ce genre de cas, on ne manquera pas de saluer cette heureuse initiative puisque limitée à une poignée d’exemplaires cassettes vendues pour la grande majorité sur le seul sol américain, ces modestes sorties étaient jusque-là relativement intouchables pour qui apprécie encore pouvoir poser ses mains sur ce genre d’objet... Baptisée Kingsblood / Burning Scripture Of War du nom de ces deux sorties, cette compilation compte pas moins de dix titres pour une durée qui dépasse de peu les quarante-six minutes. Une sortie présentée dans l’ordre antéchronologique et qui surtout n’oublie strictement rien de tout ce qu’a pu sortir Ablazen Winds jusqu’à aujourd’hui. Enfin un petit mot évidemment sur cette très chouette illustration de Saint-Georges par Daniel Hopfer (1520) et qui, si elle a effectivement déjà servi à illustrer le EP Kingsblood, se trouve à mon humble avis bien mieux mise à l’honneur ici dans cette version noir et blanc d’origine avec ce lettrage sur le côté gauche...
Étant donné le pédigrée de nos trois camarades, je ne vous ferai pas l’affront de vous préciser dans quel registre verse Ablazen Winds. Mais aujourd’hui très large, celui-ci embarque sous une appellation générale tout un tas de spécificités bien souvent liées à une région géographique. Originaire de Seattle, le trio puise ainsi l’essentiel de son inspiration non pas aux États-Unis mais plutôt du côté des scènes ukrainiennes et russes des années 90. Alors vous allez me dire que c’était déjà le cas avec Ichors Glaive dans lequel on trouve monsieur Rory Flay et vous aurez raison mais Ablazen Winds penche davantage du côté de Roman Saenko (Drudkh et Hate Forest en tête) que du BlazeBirth Hall et cela malgré quelques similitudes évidentes, notamment dans le riffing et les ambiances qui en découlent.
Compilation oblige, on note quelques différences subtiles d’un point de vue de l’écriture mais avant tout en matière de production. À titre personnel, j’ai une petite préférence pour l’approche plus abrasive et organique des titres de Burning Scripture Of War là où avec Kingsblood le groupe a préféré opter pour quelque chose de plus froid malgré une basse aux avant-postes. Un détail qui n’entache en aucun cas mon intérêt pour ces quelques morceaux mais qu’il me semblait néanmoins pertinent de souligner. Malgré cela, le contenu est plutôt homogène même si une oreille attentive aura néanmoins vite fait d’entendre la différence. Notons enfin que sur les six titres qui composent Kingsblood, trois sont des compositions instrumentales faisant office d’introduction, d’interlude et de conclusion. Il n’ya évidemment rien de rédhibitoire là-dedans mais forcément le rythme n’est par conséquent pas tout à fait le même.
Cependant, quoi qu’il en soit de la production ou de la présence de titres visant à étoffer les atmosphères dans lesquelles trempe la musique de nos trois Américains, la filiation évoquée plus haut avec certains des groupes de Roman Saenko donne lieu sur cette démo et ce EP à un Black Metal à la fois conquérant et atmosphérique. Conquérant lors des séquences les plus frontales où entre le chant épais (pas autant néanmoins que celui de monsieur Saenko) de Rory Flay, ces cavalcades haletantes et ce riffing implacable, véhément et belliqueux la filiation avec Hate Forest ne fait absolument aucun doute. Atmosphérique lorsqu’à l’inverse le trio décide de modérer ses ardeurs au profit de courts passages plus tranquilles et aériens sur lesquels planent des ambiances typiques de ce que l’on peut retrouver chez la plupart de ces groupes issus des scènes de l’Europe de l’Est c’est-à-dire des ambiances mélancoliques empreintes d’un profond sentiment de défaitisme et de résignation. En dépit d’une évidente continuité entre les titres de ces deux sorties, on va néanmoins constater que si le groupe semblait encore un petit peu hésitant sur Burning Scripture Of War que ce soit pour la direction à prendre côté chant ou la place à laisser à ces leads mélodiques saisissants, sa position s’est sensiblement affirmée sur Kingsblood avec une voix définitivement plus grave et plus épaisse ainsi que des leads désormais plus présents et surtout bien plus mis en avant. Une progression qui ne saute pas forcément tout de suite aux oreilles mais qui au fil des écoutes finit par s’imposer comme une évidence et surtout comme le meilleur choix qu’Ablazen Winds pouvait faire afin de faire évoluer sa musique vers la meilleure direction.
Toujours aussi enthousiaste à l’égard des projets dans lesquels trempe monsieur Rory Flay, vous aurez sûrement compris à ce stade de cette chronique que ce n’est pas encore avec Ablazen Winds que je risque de changer de discours. Les liens de parenté ont beau être relativement évidents et l’exécution sans prise de risque, le fait est que nos Américains savent toujours y faire pour s’approprier certains éléments distinctifs caractéristiques d’entités triées sur le volet pour nous les resservir selon leur propre formule et en prenant soin systématiquement de ne jamais sonner comme un simple ersatz. Kingsblood / Burning Scripture Of War est ainsi un hommage sincère à la scène ukrainienne et notamment à Hate Forest et Drudkh dont l’influence se fait clairement entendre tout au long de ces quarante-six minutes encore une fois particulièrement convaincantes. Vivement la suite (un premier album on l’espère) car pour le moment ces deux premières sorties sont vraiment d’excellent facture.
| | AxGxB 5 Octobre 2026 - 428 lectures |
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