Accident, burn out, bagarre et hospitalisations diverses… La période séparant
Monument aux morts de
L’abîme dévore les âmes n’aura pas été des plus positives pour Viande, malgré quelques hauts faits comme un passage remarqué au festival Prague Death Mass. Le line up fait état de cela, le groupe s’étant séparé d’une partie de ses membres du premier album – et notamment de son batteur, dont le jeu mécanique était pour beaucoup dans la patte industrielle donné au death metal des Grenoblois – pour poursuivre avec du sang neuf.
Raison pour laquelle
Monument aux morts paraît au premier abord si différent de son prédécesseur malgré un style similaire ? Si
L’abîme dévore les âmes s’inscrivait dans une lignée assumée allant de Portal à Aosoth, sa musique comme caverne cheminant vers des terres industrielles et infernales, ce nouvel album étonne au départ par sa saveur typiquement… death metal. Un death metal doomy et blackened – au point de donner envie de rendre hommage aux étiquettes à rallonge de notre regretté Keyser – qui donne les premières fois une impression d’être davantage dans la norme que ce qu’a pu produire la bande auparavant.
Formellement, tout est là pour plaire à l’amateur de monstruosités, Lovecraft en maître des lieux. Si on retrouve l’héritage de Portal dans ces guitares abrasives et grouillantes à la fois, tout est étonnamment lisible, faisant de l’outre-monde une chose palpable, une partie de notre réalité. Viande, déjà cru à ses débuts, se fait encore plus tangible, notamment dans cette voix barbare et une base rythmique plus proche des tambours de guerre d’un Teitanblood à son plus rampant que d’une rouille d’un Godflesh bon pour la casse.
Et pourtant, au sein de ce death metal qui en a tous les éléments, autre chose se déroule. Une chose impalpable derrière une façade reconnaissable, respectant à la lettre les tables de la loi. Les effets noise entendus en fond ne sont pas qu’accessoires et renforcent le sentiment de chaos général ; l’étouffement présent dans chacun des titres se retrouvent au sein des compositions ; l’organique est assujetti à l’oppression aussi bien qu’à son inéluctable décomposition…
Monument aux morts est bien l’œuvre de l’auteur de
L’abîme dévore les âmes. Viande n’est pas devenu banal ; il a simplement choisi son camp tout en conservant son étrangeté, le death metal non pas comme glaise avec laquelle jouer mais comme créateur même, modelant matières industrielles, noise et black metal pour construire ses mausolées.
À ce niveau d’atmosphère mortifère, il n’y guère qu’
Encoffination qui peut se considérer en égal. Viande possède une aura similaire, où le ton fait tout, son efficacité de surface – je pense aux Français de
Corrupter pour cette capacité à écrire des riffs qui entrent immédiatement dans le crâne – s’inscrivant dans une ambiance globale où le terne est roi. L’austérité est, comme indiqué, maximum mais elle s’accouple désormais à une jouissance malsaine, cet exutoire death metal où le décharné devient cadavre exquis.
Monument aux morts réinstaure le metal extrême comme une musique du danger où la peur fait partie du voyage. Il y a quelque chose de la paix du mort ici ; c’est cette tranquillité à évoquer le macabre qui rend Viande particulièrement dérangeant, parlant à notre part dérangée, cet attrait pour le pathologique que le death metal actuel peut avoir tendance à maquiller ou faire passer au second plan derrière des considérations plus acceptables comme l’appel à l’imaginaire, le second degré ou une beauté formelle. L’imaginaire est ici absent ; tout sonne beaucoup trop réel. Le second degré n’existe pas ; l’implication de chacun est totale, une ferveur dédiée au trépas. Cette beauté ne sera que visible pour les adeptes du morne et son absence de couleurs.
Ce qui fait que je me vois mal conseiller à tout le monde l’écoute de cet album méritant pleinement sa pochette. Mais celles et ceux guettant la moindre sortie d’un label comme Sentient Ruin – où Viande aurait toute sa place –, les personnes prêtes à ressentir des émotions essentiellement négatives et en tirer du plaisir, voyant ce que la maladie peut avoir d’exaltant, auront toutes les raisons du monde d’adorer ce disque-ci, pouvant donner l’impression de faire du surplace car jusqu’au-boutiste dès ses premières notes. Ce que vous pourrez entendre de plus morbide cette année.
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