Mutation - Esoteric Order Of Debauchery
Chronique
Mutation Esoteric Order Of Debauchery
Il y a un petit peu plus de trois ans, les petits gars de Mutation nous avaient sérieusement donné l’eau à la bouche grâce à la sortie d’une première démonstration qui puait le vieux Death Metal des années 80 (Demo ‘23). Trois titres torchés en tout juste onze minutes qui, entre cette production poussiéreuse et bancale, ces riffs furieux et primitifs, ce chant arraché et bardé de réverb’ et cette urgence de tous les instants, se sont rapidement imposés comme un doigt d’honneur fièrement dressé face à toute idée de modernité. Dire que nos Suédois étaient attendus au tournant relève donc du doux euphémisme surtout après cette leçon particulièrement intense et explosive administrée par nos jeunes freluquets (car oui, nos cinq protagonistes, en plus de ne pas être bien épais, ne sont également pas bien âgés) sur les planches du Kill-Town Death Fest à Copenhague en septembre dernier...
Évidement, avec une telle démonstration sous le coude, nous n’avons pas été les seuls à qui Mutation est parvenu à taper dans l’oeil. Après un court passage chez Caligari Records le temps d’un modeste pressage cassette, le groupe originaire de Stockholm a par la suite trouvé refuge chez les Américains de Hells Headbangers Records. Une collaboration scellée par la sortie la semaine dernière d’un premier album intitulé Esoteric Order Of Debauchery qui du haut de ses trente-trois minutes a le bon goût de ne reprendre aucun morceau de cette fameuse première démonstration. Huit nouveaux brulots (allez, sept, si l’on enlève cette introduction servant à poser les fondements atmosphériques de ce premier album) se tirent donc ici la bourre le temps d’une petite demi heure toujours aussi furieuse et intense.
Car bien évidemment, il était tout à fait hors de question pour nos jeunes suédois de changer de braquet et d’offrir à nous autres auditeurs autre chose qu’un Death Metal largement inspiré par les prémices du genre. Chacun y entendra naturellement ce qu’il veut mais encore une fois, difficile à mon sens de ne pas dresser quelques parallèles évidents avec des groupes tels que Morbid Angel, Necrovore, Incubus, Possessed ou Merciless à l’écoute de ce premier album mené avec la furieuse envie d’en découdre. On pourrait même aller encore un petit peu plus loin en suggérant également quelques liens de parenté plus ou moins flagrants avec la scène Thrash allemande des années 80 (Destruction, Sodom et Kreator en tête) voire sud-américaine (Sepultura, Sarcófago, Vulcano, Mutilator...).
Alors oui, sur le papier, tout cela sent évidemment un petit peu trop la naphtaline et la maison de retraite mais entendre cinq jeunes chevelus probablement nés après les années 2000 s’évertuer avec autant de passion, d’énergie et de talent à rendre hommage à ces grands anciens a de quoi tout de même donner le sourire en plus de nous rassurer sur l’avenir de la scène Death Metal. Porté ainsi par une production en tout point meilleure (davantage d’équilibre, des instruments mieux servis et restitués et un son globalement plus « travaillé » sans évidemment porter atteinte là encore à la nature du propos des Suédois), Esoteric Order Of Debauchery s’impose rapidement comme le fruit d’un groupe d’ores et déjà au sommet de son art. Certes, les intentions de ce dernier ne sont en aucun cas révolutionnaires mais ce que fait Mutation, il le fait particulièrement bien. Pas plus vite qu’à fond, le groupe suédois nous balance à la figure ses riffs proto-Death exécutés à la vitesse de la lumière (quels coups de poignets mes amis, aïe aïe aïe...). Des riffs composés de seulement quelques accords et qui ne paraissent peut-être pas très compliqués (en plus d’être parfois un tantinet répétitifs) mais dont la vitesse d’exécution flirte constamment avec la rupture. Même constat à l’écoute de ces nombreux solos chaotico-mélodiques dont Trey Azagthoth seraient probablement très fier. Évidemment, les autres garçons ne sont absolument pas en reste à l’image de Sven Nilsson qui derrière ses fûts enchaine les coups de matraques et autres cavalcades thrashisantes avec un panache diabolique et surtout extrêmement réjouissant ou d’un certain S.B qui a décidé cette fois-ci de trouver sa place dans le mix et ainsi de faire entendre son instrument pour notre plus grand plaisir. Des lignes de basse absolument délicieuses et particulièrement dynamiques qui vont insuffler une énergie et une intensité supplémentaires à des compositions qui pourtant n’en manquent pas. Et que dire de la prestation de Niklas Saari qui derrière son microphone lâche ses invectives avec une hargne, une rugosité et un débit qui rappelleront le chant arraché et véhément de Patrick J. Lind sur l’excellent premier album de Morbid Saint (Spectrul Of Death naturellement chroniqué en ces pages de "bons gouts").
Alors oui, ça cravache et ça galope dur pendant plus de trente minutes mais nos Suédois ne sont pas que des brutes primitives à la carafe un peu cabossée puisque tout de même, ils n’hésitent pas à lever le pied malgré tout de temps à autre. Quelques séquences moins tendues permettant ainsi de calmer le jeu ("Metamorphosis (Beyond The Flesh)" à 2:08, "Sepulchral Possession" à 1:25, "Necromantical Holocaust" à 2:03, "Esoteric Order Of Debauchery" à 3:32...) mais également d’insuffler une petite pointe de groove comme par exemple sur 'Occultation Of The Ephemeral Light' à 1:28, 'Pestilent Whore' à 2:01, 'Stygian Spheres' à 2:20 ou 'Esoteric Order Of Debauchery' à 0:36... Bref, tout y est et on se régale.
Oui, on se régale et ce premier album se place d’ailleurs un bon cran au-dessus de cette première démo, certes, pleine de promesses, mais déjà particulièrement réjouissante pour qui goûte à ce Death Metal d’un autre âge. D’une intensité particulièrement exacerbée (un petit peu à la manière des récents albums de Degial ou Abhorration), Esoteric Order Of Debauchery ravira les extrémistes du riffs primitifs, les ayatollahs du blasts et du toupa-toupa foutraques, les adorateurs du Saint Solo épileptique et néanmoins mélodique... Bref, tous les illuminés qui placent ces quelques éléments sur un piédestal lorsqu’il est question de Death Metal. Oui, ça sent le vieux mais alors putain, quelle dérouillée !
| | AxGxB 13 Octobre 2026 - 619 lectures |
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